7 mars 2017

Le Club des Veufs Noirs, d'Isaac Asimov


Qu'est-ce que ça donne quand un auteur de science-fiction s'essaie dans le genre nouvelle policière ?


Résumé :

Une fois par mois, six amis se réunissent au restaurant d'un club, où ils partagent un repas servi par leur maître d'hôtel, Henri. Les règles de ces rencontres sont très précises : tout ce qui y est dit reste confidentiel, l'un d'entre eux à tour de rôle dirige les discussions, et il fait venir un invité qui sera questionné. Au fil des rencontres, un thème s'installe : chacun des invités a un mystère à leur soumettre, et les six membres du Club tenteront de le résoudre avec l'aide d'Henri. 


Mon avis :

Je suis une grande fan d'Asimov, dont j'ai adoré la série Fondation. Je dois encore lire Les Robots, mais quand ce livre m'est tombé dans les mains alors que je passais justement par une petite période de lecture de romans policiers, je me suis laissée tenter.

Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse vraiment d'histoires policières, vu qu'il s'agit dans plusieurs cas de petits mystères qui n'impliqueraient pas la police, mais il s'agit en tous cas d'enquêtes. Lors de la discussion entre les participants du Club des Veufs Noirs (qui ne sont ni veufs ni noirs), l'un des participants ou l'invité du jour se retrouve, par hasard au début, à raconter une petite énigme dont il n'a pas la réponse. Ça va du meurtre à la triche lors d'un examen, en passant par un bruit bizarre dans un appartement ou une sombre histoire d'espionnage industriel. Les Veufs Noirs, qui sont avant tout de grands curieux, posent des tas de questions, font des tas d'hypothèses, jusqu'à tomber sur la solution par pur raisonnement logique. C'est une façon agréablement originale d'envisager une enquête : la faire mener par un groupe d'amis sans expérience ni autre moyen d'enquête qu'une discussion autour d'un verre de cognac à la fin d'un bon repas.

Je dois dire pourtant que je n'ai pas été entièrement conquise. Pour commencer, le début est un peu abrupt : la présentation des personnages est très réduite et ils ne sont pas tous présents à chaque fois, ce qui fait que je n'ai commencé à me les représenter que vers le milieu du livre. Ces nouvelles étaient faites pour être publiées séparément avant d'être rassemblées en recueil, et j'imagine que quand une nouvelle est écrite pour être lue seule, on ne peut pas trop se permettre de détailler les personnages. Mais c'est plus gênant dans le cadre d'un recueil quand ces personnages reviennent à chaque nouvelle histoire.

Ensuite, dans ma version française (et je pense qu'il n'y en a qu'une), la traduction est carrément pénible. Il n'y a pas d'erreurs, non, mais le texte est lourd, les conversations peu naturelles, l'humour tombe à plat. On sent que ce sont des textes écrits en anglais pour un public américain et que l'on manque beaucoup de choses, d'autant plus que les membres du Club des Veufs Noirs sont des hommes cultivés et que le lecteur francophone moyen manque du bagage culturel pour suivre leurs conversations. L'exemple le plus fragrant est l'un des aspects récurrents à presque chaque rencontre depuis la première : l'un des membres du club a décidé de composer un limerick pour chaque chant de l'Iliade et l'Odyssée, et récite un nouveau poème à chaque rencontre. J'admire l'effort qu'il a fallu faire pour traduire ces poèmes en français, mais soyons honnête, peu d'entre nous pourront apprécier la qualité des vers ou leur conformité au texte original...

J'ai aussi été déçue par le fait que j'ai deviné la plupart des solutions. Je ne veux pas me vanter, mais il est possible que j'aie lu trop de nouvelles policières, ce qui me facilite un peu la tâche mais me gâche le plaisir. Dès la première histoire, le mystère paraît insoluble et alors la seule réflexion possible c'est de penser "outside the box", ce qui aboutit un peu trop souvent à une solution évidente. Je ne veux pas en dire plus, mais ce fut un vrai problème pour moi. Je n'ai pas tout deviné, ça aurait d'ailleurs été impossible ; il y a notamment une histoire dont l'énigme est centrée autour du texte de la suite d'Alice au Pays des Merveilles, que je n'ai pas lu (là encore, une grosse référence culturelle américaine). Mais j'ai bien dû deviner au moins la moitié des solutions et c'est dommage.

Ceci dit, au fur et à mesure que j'avançais dans les histoires, je les appréciais de plus en plus. Elles sont très variées, vraiment bien construites pour laisser le mystère s'épaissir progressivement, et quand on commence à reconnaître les participants et leur rituel, on arrive à mieux apprécier les conversations.  J'ai fini ce livre avec beaucoup de plaisir et j'ai vraiment l'intention de poursuivre avec le deuxième recueil de cette série qui en compte cinq au total. Je pense juste que je vais le lire en anglais la prochaine fois, histoire d'éviter la traduction pas vraiment réussie. 


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Beckygirl, qui a découvert Asimov via ce recueil et l'a apprécié, et à l'inverse celui de Lynnae, qui a été déçue
- acheter ce livre sur Amazon.


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