J'ai découvert, pas plus tard que la semaine passée, la bibliothèque de mon quartier. Etant donné que je vis à Helsinki (Finlande), je m'attendais à devoir y piocher dans les livres en anglais pour éviter le finnois ou le suédois... Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un rayon francophone ! Deux, pour être exacte, environ une cinquantaine de livres où se côtoient St Exupéry, Camus et le capitaine Cousteau. Dans ce petit trésor hétéroclite se cachaient quelques volumes ayant pour héro le célèbre inspecteur Maigret que, honte à moi, je n'ai jamais lu ! J'ai donc commencé par celui qu'il me semblait le plus logique de découvrir en premier: "La première enquête de Maigret".
Paris, 1913. Jules Maigret, jeune secrétaire du commissaire du quartier Saint Georges, reçoit en pleine nuit la déposition d'un flûtiste. Celui-ci affirme avoir vu une femme crier "au secours !" par la fenêtre d'un hôtel particulier, puis entendu un coup de feu à l'intérieur, tandis qu'une voiture en stationnement devant la porte démarrait brutalement. Malheureusement, cette maison est celle d'une famille riche, influente, dont certains membres sont des amis proches du commissaire lui-même... C'est pourquoi Maigret se voit confier une enquête informelle où il est prié d'être très discret. Sa toute première enquête, où il va se frotter aux grands de ce monde...
Mon avis:
Dans ma jeunesse, j'ai dû tomber un jour ou l'autre sur un roman de Simenon. Je pense n'avoir parcouru que quelques pages, et j'ai le vague souvenir d'un style trop lourd, trop lent à mon goût. Mais c'était il y a très longtemps...
Depuis lors, il faut croire que mes goûts ont changé car j'ai beaucoup apprécié cette petite histoire. En effet ça n'avance pas vite, mais je me suis laissée porter avec le jeune Maigret, tout fier de sa première enquête, si touchant dans sa façon de vouloir bien faire et sa légère timidité. En réalité, on sent que Simenon adore son personnage et qu'il le décrit avec une tendresse absolument adorable. J'ai véritablement craqué pour le jeune policier plein de fougue et d'idéaux, pour sa jeune épouse adorable, pour le petit flûtier plein de bonne volonté et même pour un des "méchants", pas si méchant que ça au fond. Les personnages laissent transparaître ce qui fait, paraît-il, une des caractéristiques des écrits de Simenon: les bons et les mauvais ne forment pas deux clans tranchés, en fin de compte ce sont les policiers qui n'ont pas le beau rôle et certains criminels ont plus de morale qu'on pourrait le penser.
L'écriture est un peu désuette: ce roman a paru en 1949 et il raconte une aventure qui se déroule en 1913. Mais c'est presque un atout de ce roman: on est plongés entièrement, depuis les descriptions des lieux jusqu'au choix des mots, dans une carte postale en noir et blanc. Les pages jaunies de mon exemplaire complétaient le tableau. C'est une jolie ballade dans le Paris de la première moitié du XXème siècle, avec ses fiacres, ses hôtels particuliers, ses bistrots de quartier, les chapeaux que l'on met pour sortir et les majordomes en costume.
Le seul petit bémol que je mettrais, c'est que contrairement à ce que le titre m'a laissé croire, c'est une mauvaise idée de découvrir Maigret via cette histoire. En réalité, il s'agit pour Simenon et pour ses lecteurs assidûs d'un flash-back dans la jeunesse de Maigret, de façon à faire découvrir le jeune policier fringant qui se cache derrière le vieux commissaire bourru. Régulièrement l'auteur souligne le fait que Maigret, dans la suite de sa carrière, fera comme ci, se souviendra de cela, mais il y a probablement toute une série de petits détails de la vie du héro qui feront sourire celui qui le connaît bien dans sa version plus âgée et qui me sont passées au-dessus de la tête.
En bref, cette première incursion dans l'oeuvre du grand Simenon et dans les aventures du commissaire Maigret m'a véritablement enchantée, et je vais dès que possible retourner à la bibliothèque du quartier pour échanger ce volume contre un autre. Un jour, peut-être, quand je serai familière de Maigret, je reprendrai ce premier livre pour en découvrir les aspects attendrissants qui m'ont échappés.
