02 juin 2010

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, d'Harper Lee

J'avais trois bonnes raisons de lire ce roman :
1. Il faisait partie d'une lecture commune proposée par Evertkhorus sur Livraddict et devenue entretemps très populaire ;
2. Il faisait partie du challenge "100 ans de littérature américaine" qu'il est bien temps que je poursuive (j'ai promis de lire 6 livres sur ce thème avant la fin de l'année);
3. C'est un classique dont j'ai beaucoup entendu parler, sans savoir de quoi il s'agissait, et la curiosité me titillait abominablement.
Voici donc le résultat de la combinaison de ces trois forces irrésistibles...


Résumé :

La petite Scout, six ans, vit la vie d'une enfant blanche dans l'Amérique des années 30. Elle passe ses journées à jouer avec son frère Jem et leur ami Dill, ses soirées à apprendre à lire auprès de son père Atticus, s'invente des défis autour du mystère du voisin qui ne sort jamais de chez lui... Mais l'univers de sa paisible petite ville est chamboulé quand un ouvrier noir est accusé du viol d'une jeune fille blanche. Le père de Scout est nommé avocat de la défense et prend sa tâche très à coeur, au milieu d'une communauté qui dévoile son racisme profond.


Mon avis :

Tout d'abord, il faut savoir que la couverture du livre que j'ai lu n'est pas celle qui illustre cet article. Mon édition, empruntée à la bibliothèque municipale, était une version en langue originale très ancienne, replastifiée à plusieurs reprises, aux pages jaunies par l'âge, et pourtant en excellent état. Ce n'est absolument pas une critique : au contraire, j'ai eu d'autant plus de facilité à me plonger dans l'époque représentée que mon édition en était presque contemporaine. Ah, le plaisir des pages qui ont bien vieilli !

Je regrette quand même un peu de ne pas avoir acheté ce livre car j'aurais pris beaucoup de plaisir à le lire et le relire. Je ne sais pas pourquoi, j'imaginais qu'il s'agissait de quelque chose de beaucoup plus grave. Sensible comme je le suis, j'avais peur de me retrouver dans des histoires cruelles de lynchages et autres joyeusetés qu'a pu produire l'époque de la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

Mais une grande partie de l'intérêt de ce livre découle du fait qu'il a pour narrateur une petite fille adorable. Ses aventures d'enfant, qui constituent toute la première partie du livre, ressemblent à celles du petit Nicolas : on sourit et se laisse emporter par son imagination débordante et les petits mystères de son quartier. Cette partie est plus longue que ce à quoi on peut s'attendre en lisant le résumé, qui semble centrer l'intrigue sur le procès, mais on ne s'ennuie pas une seconde : le petit mystère de l'homme enfermé chez lui depuis des années, le fameux Boo Radley, nous tient en haleine autant qu'il captive la petite Scout.

Puis vient la suite, la partie plus grave du procès et du racisme qu'il dévoile. Et là, l'auteur joue à un petit jeu tout à fait remarquable : il s'ingénie à faire découvrir au lecteur l'atmosphère sociale tendue, en utilisant une narratrice qui elle-même ne comprend pas réellement ce qu'il se passe. Le passage nocturne en face de la prison, où la petite Scout sauve probablement la vie de son père sans même se rendre compte du danger, est absolument admirable, et je l'ai relu plusieurs fois. Les épisodes dramatiques ne sont en rien diminués mais l'ensemble du roman prend un air touchant et léger qu'il n'aurait pas pu avoir si le narrateur avait été un adulte.

Dans la galerie de personnages présentés au fur et à mesure du récit, je suis tombée sous le charme du père, Atticus. C'est un homme qui non seulement est d'une droiture à toute épreuve, mais qui en plus s'abstient de stigmatiser ceux qui sont dans l'erreur. Sa raison de défendre les droits des noirs n'est pas un humanisme dévoué, mais une constatation simple : puisqu'ils ont moins de droits que les blancs, les blancs doivent être particulièrement attentifs à respecter ces droits. Ne pas le faire c'est comme "tuer un oiseau moqueur", détruire un être innocent qui ne nous fait aucun mal et est à notre merci.

Il y aurait beaucoup, beaucoup à dire sur ce livre, sur les thèmes du racisme, de l'innocence, de la figure du père qu'il aborde. Mais l'important c'est que c'est un roman plein de charme, tout en nuances, agréable à lire, truffé d'humour et parsemé de moments poignants. Vraiment, une lecture à ne pas manquer.


Pour en savoir plus :
- Les avis de mes co-lecteurs et lectrices :
- les enthousiastes : Stellade, Evertkhorus, Frankie, Elora, Leyla, Mrs Pepys, Elizabeth-Bennet, latitesib, Pickwick, Chaplum, Calypso
- les un peu moins convaincus : Anjelica, Fattorius, Liyah
(n'hésitez pas à me signaler dans les commentaires si j'en ai oublié)
- La page Bibliomania du livre, avec les infos techniques et d'autres avis.


2/6


Edit quelques jours plus tard :
Mais que vois-je !?! Ce livre faisait aussi partie du Big Challenge Livraddict 2010 ! Je n'avais même pas remarqué. Me voilà déjà à 5 livres lus sur les 6 pour lesquels je m'étais engagée... Il passe trop vite celui-là !


Le Livraddict Mag 2 vient de sortir !

Ca y est ! Je sors de ma torpeur bloggesque pour reprendre mes chroniques, et j'en ai un paquet en retard. Mais avant ça, je vous présente la cause de ce passage à vide sur ces pages : le fameux mag sur lequel je travaillais d'arrache-clavier ! Il est encore plus beau que la dernière fois, il est une vingtaine de pages plus épais, et il aborde un thème littéraire que j'apprécie : le roman policier !



Alors, que vous soyiez fan du genre ou pas, là n'est pas la question : cliquez sur la magnifique couverture (signée baba) et ouvrez le mag. On y trouve une exclusivité (le premier chapitre de la suite de L'Eclat du diamant qui sortira en octobre), la présentation de deux collections consacrées au polar, un comparatif roman/film sur le phénomène "Shutter Island", un concours original assorti d'un beau prix, un avis de recherche des meilleurs enquêteurs, des recettes de cuisine pour enquêteurs pressés, comment écrire à l'encre invisible, plusieurs interviews (auteurs, éditeurs, responsable de site web, jurés de prix littéraires)... et encore des tas et des tas d'articles, parmi lesquels vous découvrirez des tonnes de romans policiers à lire absolument.

Je dois dire que je suis assez fière de notre travail là-dessus, que ce soit au niveau du fond que de la forme (dont je suis partiellement responsable). La Team Livraddict s'est vraiment surpassée.

Bref, pour découvrir tout ça :
- la page calaméo de Livraddict, où vous pouvez consulter le nouveau mag et aussi le premier numéro ;
- le lien pour le télécharger en format pdf et l'imprimer si ça vous tente ;
- le message expliquant comment télécharger un aperçu à publier sur votre blog.

J'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi !

13 mai 2010

Le nom de la rose, d'Umberto Eco

Une lecture commune organisée par Evertkhorus m'a donné le courage de recommencer ce roman devenu un classique que j'avais déjà lu une fois et pas vraiment apprécié. Je voulais depuis longtemps lui donner une seconde chance, et voici le résultat...


Résumé :

Au XIVème siècle, le jeune moine Aldo accompagne l'ex-inquisiteur franciscain Guillaume de Baskerville dont il est le secrétaire. Ils séjournent dans une abbaye bénédictine, quelque part entre Provence et Ligurie, pour y préparer une rencontre politique très importante entre franciscains représentants de l'Empereur d'Allemagne et les envoyés du Pape avec qui ils sont en désaccord. Mais lorsqu'ils arrivent à l'abbaye, un moine vient d'y mourir tragiquement en s'écrasant sur les rochers en contrebas de la bibliothèque, une forteresse protégée par l'interdit religieux et la magie. Guillaume est sollicité pour découvrir la cause de cette mort mystérieuse et rétablir la sécurité de l'abbaye avant que les envoyés du Pape n'arrivent...


Mon avis :

Comme je l'ai écrit, ce n'était pas ma première lecture de ce roman dont j'ai très souvent entendu parler. La première fois, on me l'avait décrit sous la forme d'une enquête policière du Moyen-Âge, et j'avais été assez déçue : s'il y a bien une enquête, elle est presque noyée dans les digressions historiques, politiques et religieuses qui en ralentissent le rythme et compliquent la lecture. Et je ne peux pas nier que l'impression a été la même cette fois-ci : l'enquête en elle-même, bien qu'intéressante et originale grâce à l'époque et le lieu où elle se situe, n'est pas l'attrait le plus puissant de ce livre.

Ce qui rend ce roman unique en son genre, c'est la plongée dans le XIVème siècle qu'il nous offre. Une plongée parfaite, sans la moindre concession, justifiée par la présentation de ce texte comme un manuscrit d'époque traduit récemment. Jusque dans les plus petits détails, le narrateur décrit ses aventures comme s'il s'adressait à un lecteur de son époque. Les périodes de la journée par exemple font références aux messes qui divisent la vie des moines, et non pas aux heures classiques.

Tout ceci rend la lecture assez ardue par moments. La langue, qui a tendance à être alambiquée, les sous-entendus philosophiques, les longs débats théologiques demandent une concentration certaine. De plus, si le narrateur donne quelques explications sur le contexte politique de l'époque, il présuppose que nous sommes familiés avec les différents ordres monastiques et la système politique, ce qui n'est en tous cas pas mon cas.

Mais c'est le prix à payer pour un dépaysement absolument total. On a ainsi l'occasion de découvrir la vie des moines et, en marge, celle du peuple de l'époque, au travers d'une fresque au réalisme époustouflant. On apprécie aussi l'ouverture d'esprit de Guillaume de Baskerville, un personnage extrêmement bien décrit et très en avance sur son époque. On a un aperçu des croyances qui ont menées aux excès de l'inquisition et qui expliquent beaucoup de choses. Bref, on visite cette abbaye du Moyen-Âge comme si on y était.

Je conseille donc à ceux qui souhaitent découvrir ce livre (que je recommande chaudement) d'être prévenus : ce n'est pas un roman facile à lire, mais c'est l'une des oeuvres historiques les plus intéressantes que j'aie eues en main.

Un grand merci à Evertkhorus pour m'avoir incitée à sortir ce livre de ma bibliothèque où il prenait injustement la poussière...


Pour en savoir plus :
- la page bibliomania du livre
- la page du forum où la lecture commune s'est organisée, avec la liste des participants (et ils sont nombreux !).
- parmi mes co-lecteurs, Evertkhorus et Setsuka n'ont pas du tout aimé ! Par contre, Lexounet a beaucoup apprécié, à peu près pour les mêmes raisons et avec les mêmes réticences que moi, mais qu'il explique plus en détails.

Et je ne m'en étais pas rendue compte mais ce livre compte pour le Challenge Livraddict 2010 ! Ca me fait 4 livres lus sur les 6 pour lesquels je m'étais engagée... Je sens que je vais dépasser mon quota :D

11 mai 2010

Pas de nouvelles ? Bonnes nouvelles...

Oui oui, je sais, lecteur : je te délaisse honteusement. Ceci est mon premier message du mois de mai et c'est une véritable honte ! Je voulais donc passer par ici, laisser un petit mot et t'expliquer que je vais bien. Je n'ai pas été écrasée par un bus, je ne me suis pas noyée sous la pluie de ce printemps sans ciel bleu, je ne suis pas retournée en hibernation jusqu'aux vacances de juillet. Et surtout, je ne t'oublie pas, gentil visiteur de mon blog.

Je continue à lire, aussi, autant que faire se peut. Le petit problème c'est qu'en ce moment, je lis des livres dont je ne peux pas parler sur ce blog dans l'immédiat : soit qu'ils font partie d'une lecture commune et doivent être publiés en même temps que les critiques de mes co-lecteurs, soit que je les réserve pour le prochain Livraddict Mag qui sort dans moins de vingt jours... D'ici-là, c'est chut, motus, bouche cousue, pour te laisser la surprise de cette nouvelle édition consacrée au polar. Je sens que ça va te plaire, mais tu sauras pourquoi seulement le premier juin...

Ne te fais pas de soucis, pourtant, ces pages ne resteront pas vides très longtemps : j'ai quelques billets programmés pour les jours qui viennent. Je te demande juste d'être un tantinet patient et un poil tolérant pour ces petits jours un peu vides...

Merci d'avance, je sais que tu me comprends :)

28 avril 2010

Un joueur de poker, de Jean-Sébastien Hongre

"Un joueur de poker" a fait l'objet d'un partenariat spécial entre Livraddict et son auteur, Jean-Sébastien Hongre. Ca signifie que des exemplaires du livre étaient envoyés à des bloggeurs, qui en plus de publier une critique participeraient à un "book club" (une discussion en temps réel sur le forum de livraddict) et à une séance de questions-réponses avec l'auteur. J'adore ce genre d'aventure très complète qui permet de mettre en perspective son propre ressenti de lecteur/lectrice avec celui d'autres participants ainsi qu'avec les intentions de l'auteur lui-même. C'est un double échange toujours instructif, auquel ce livre se prête très bien !


Résumé:

Antoine, la quarantaine, est un faible qui le sait. Depuis longtemps il a laissé la maîtrise de sa vie entre les mains de sa compagne et va bientôt devenir père sans avoir été consulté. Mais la découverte accidentelle du jeu de poker chez des amis, pour lequel il s'avère étrangement doué, va lui offrir l'opportunité de s'affirmer enfin... et le mener beaucoup plus loin qu'il ne l'aurait voulu.


Mon avis:

Ce livre a, à mes yeux, de grandes qualités et quelques petits défauts. Les grandes qualités ont fait que je l'ai dévoré en une soirée ; les quelques défauts vont me permettre de vous écrire un joli billet tout en nuances.

Tout d'abord, avis à ceux qui détestent le poker et qu'un livre à ce sujet rebute : je n'aime pas vraiment ce jeu moi-même. J'y ai joué quelques fois et j'ai beaucoup plus apprécié le plaisir de la compagnie que la partie en elle-même. Mais ça ne m'a pas empêché de dévorer ce livre. Car le sujet n'en est pas vraiment le jeu, mais plutôt l'addiction d'Antoine. Il aurait pu tout aussi bien devenir accro aux jeux vidéos et le scénario n'en aurait pas été fondamentalement modifié. C'est la relation de dépendance qu'Antoine se crée qui est importante, ainsi que le rôle de défouloir pour sa personnalité qu'il trouve dans le jeu.

Car Antoine est faible, c'est le moins qu'on puisse dire. Il s'en rend compte et du début jusqu'à la fin commet erreur sur erreur. J'ai eu un peu de mal à ressentir pour lui autre chose que de la pitié, mais la curiosité de savoir où toute cette aventure va le mener est bien suffisant pour accrocher le lecteur. Si je ne me suis pas privée de détester cordialement sa compagne Pascale, une personnage sans nuances et sans explications, j'ai un peu regretté que ses motivations à elle ne soient pas approfondies : je ne comprends pas son comportement, mais il n'y a peut-être rien à comprendre.

Parmi les défauts du livre, je citerais un début trop rapide à mon goût. Le décor est planté en deux temps trois mouvements, et j'aurais aimé que la touche soit plus légère, que l'auteur prenne un peu plus son temps. C'est là une opinion toute personnelle. Par contre j'ai beaucoup aimé le suspense final et son dénouement assez imprévu, bien calculé pour ne tomber ni dans le "happy end" incroyable ni dans la déception trop évidente.

Au total, c'est une lecture rapide, facile, pas trop légère et plaisante. Une plongée dans le monde des addictions et de la folie graduelle où l'on suit Antoine pas à pas et sans avoir envie de le lâcher à aucun moment. La mise en page des éditions Anne Carrière est très agréable, la couverture sobre et classe. Au moment où j'écris ce billet, je ne sais pas encore quel est l'avis des autres participants à ce partenariat, mais pour ma part c'est une agréable découverte.

Merci à Livraddict, aux éditions Anne Carrière et à Heclea pour m'avoir mis ce livre entre les mains !


D'autres avis :
- celui d'Heclea, pour qui ce fut un véritable coup de coeur ;
- l'avis de Malou, qui y a trouvé une bonne surprise ;
- le billet de Lexounet, qui s'est véritablement identifié au héro ;
- l'avis de Valérie, qui elle n'a pas vraiment aimé.

Mais aussi :
- la page Bibliomania du livre, avec tous les renseignements le concernant ;
- la page Facebook du livre
- la discussion du Book Club a lieu sur ces pages.