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17 avril 2010

La fin des temps, d'Haruki Murakami

Voici un livre qui m'a été prêté et chaudement recommandé par Miss Spooky Muffin. Elle a écrit un article très élogieux à son propos sur son blog, mais d'un autre côté, au moment de me le prêter, elle était incapable de résumer l'histoire... J'étais donc plutôt intriguée !


Résumé:

Pour se rendre au rendez-vous d'un vieux savant qui l'a engagé, un informaticien prend un ascenseur tellement lent qu'on ne sait pas s'il monte ou descend, puis suit une jeune fille boulotte qui parle un language incompréhensible sur des kilomètres de couloir, avant d'emprunter un passage secret qui l'emmène le long d'une rivière souterraine sous la ville de Tokyo. Une fois arrivé à destination, sa tâche est de crypter des données en les faisant passer d'un hémisphère de son cerveau à l'autre. Il ne sait pas encore que ce boulot apparemment classique (pour lui) va l'emmener jusqu'à la fin du monde...


Mon avis:

Au moment de chroniquer, je me retrouve avec le même problème que Miss Spooky Muffin: comment décrire un livre pareil ?

Alors commençons par ce qui est le plus facile à expliquer. Le livre se présente sous forme de deux sortes de chapitres alternés: ceux intitulés "Pays des merveilles sans merci", qui racontent les aventures de l'informaticien, et ceux sur "La fin du monde". Dans cette deuxième partie est racontée l'histoire d'un nouvel arrivant dans une ville particulière, entourée de hauts murs et parcourue par des licornes. Les deux parties sont décrites de façons très différentes: la partie "Pays des merveilles sans merci" présente a priori un aspect plus réel saupoudré de toute une série d'éléments surnaturels, tandis que "La fin du monde" crée un sentiment général de rêve dans lequel s'incrusent quelques éléments de réalité. Le style de narration est aussi différent, celui de "La fin du monde" étant beaucoup plus posé et poétique que le récit de l'informaticien.

Ce que je craignais le plus, en commençant ma lecture, c'est de tomber sur une oeuvre purement surréaliste où se superposent des tableaux sans que je puisse discerner un sens général. Heureusement pour moi, ce n'est pas du tout le cas: les deux histoires sont tout à fait compréhensibles et cohérentes dans leur irréalité. De façon générale, j'ai eu l'impression d'être plongée dans un de ces rêves où des choses bizarres ne cessent de m'arriver sans que je ne trouve ça étrange avant de me réveiller. C'est un peu l'attitude de l'informaticien: il fait face à toutes les bizarreries de ses aventures avec un stoïcisme presque amusant.

Alors, est-ce que j'ai aimé, ou pas ? Je ne sais pas vraiment. J'ai commencé avec une curiosité qui m'a amenée sans problèmes jusqu'à la moitié. Pendant cette partie-là, c'est surtout les aventures de l'informaticien que je suivais avec avidité. Puis est venu un moment où il me semblait que l'histoire piétinait pendant un long moment; l'informaticien traverse une série d'aventures dans le noir qui ont duré beaucoup trop longtemps à mon goût, tandis que du côté de "La fin du monde", on commence à bien connaître la ville sans en apprendre beaucoup plus. Heureusement, ce passage franchi, l'aventure renaît: le lien entre les deux parties se fait et il se crée un espèce de suspense qui donne envie de poursuivre et qui n'est résolu qu'à la toute fin.

Et là, je dois dire que j'ai été vraiment déçue. Difficile de vous en dire plus sans trop en dévoiler pour ceux qui n'ont pas encore lu ce livre, mais j'espérais vraiment que ça se terminerait autrement. Le côté inéluctable de l'histoire, les opportunités manquées dans le monde réel, tout ça m'a presque mise en colère pour un moment. J'espérais que ça se terminerait autrement, d'une façon qui me surprenne un peu, une "happy end" que j'entrevoyais au loin.

Alors au total, ce que je peux dire c'est que je ne regrette absolument pas cette lecture: c'était extrêmement intéressant, comme une plongée dans un type de littérature qui ne m'est pas habituelle et qui laisse l'impression qu'il y a beaucoup à comprendre. Tout ceci est-il une métaphore ou juste un récit fantastique ? Je peux dire aussi que j'ai atteint là la limite de ce que mon esprit beaucoup trop rationnel peut apprécier pour le moment (j'espère repousser cette limite au fil du temps). Je ne suis pas aussi enthousiaste que les fans de Murakami, tout en comprenant parfaitement ce qu'ils aiment dans ce genre de lecture. Et si j'ai apprécié l'ensemble, certaines parties m'ont parues trop longues et la fin décevante.

Avant de terminer, un passage que j'ai beaucoup aimé:
Je sortis de la réserve, allai prendre l'accordéon dans la poche de mon manteau et revins m'asseoir auprès d'elle. Je passai mes deux mains dans la courroie attachée aux côtés et jouai quelques accords.
- Quel joli son, dit-elle. Ce bruit, c'est comme le bruit du vent ?
- C'est le bruit du vent, répondis-je. On a fabriqué des vents qui rendent différents sons, et on les a assemblés.

Elle ferma les yeux pour mieux tendre l'oreille à l'écho des arpèges.

Je jouai dans l'ordre tous les accords dont je pouvais me souvenir. Puis je pressai doucement des doigts de la main droite en cherchant toute la gamme. Ce n'était pas très mélodieux mais ça m'était égal. Je voulais simplement lui faire entendre tous les sons pareils au vent que produisait l'accordéon. Je n'avais besoin de rien d'autre. Si on laissait son coeur voler dans ce vent tel un oiseau, ça suffisait.

Je ne pourrais jamais abandonner mon coeur, pensais-je. Il pouvait être si lourd par moments, si sombre, et à d'autres moments danser comme un oiseau dans le vent, et il pouvait aussi promener son regard sur l'éternité. Je pouvais sentir mon coeur même dans l'écho de ce petit accordéon.

Pour en savoir plus:
- la page Bibliomania du livre
- deux chroniques très enthousiastes: Miss Spooky Muffin et Livraison.