28 novembre 2009

Sous le cèdre, de Catherine Thomas-Anterion

Toujours dans mon objectif de varier les styles de lectures, je viens d'en tester un radicalement différent et qui manquait encore à mon palmarès: la poésie. J'ai lu "Sous le cèdre" grâce à un partenariat entre Livraddict et Les Editions Baudelaire. Une découverte pour le moins intéressante, puisque ça fait bien longtemps que je n'avais pas abordé ce genre littéraire.


Résumé:

"Sous le cèdre invite à s'abriter sous l'arbre majestueux, pour chercher l'ombre, se protéger de la pluie, ou regarder la lumière à travers les branches horizontales. (...) L'écriture tantôt travaillée comme la laque déposée en plusieurs couches pour augmenter la brillance, tantôt simplifiée à l'extrême, invite le lecteur à comprendre de quel bois il est fait. Le voyage poétique solitaire révèle l'expérience fabuleuse d'être en symbiose avec l'autre, si proche et si dissemblable, au point d'être une espèce différente, et ce pour un bénéfice mutuel: Sous le Cèdre, je profite de la fraîcheur, regarde couler la sève dans mes artères (...) et permets aux branches de s'élever en massant les racines."


Mon avis:


D'habitude, lorsque je commente un livre sur ce blog, je m'amuse à vous proposer un résumé personnel; je prends plaisir à présenter l'histoire telle que je l'ai ressentie, en quelques mots bien choisis, un petit exercice intéressant qui me permet de rassembler mes impressions de lecture. Pourtant, cette fois-ci, c'est la quatrième de couverture que je vous soumets. Tout simplement parce que je serais incapable de vous résumer un livre dans lequel je me suis perdue.

Au début, je n'ai pas mesuré le danger. Je savais qu'il s'agissait de poésie, un genre que je connais peu, mais que j'ai toujours abordé très simplement: en commençant par le début et en attendant de me laisser bercer. Ma recette pour toutes les lectures, en fait. Et ça a très bien fonctionné pour ce qui a constitué mon expérience très limitée dans le monde de la poésie: Baudelaire, Rimbaud, Prévert... De grands classiques très scolaires que je parcours encore pour le plaisir, tout en sachant très bien qu'ils ont depuis lors été remplacés par une poésie plus libre.

En ouvrant ce recueil-ci, j'ai découvert une oeuvre divisée en textes d'une page en moyenne, eux-mêmes composés de paragraphes d'une à trois phrases à peu près. Des titres mais pas de rimes ni de rythme. Et au bout de trois ou quatre textes, j'ai constaté que c'est tout ce que j'en retenais: la forme, parce que le contenu ne m'atteignait pas.

J'ai donc recommencé, plus lentement, plus attentivement. J'ai fait l'effort de m'arrêter après chaque paragraphe, de le relire sans trop me forcer mais en prenant le temps de visualiser chaque phrase. J'ai persévéré pendant une quinzaine de textes, un tiers du recueil environ, puis j'ai renoncé encore une fois: visiblement, ma technique n'était pas la bonne. J'arrivais à situer le sens d'un mot, parfois le sens d'une phrase, très rarement le sens d'un paragraphe et jamais celui d'un texte. Plus l'ensemble grandissait, plus il me paraissait flou; pas le flou agréable, celui où l'on nage dans l'ignorance cotoneuse tout en sentant le sol ferme de la compréhension sous ses pieds, mais le flou total, le grand vide du trou noir. Au niveau de l'ensemble le plus grand, le recueil, j'étais dans l'obscurité totale.

J'ai donc à nouveau raffiné ma technique et j'ai repris depuis le début. Cette fois-ci, j'ai analysé. J'ai lu chaque texte, souligné, pris des notes, mis en rapport les champs sémantiques avec le titre, comparé la longueur des paragraphes, leurs enchaînements. D'un texte à l'autre, j'ai recherché les différences, les contours, les raisons qui faisaient que telle phrase avait sa place ici, telle autre sa place là-bas. J'ai adopté une optique scolaire. Et j'ai découvert certaines choses, certaines phrases qui avaient du sens, une certaine logique dans certains textes. Le texte "l'air traversé" parle de la nature à chaque paragraphe, celui intitulé "les jours heureux" rassemble de nombreux mots exprimant des sentiments agréables, et "le chant des oiseaux" alterne des passages sur les oiseaux, la musique ou les bruits. J'ai aussi noté une certaine symétrie entre le début et la fin du recueil: un premier paragraphe "sous un grand pin foudroyé", qui mentionne l'hiver et les larmes; un dernier paragraphe "sous le Cèdre", décrit un moment qui rappelle le printemps.

Pourtant, au terme de l'analyse, force me fut de constater que ce ne devait pas être la bonne méthode non plus, puisqu'elle ne marchait que par intermittence. Le texte "les merveilleux nuages" ne mentionne pas le moindre nuage, celui qui s'intitule "Cyrius" ne m'a pas donné le moindre renseignement sur le sens de ce mot, et quand parfois je sens un contexte s'esquisser au fil des phrases, c'est pour qu'il soit totalement hors-propos au paragraphe suivant.

Alors j'ai repris à nouveau ma lecture, non plus du début à la fin, mais en toute liberté. J'ai ouvert une page au hasard, je l'ai lue à haute voix, j'ai cueilli une phrase un peu plus loin, je l'ai suivie sur quelques paragraphes, je l'ai abandonnée quand je n'y ai plus trouvé mon compte, j'ai dérivé de pages en pages. C'est finalement la méthode qui m'a parue la plus satisfaisante. J'ai pêché de très jolie phrases qui, prises individuellement, m'ont beaucoup satisfaite, et je les ai sorties de leur contexte que je ne comprenais pas. Quelques exemples:
Enfermée, j'ai gardé au chaud des pépins de vie. J'ai maintenant tant à semer.

Sur le mur, une fine couche de neige. Dans mon coeur, le crépitement du feu.

Le doute est un poison que le goût amer révèle à temps.

Je suis folle à délier.

Tes mots ne me quittent plus, je les porte en écharpe et ils sont plus doux que des bas de soie.

Pourtant, ce ne sont là que des bribes; je ne peux citer un seul texte que j'aurais envie de relire en entier. Je me sens un peu moins coupable quand je lis de l'auteure que "son écriture est à la fois profonde (hermétique et secrète) et très concrète comme la parole simple." Je ne peux qu'approuver: des mots simples, oui, mais un sens global hermétique. Secret aussi, car j'ai eu souvent l'impression que tout ceci n'a été écrit que pour une seule personne, un lecteur privilégié qui sait de quel cèdre il s'agit, à qui le mot Cyrius rappellera quelque chose. Moi, au-delà d'une phrase ou deux, je me suis sentie laissée à l'écart.

Au total, je peux affirmer que ces textes-là m'ont laissée dans la marge. Ce que j'ignore encore, c'est si le recueil en est la cause, ou si je suis tout simplement trop cartésienne pour ressentir toute la qualité d'une poésie libre. J'ai un peu perdu pieds pour ce premier plongeon, mais peut-être faut-il encore que j'apprenne à nager ?

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