Ces temps-ci, j'écoute de nombreux podcasts et autres textes enregistrés. C'est pour moi une invention géniale : dès que je dois faire quelque chose qui occupe mes mains et mes yeux mais pas mon cerveau (et c'est généralement une tâche désagréable comme le ménage, la vaisselle ou un trajet dans les transports en commun), je dégaine mon iPhone et mes écouteurs. Les tâches ennuyeuses passent beaucoup, beaucoup plus vite quand j'ai l'esprit occupé par une histoire palpitante ; c'est ce que j'appelle transformer l'utile en l'agréable !
C'est ainsi que je découvre les fictions et feuilletons de France Culture. Je vous ai déjà parlé des Ombres sur Innsmouth et de La couleur tombée du ciel, de H. P. Lovecraft; cette fois-ci j'ai redécouvert l'un de mes polars préférés tout en faisant le ménage !
Résumé :
Sur la place Edgar-Quinet, à Paris, Joss Le Guern a réinventé le métier de crieur public. Deux fois par jour, il crie les messages que l'on a glissé dans son urne. Mais depuis quelques semaines, certains de ces messages sont étranges, des textes en vieux français qui annoncent l'arrivée d'un mal effrayant et intriguent l'érudit du quartier. Au même moment, le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, fraîchement muté dans la capitale, s'intéresse à d'étranges signes en forme de quatre inversé peinturluré sur des portes d'appartements un peu partout dans la ville. Il y sent une menace, une menace liée aux annonces du crieur...
Mon avis :
J'ai lu le roman "Pars vite et reviens tard" il y a déjà plusieurs années. C'était la première fois que je découvrais Fred Vargas et dès le début, son style m'a plu ; je me rappelle les premières pages, où Joss Le Guern se plaint que les choses sont contre lui. C'est aussi la première fois que je découvrais Jean-Baptiste Adamsberg, un héros hors de l'ordinaire qui m'a tout de suite plu et ne m'a par la suite jamais déçue. Autant dire que j'étais plutôt méfiante en abordant cette pièce radiophonique ; j'avais tellement de raisons d'être déçue !
Le rendez-vous de la semaine (et vous remarquerez que je m'y tiens assez bien, quand les sujets m'inspirent), c'est le Top Ten Tuesday organisé par Iani. Et cette semaine, le thème me plaît bien mais je doute de pouvoir trouver dix auteurs à lister. Voyons jusqu'où je pourrai aller.
Donc, les dix auteurs dont j'attends avec impatience un nouveau livre sont (dans l'ordre dans lequel ils me viennent à l'esprit) :
Fred Vargas est l'une de mes auteures favorites. Ses polars baignent dans une atmosphère légèrement surréaliste, avec des personnages très riches, à la fois décalés et profondément vrais. Je ne rate aucune de ses sorties, même si je n'ai pas encore eu l'occasion de commenter ses romans sur ce blog. Allons-y donc pour le petit dernier...
Résumé :
Adamsberg se trouve confronté à trois enquêtes parallèles. A Paris, il y a cette histoire de petit délinquant, spécialiste de l'incendie de voiture, qui aurait brûlé vif un grand chef d'entreprise. A cause d'une sombre histoire de lacets, Adamsberg ne croit pas à la culpabilité de celui que tout désigne, mais comment le disculper quand on lui coupe son enquête sous le pied ? Il y a aussi le problème, non moins important, de ce pigeon auquel on a attaché les pattes pour le laisser mourir. Un acte d'une cruauté qui ne doit pas rester impunie. Et puis, en province, il y a cette petite dame, dont la fille a vu l'Armée curieuse (ou l'Armée furieuse, Adamsberg ne sait pas trop), un événement tout droit sorti du Moyen-Age et qui annonce la mort de quatre vilains méchants. D'ailleurs, le premier vient justement de disparaître sans laisser d'adresse. Adamsberg est un peu réticent, mais il semble que résoudre l'affaire en province lui permettra de relancer celle de Paris, et puis il a bien besoin de s'échapper un peu, alors...
Mon avis :
Ah, Adamsberg ! L'insupportable, le talentueux, l'admirable Adamsberg ! Je l'adore. Sur papier, bien sûr, parce qu'en réalité, il faut vraiment être Danglard et le reste de l'équipe pour pouvoir le supporter. Sa nonchalance, son instinct, sa sensibilité en font le héros idéal du roman policier, celui qui peut se permettre de voir ce que le lecteur a devant les yeux sans le lui dire, celui qui se promène à la marge de la réalité, qu'on pourrait presque croiser dans la rue, tout en sachant qu'il est trop profond pour être vrai.
On retrouve donc Adamsberg et tous ses collègues dans une nouvelle enquête signée Vargas. Monsieur vient de se découvrir un fils adulte qui lui ressemble étrangement, et son adjoint Veyrenc doit décider s'il va regagner la brigade ou pas. Car sa vie a changé au cours des épisodes de sa "saga", et il vaut mieux entamer celui-ci après avoir lu les précédents (surtout "Un lieu incertain").
Son flair, par contre, est resté le même, ainsi que sa connaissance du genre humain, et il le prouve dès les premières pages. Il fonctionne toujours au feeling qui inverse ses raisonnements : il acquiert une certitude puis se creuse les méninges pour découvrir ce qui l'y a amené. Un procédé déroutant pour ses adjoints et pour le lecteur, mais depuis le temps, nous y sommes habitués.
Tout comme nous connaissons le procédé narratif préféré de l'auteure : une bonne vieille légende moyenâgeuse, de celles qui font encore un peu peur quand on y réfléchit bien, plantée dans le décor d'aujourd'hui ; des faits qui semblent lui donner raison au-delà de toute raison ; et enfin, un dénouement bien mené qui explique tout sans avoir recours au surnaturel. Un poil répétitif, mais puisque ça fonctionne, je signe encore et toujours.
Ce à quoi nous ne sommes pas habitués, c'est à un Adamsberg qui commet des erreurs. Et, pire encore, qui se compromet. Pour de vrai, pour de faux, on le découvre au fur et à mesure, mais quoi qu'il en soit, Adamsberg n'est pas infaillible. Ses adjoints non plus, d'ailleurs, même pas Rétancourt, qui loupe un indice de poids, sans parler de Danglard, dont la bourde monumentale manque de le tuer. Finalement, c'est presque par chance que toute cette histoire trouve son dénouement. A cause de morceaux de sucre. Il faut bien sûr un Adamsberg pour les suivre comme les miettes du Petit Poucet, mais en-dehors de ça, tout le long de cette histoire d'Armée furieuse, il s'est quand même largement fait mener en bateau.
Voilà donc une nouvelle facette d'Adamsberg qu'on croyait connaître : on le découvre faillible. Et voilà comment notre auteure archéologue creuse encore un peu son personnage. Et voilà pourquoi je ne raterai pas la prochaine sortie de Vargas. Encore un tome que les fans d'Adamsberg ne doivent manquer sous aucun prétexte.
Un passage audio :
Un petit passage au début de l'intrigue, une petite discussion à bâtons rompus entre Adamsberg et Veyrenc qui donne une idée du décor, de la façon de penser d'Adamsberg et de la langue légère de Vargas.
Je suis une grande fan de Fred Vargas, l'archéologue-auteur de romans policiers que j'ai découverte il y a quelques années grâce à un livre offert. J'ai déjà présenté son oeuvre en général sur le forum de livraddict, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de lire tous ses romans. Hier, je suis tombée par hasard sur un recueil de nouvelles policières, à ma connaissance les seules histoires courtes qu'elle ait publié, et je l'ai bien sûr dévoré en deux heures. Quelques mots sur cette découverte récente...
Résumé:
En 120 pages environ, Fred Vargas nous présente trois histoires, de la plus longue à la plus courte: "Salut et Liberté", "La nuit des brutes" et "Cinq francs pièce". On y découvre un vieux tailleur qui s'installe sur le banc public en face du commissariat juste le jour où Adamsberg commence à recevoir les lettres anonymes d'un meurtrier impuni; une Cendrillon qui se noie le soir de Noël; un clochard vendeur d'éponges et témoin d'un meurtre en fourrure... le tout tandis qu'à côté coule la Seine.
Mon avis:
La nouvelle est un genre difficile: il faut, en un nombre limité de pages, dresser un décor, présenter des personnages et développer une intrigue. C'est d'autant plus compliqué quand il s'agit d'histoire policières, qui doivent par définition être chargées de mystère et développer un suspense qui surprenne à la fois le lecteur et les personnages. Et c'est un véritable défi quand, en plus de ça, l'auteur a accroché son public grâce à la profondeur de personnages atypiques, que ce soient les héros (Adamsberg, Danglard) ou les personnages secondaires, lesquels méritent une description poussée.
Pourtant, Vargas s'en sort haut la main. A l'exception peut-être de la première nouvelle, où j'ai trouvé le dénouement un peu brutal, elle ne compromet ni la qualité de ses intrigues, ni le relief de ses personnages. En quelques pages seulement, on apprend à connaître Adamsberg si on ne l'a jamais croisé, ou on redécouvre de nouvelles facettes de sa personnalité brumeuse s'il nous est familier; et on voyage dans la vie et la tête de nouveaux héros passagers, le tailleur ou le clochard. Les mystères sont bien entendu moins complexes que dans les romans, mais Vargas prend le temps de nous laisser savourer son petit monde parisien centré autour de la Seine. J'ai particulièrement aimé la dernière nouvelle, la plus courte, où Adamsberg est vu de l'extérieur, au travers des yeux du témoin. Pour la première fois il mène l'interrogatoire, et en quelques questions et réponses se dessinent sa méthode et son caractère si particuliers. Une façon agréable de le redécouvrir.
La question est: pour ceux qui ne connaissent pas du tout Vargas, ce petit livre très court constitue-t-il une bonne introduction ? Ce n'est pas impossible, car tous les ingrédients de son succès y sont, en condensé. Pourtant, je ne suis pas sûre de le recommander; il manque malgré tout le plaisir des longues intrigues bien ficelées, la petite touche de légende qui parsème la plupart de ses oeuvres, et la découverte en profondeur de ses personnages si typés. Je continue à penser que pour entrer dans le monde de Vargas, la meilleure porte reste "Pars vite et reviens tard". Mais si vous avez déjà fait sa connaissance, alors jetez vous sur ce petit recueil savoureux !