08 septembre 2010

Joyeux anniversaire, Livraddict !

Et voilà, on y est : ça fait un an que le site Livraddict existe ! J'ai du mal à y croire, et je suis fière de pouvoir dire que j'y étais depuis le début ! C'est le moment d'une petite séance nostalgie, vous ne croyez pas ?

Alors, il y a un an et demi... J'étais déjà en Finlande. Je lisais très peu (de romans), ma bibliothèque se limitait à quelques bouquins éparses, et j'avais d'autres choses plus urgentes à ramener de Belgique à chacun de mes voyages. J'étais complètement déconnectée du monde littéraire, je n'avais aucune idée des sorties ni des livres à ne pas rater, moi qui avais été auparavant une si grande dévoreuse...

Mais je me suis inscrite sur Facebook, et j'y ai retrouvé Jess, une amie d'université dont je me souvenais très bien. Elle avait commencé un blog littéraire et, par curiosité, j'y suis allée faire un tour régulièrement. Le jour où elle a mis en ligne son billet sur Millénium, que j'avais lu, je lui ai répondu par un commentaire si long qu'elle m'a proposé de me laisser publier mes propres avis sur son blog.

Alors bien sûr, quand elle a ouvert son forum de lecture "Nos livres et nous", j'en suis vite devenue un des membres les plus assidûs. J'ai pourtant été étonnée quand c'est moi qu'elle a contacté pour commencer une nouvelle aventure qu'elle venait d'imaginer : Livraddict. A l'époque (il y a un an et quelques jours !), j'ai même participé à l'étape fastidieuse qui consistait à copier-coller les messages de "Nos Livres et Nous" sur le nouveaux forum "Livraddict", appelé à devenir un site bien plus complet... Que de souvenirs !

Un an plus tard, je suis toujours là. Et le site est beaucoup, beaucoup plus qu'un forum. J'utilise sa bibliothèque virtuelle avec passion, je reçois des tas de livres intéressants grâce aux partenariats, je prends beaucoup de plaisir à rédiger et mettre en page le Livraddict Mag, j'organiser les Book Clubs et y participe souvent... Je fais partie d'une communauté avec laquelle je peux parler de ma passion, ce qui n'est absolument pas possible là où je vis, et je me sens fière d'apporter ma petite pierre à l'édifice. Même quand je suis totalement overbookée, je n'imagine pas un seul instant de laisser ma place de modératrice à qui que ce soit.

Et surtout, je lis beaucoup, beaucoup plus ! J'ai déjà changé deux fois de bibliothèque (et la nouvelle est déjà trop petite). J'explore sans cesse de nouveaux genres, de nouveaux titres, je multiplie les découvertes sensationnelles et j'ai l'impression d'être devenue une vraie droguée. C'est tellement vrai : quoi de plus "planant", dépaysant et délassant, qu'un bon roman qui vous emporte très loin ? J'ai aussi ouvert un blog de lectures, et j'y reçois régulièrement des visites d'autres blogolecteurs dont je suis moi-même les billets. Enfin, chaque jour qui passe me permet de découvrir, via les échanges sur Livraddict, une nouvelle oeuvre que je dois absolument me procurer. Une vie ne sera jamais assez pour tout lire !

Voilà donc un petit bonheur, une de ces choses qui donne du sens à ma vie. Et j'espère que ça va durer encore très, très longtemps. Merci Livraddict !

05 septembre 2010

Les grandes blondes, de Jean Echenoz

Voici un roman que j'avais de toutes façons très envie de lire, depuis que je l'ai feuilleté chez une amie qui entame une thèse de doctorat sur cet auteur.  Sachant que quelqu'un que je sais saine d'esprit envisage la possibilité d'écrire plusieurs centaines de pages d'analyse sur une oeuvre, moi je ne peux pas résister à la curiosité de savoir à quoi ça ressemble.  J'ai reçu en cadeau deux romans d'Echenoz : "Les grandes blondes" et "Courir".  Et je me suis aventurée à la recherche d'une grande blonde...


Résumé :

Vous travaillez pour la télévision.  Comme vous souhaitez produire une série sur les grandes filles blondes au cinéma, mais aussi dans la vie, vous pensez faire appel à Gloire Abgrall qui est un cas particulier de grande blonde.  On l'a vue traverser, dans les journaux, les pages Arts et spectacles puis les pages Faits divers du côté des colonnes Justice, il y a quelques années.  Ce serait bien, pensez-vous, de lui consacrer une émission.  Certes.  Malheureusement, Gloire est un peu difficile à joindre. 
(quatrième de couverture)


Mon avis :

Par où commencer pour vous parler de cette expérience littéraire déroutante ?  Par le début du roman, probablement.  

Et on peut dire que ça commence bien. Dès la première phrase, l'auteur interpelle le lecteur par un procédé narratif inattendu : "Vous êtes Paul Salvador et vous cherchez quelqu'un."  Qui ?  Moi ?  Oui, vous. L'auteur explique gentiment que moi, lectrice, je suis à la recherche d'une ancienne star de la chanson à la carrière éphémère, qui a disparue de la circulation après avoir été condamnée pour meurtre.  Il m'apprend que j'engage une société de détectives privés, lesquelles voient sans cesse la demoiselle leur filer entre les doigts après avoir fait preuve de comportements plutôt extrêmes.  Puis je deviens quelqu'un qui cherche Paul Salvador, histoire d'avoir l'occasion de faire sa connaissance. Et quand l'auteur abandonne ce petit artifice de language, le lecteur est déjà trop impliqué dans l'aventure pour ne pas continuer à tourner les pages.

D'autant plus que dès le début, la langue simple et agréable d'Echenoz nous offre quelques petites citations à croquer. Un exemple :
"Le temps avait changé (pluie fine) et Donatienne aussi s'était changée.  Cela n'était pas tout de suite perceptible mais, son imperméable tombé, ce qu'elle portait se révéla plus exigu que la veille encore, si court et décolleté que ces adjectifs tendaient cette fois à se confondre, envisageaient de s'installer et vivre à deux dans la même entrée du premier dictionnaire venu."
Autre orginalité du même style : le petit personnage de Béliard qui accompagne Gloire dans sa folie, et dont la présentation déjà vaut son pesant d'or :
"Au mieux, Béliard est une illusion.  Au mieux il est une hallucination forgée par l'esprit déréglé de la jeune femme.  Au pire il est une espèce d'ange gardien, du moins peut-il s'apparenter à cette congrégation.  Envisageons le pire.
S'il en est vraiment un, né trop moche et trop petit pour être officiellement reconnu par une confrérie soucieuse de son physique de cinéma, tout de suite on l'a placé à l'Assistance.  A moins qu'on l'ait abandonné sur une aire d'autoroute à l'occasion d'un déplacement, d'une procession, d'un congrès d'anges à l'étranger, cadenassé par son auréole de service à un poteau indicateur.  Toujours est-il que très jeune il lui a fallu se débrouiller seul, mettant à profit malgré tout les dons et qualités conférés par sa naissance.  Mais ignoré des siens, renié par sa hiérarchie, peut-être même frappé d'interdiction professionnelle, c'est en free-lance qu'il exerce le métier, hors cadre et le plus discrètement possible."

Alors on continue à lire, bien entendu, et on se demande ce qui va bien pouvoir arriver à cette Gloire Abgrall totalement imprévisible et absolument sans scrupules.  Tout en suivant, en parallèle, les efforts infructueux des détectives privés à sa recherche et les élucubrations de Paul Salvador à propos des grandes blondes.

Et c'est là que ça commence à coincer. Parce que tout ça ne mène à rien. Ca commence tellement fort, autant du côté de Gloire que des idées surréalistes de Salvador, qu'on s'attend à une montée dans l'incroyable qui se termine en apothéose de l'inattendu. Et au contraire, c'est la descente progressive vers la normalité.  C'est toujours aussi bien écrit mais sur le fond je me suis sentie totalement arnaquée. Le genre d'histoire où l'on se dit : "quoi, c'est tout ?".  Pourtant c'est bien un happy end, mais le genre à terminer en conte de fée une aventure où l'on aurait espéré quelque chose de bien plus savoureux. Si même le dernier paragraphe avait été différent...  Mais non. 

Alors je dois dire que je suis vraiment perplexe : où l'auteur voulait-il en venir ?  Voilà peut-être le genre de choses sur lesquelles on écrit une thèse.  Je vais me renseigner, si j'en apprends plus je vous tiens au courant. 

Bref, une lecture qui s'apparente à un voyage dont j'ai aimé le trajet tout en étant déçue par la destination.


Pour en savoir plus :
- la page de Wikipédia sur Jean Echenoz, avec des renseignements intéressants sur l'oeuvre de l'auteur.

02 septembre 2010

Et voici le Livraddict Mag n°3 !

Encore une fois, je dois vous demander de m'excuser pour ce long silence bloguesque.  Il faudra s'y habituer pourtant : tous les trois mois, à la veille de la sortie du nouveau Livraddict Mag, je passe tout mon temps libre à sa mise en page... Mais c'est un plaisir et en plus ça en vaut largement la peine : car les  excellents articles rédigés par la Team et, cette fois, par des membres de Livraddict également, valent la peine d'être mis en valeur le mieux possible.  

Bref, je suis extrêmement fière de vous présenter ce travail collectif très réussi : le Livraddict Mag n°3 spécial Fantasy !  Vous y découvrirez des interviews d'auteurs et d'autres personnalités du monde littéraire, des présentations de maisons d'éditions et de collections spécialisées en fantasy, des découvertes de toutes sortes pour les fans du genre comme les novices, un grand concours, et surtout, beaucoup, beaucoup de livres à ne pas manquer !  Vous allez aimer, j'en suis sûre...  Il suffit de cliquer sur la couverture du mag pour le lire. Vous pouvez aussi le télécharger ici




De plus, cette édition est accompagnée d'un encart spécial célébrant le premier anniversaire de Livraddict qui tombe ce mois-ci !  L'équipe en profite pour vous révéler les secrets du site, son histoire, présenter les modos qui s'en occupent, et vous dévoile toutes les festivités prévues pour célébrer cet anniversaire. Venez lire cet encart pour faire la fête avec nous !  Vous pouvez également le télécharger ici



Voilà, maintenant que tout ceci est prêt, je vais pouvoir (essayer de) retourner à mes chroniques habituelles.  Faites passer le message  :)

15 août 2010

Le K, de Dino Buzzati

J'aime beaucoup les lectures communes.  D'abord, parce que c'est une façon agréable de lire en commun, même à distance, avec le plaisir de comparer son avis à celui d'autres lecteurs. Ensuite, parce que ça me remet en tête des livres oubliés, déjà lus ou pas, qui méritent mon attention.  "Le K" traînait dans ma bibliothèque depuis environ quinze ans ; je l'avais lu mais je n'en gardais aucun souvenir.  Mais Mélusine l'a remis à l'ordre du jour en le proposant comme lecture commune et il le méritait bien.


Résumé :

"Le K" n'est que la première nouvelle de ce recueil qui en compte cinquante.  "Autant d'histoires merveilleuses, tristes ou inquiétantes pour traduire la réalité vécue de ce qui est par nature incommunicable", comme le dit si bien la quatrième de couverture.


Mon avis :

Je ne sais pas pourquoi, j'avais gardé de ce recueil un souvenir un peu haustère, celui d'une lecture relativement difficile et très classique.  Aussi, j'ai été étonnée dès les premières pages : ces petites histoires sont très faciles à lire et assez modernes (autant qu'elles puissent l'être en sachant qu'elles ont été publiées en 1975).  Elles sont aussi étonnamment courtes, même pour des nouvelles : une dizaine de pages au maximum, souvent moins. Elles sont toutes surprenantes d'originalité et certaines sont même franchement amusantes - j'ai notamment souri à la représentation de la création.  Certaines histoires sont visiblement réfléchies et longuement mûries, d'autres sont l'élaboration d'impressions fugitives mises spontanément sur le papier. La plupart sont des récits fantastiques, soit légèrement (un élément fantastique dans un monde réel), soit plus profondément (la visite des enfers par exemple). 

Mais toutes ces histoires ont en commun leur forme de parabole moderne.  De chacune d'elle ressort une métaphore, une représentation imagée d'un sentiment très humain et très profond comme la peur de la mort, l'amour, la vieillesse, le besoin de gloire, de surpasser les autres, la jalousie, la solitude des villes... Ce qui fait que ces petites lectures a priori si légères et plaisantes sont en réalité beaucoup plus profondes qu'elles n'en ont l'air.  L'auteur a un don très particulier pour nous plonger dans l'univers des émotions qu'il décrit : on sort mélancolique de ses histoires sur le temps qui passe, tremblant de ses récits concernant la peur de la vieillesse ou de la mort, effarés de ses descriptions de l'orgueil, etc.  Son utilisation du fantastique pour représenter des réalités très humaines est remarquable, on ne peut pas en sortir insensible.

En bref, voici une lecture à plusieurs degrés qu'il faudrait savourer à petites doses, une histoire par jour par exemple.  On commencerait par apprécier l'intrigue en tant que telle et son originalité ; mais il faudrait aller plus loin, parce que souvent, il faut l'avouer, ces petites histoires se terminent un peu brusquement.  Alors on se laisserait le temps de s'imprégner des impressions que l'auteur a fait naître ; et, pour le reste de la journée, on réfléchirait profondément avec lui sur les questions intemporelles et profondément humaines qu'il se pose.

Voici donc un recueil de nouvelles à plusieurs niveaux, une expérience littéraire profonde et pourtant à la portée de tous. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre ;
- Les avis de mes co-lectrices : Mélusine, qui vous offre de nombreux exemples de nouvelles résumées, pour vous donner une idée, et Fleurdusoleil, qui vous présente ses trois histoires préférées. 

03 août 2010

Etat critique, de Robin Cook

Au moins de juin, Livraddict proposait en partenariat avec Le Livre de Poche de découvrir le thriller médical aux côtés de Robin Cook.  La quatrième de couverture était plus qu'alléchante, j'ai sauté sur l'occasion...


Résumé :

Trois cliniques spécialisées de New York, appartenant toutes les trois au docteur Angela Dawson, sont victimes d'une épidémie inexpliquée de staphylocoque doré résistant.  Des patients, entrés en parfaite santé pour des opérations de routine, meurent en quelques heures. L'un d'entre eux est autopsié par le docteur Laurie Montgomery, dont le mari doit justement se faire opérer dans l'une des cliniques quelques jours plus tard. Lorsqu'elle apprend que ce cas est loin d'être isolé, le docteur Montgomery décide de mener l'enquête pour rassembler assez d'informations afin de convaincre son mari d'éviter l'hospitalisation. Mais elle a peu de temps, et le mystère semble insoluble : absolument toutes les mesures possibles ont été prises pour éradiquer l'épidémie, et pourtant, certains patients continuent à mourir...


Mon avis :

Je suis une grande fan de thrillers et de romans policiers, pas de doutes à ça.  Voilà un genre qui détend, qui emporte et qui ne laisse pas trop de traces derrière soi, une lecture plaisir au sens pur.  Mais les bons thrillers sont rares ; il ne suffit pas d'une bonne dose d'hémoglobine et d'un scénario improbable pour mériter ce titre.  Et les auteurs les plus en vogues ne sont pas nécessairement les plus intéressants. Aussi, j'apprécie d'autant plus le plaisir de me retrouver avec un roman de ce type qui semble me coller aux mains tant j'ai de mal à le lâcher avant la dernière page.

C'est l'effet qu'a provoqué cet "Etat critique". J'espérais beaucoup suite à une quatrième de couverture accrocheuse, mêlant business, santé et mystère scientifique. Mais dès le début, le résumé tient ses promesses. Comment se fait-il que certaines cliniques soient victimes d'une épidémie de staphylocoques alors que toutes les mesures ont apparemment été prises pour l'éradiquer ?  On pense immédiatement à un sabotage, mais au fil des pages l'histoire se complique : rien, absolument rien ne permet d'expliquer ce qu'il se passe.  Chacune de nos hypothèses s'effondre au fur et à mesure que le docteur Montgomery mène l'enquête.

Je vous rassure : au final, tout est expliqué logiquement (heureusement, un roman policier qui laisse des questions sans réponses est le summum de la frustration).  Mais entretemps, l'intérêt du lecteur a un peu changé : à force de suivre le développement des points de vue de différents protagonistes, un suspense parallèle se met en place.  Je n'ose pas trop vous en dire pour ne pas gâcher le plaisir, mais à partir de la moitié du livre, l'intrigue se développe en un chassé-croisé délirant pendant lequel on retient son souffle. Et on ne sauterait pas une page, pas une ligne, même pour savoir plus vite comment il se termine.

Au point de vue des personnages, l'originalité n'est pas de mise : le gentil couple uni malgré ses désaccords, la femme d'affaires à la volonté de fer, quelques maffieux de bon ton et pas trop malins, ce genre de choses. Mais heureusement, pas trop de caricatures : j'ai eu peur un moment pour le personnage d'Angela qui semblait vraiment trop correspondre à la business woman imbatable, mais en fin de compte elle a quand même quelques aspects un peu plus intéressants qui lui font échapper de peu au moule.

Par contre, là où se trouve l'originalité, c'est l'aspect "thriller médical". Des médecins légistes qui mènent l'enquête, avec comme ennemi principal un méchant staphylocoque, c'est un point de vue sympathique.  Pour une fois que le sempiternel commissaire torturé n'est pas de la partie, il ne m'a pas manqué !  On sent aussi un petit peu de "C.S.I." qui n'est pas pour me déplaire.  Et puis, en trame de fond, on découvre avec horreur le fonctionnement mercantile de la médecine américaine, ces cliniques spécialisées qui se font énormément d'argent en n'acceptant d'opérer que les patients les mieux assurés, ces informations privées sur la santé des patients qui circulent comme des petits pains...  Ca fait froid dans le dos.  Je découvrais donc le thriller médical avec Robin Cook, et je vais sans fautes chercher à en lire d'autres du même auteur, spécialiste du genre apparemment.

Au final, un thriller comme on les aime : délassant, agréable, prenant au possible.  Une lecture parfaite pour les amateurs, qui leur permettra de découvrir le sous-genre du thriller médical.

Je remercie très sincèrement Livraddict et les éditions Le Livre de Poche qui m'ont lancée sur cette piste !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre, avec les informations le concernant et les notes et avis d'autres lecteurs ;
- les avis des autres participants au partenariat :  Cacahuète - Emeralda - Taylor - Clara - Erato - Lili25 - Marionnette - Maïko - Elea23