23 octobre 2010

Le journal d'une femme de chambre, d'Octave Mirbeau

Comme annoncé précédemment, je vous offre ici un petit billet sur le tout premier livre audio que j'aie écouté d'un bout à l'autre. Une lecture choisie au hasard et assez inattendue...


Résumé :

Célestine, femme de chambre en ce tout début de XXème siècle, commence son journal au moment où elle arrive chez les Lelaire, un couple de riches Normands. La petite soubrette parisienne nous soumet ses impressions sur ce nouvel emploi, sur ses maîtres et compagnons, sur ses expériences passées. Elle nous présente ainsi la vie de domestique, ces petites gens qui voient tout, que l'on exploite et qui se vengent bien...


Mon avis :

Je dois dire que vivre une histoire via un audio-livre est une facon tout à fait différente d'aborder un roman. J'ai toujours eu un peu de mal à m'habituer à une voix étrangère qui vient s'immiscer entre le texte et moi. Mais cette fois-ci, j'avais absolument besoin de quoi occuper efficacement mon esprit pendant deux trajets de cinq heures en voiture et un week-end de travaux en extérieur. Mon petit iPod m'avait déjà beaucoup aidé dans des circonstances similaires avec un peu de musique ou quelques podcasts, alors cette fois-ci, j'ai carrément tenté l'aventure de l'audio-livre.

J'ai donc fait un tour sur le site Littérature Audio.com, qui propose des lectures gratuites de livres tombés dans le domaine public. J'ai choisi au hasard un roman que je ne connaissais absolument pas, le "Journal d'une femme de chambre" en question, parce qu'il figurait dans la liste des audio-livres les plus populaires du site.  Et j'ai tenté l'aventure.

Au début, je vous l'avoue, j'ai eu un peu de mal avec la voix de la lectrice, Victoria, qui me semblait trop traînante et pompeuse.  Mais c'est vite passé, quand je me suis rendue compte que ça collait en fait parfaitement à la narratrice de l'histoire, Célestine. La petite soubrette du XIXème siècle devait avoir une voix comme celle-là et la diction parfaitement maîtrisée de la lectrice fait passer avec beaucoup de naturel le vocabulaire un peu dépassé du roman. J'en suis venue à apprécier de plus en plus la jolie voix et ses intonations parfaites, et j'admire maintenant le talent qu'il faut pour prêter sa voix de cette façon.  Tous n'y arrivent pas aussi bien : depuis, j'ai essayé d'écouter "Le grand Meaulnes" raconté par un homme dont la diction m'a obligée à abandonner l'écoute tant elle me semblait inappropriée...

Le roman en tant que tel est très intéressant. Comme j'ignorais tout de ce roman, je ne savais pas à quelle époque il était écrit et je me suis longtemps demandée si un auteur du XIXème siècle aurait osé écrire ce genre de roman ; eh bien, c'est le cas, puisque "Le journal d'une femme de chambre" a été publié en 1900. On est pourtant loin de la Comtesse de Ségur ! La jeune Célestine, délurée, courageuse, parfois médisante et calculatrice, est surtout particulièrement lucide sur sa situation et sur les dessous de la vie de ses maîtres. Elle parle de la position des domestiques qui sont à la merci de leurs maîtres et traités moins bien que des chiens, à qui l'ont refuse les droits les plus élémentaires ; ceux qui sont du matin au soir dans l'ombre de la maison sans qu'on les considère comme des êtres humains à part entière.  Lorsque Célestine parle de ses expériences et de celles d'autres domestiques qu'elle a croisés, on en reste attéré, et même s'il ne s'agit au fond que d'un roman, on y sent une dénonciation sociale qui tenait à coeur à l'auteur.

Mais il ne s'agit pas d'opposer les gentils domestiques exploités aux méchants bourgeois. Le portrait est beaucoup plus nuancé.  Lorsque les maîtres sont trop gentils, les domestiques n'hésitent pas à les gruger ; et lorsque les domestiques se retrouvent en position de force, ils l'exploitent sans honte. La critique n'est donc pas celle de la bourgeoisie, mais celle de l'humanité qui ne montre son bon côté que quand elle se trouve en position de faiblesse. Célestine elle-même reconnaît ses faiblesses sans culpabilité : elle sait quand elle fait le mal, elle se mèle aux médisances des domestiques, elle s'avoue émoustillée par le meurtre ou le vol... Et une nature au fond très frivolle ajoute un ton d'humour sur tout son récit.

L'histoire s'articule autour du séjour de Célestine chez les Lelaire et de l'évolution de sa situation à cette époque, mais Célestine dans son journal s'offre de nombreux retours en arrière sur ses expériences passées.  On ne s'y perd pas, et c'est un plaisir de découvrir toutes sortes d'expériences parfois comiques, parfois cruelles.  Seul le passage concernant "Mr Georges" m'a paru exagéré, mais à l'inverse j'ai particulièrement apprécié les anecdotes où Célestine dévoile les petits secrets d'alcôves de ses maîtresses...  Je n'imaginais pas ainsi la bourgeoisie du XIXème siècle !

Bref, une chouette lecture, une écoute agréable, à laquelle je dois le sauvetage d'un week-end qui aurait été particulièrement insupportable si cette histoire ne m'avait pas occupé l'esprit. Je dois beaucoup à Célestine et à Octave Mirbeau, et j'ai été ravie de cette découverte inattendue !


Pour en savoir plus :
- "Le journal d'une femme de chambre" à télécharger gratuitement sous forme d'audio-livre sur le site Littérature Audio.com ;
- La fiche bibliomania du livre :

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