30 novembre 2010

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes

Voici un livre que je voulais lire depuis que j'ai adoré "Les 1001 vies de Billy Milligan", du même auteur.  Une lecture commune m'a donné l'impulsion pour me lancer. 


Résumé :

Charlie, 32 ans, QI de 68, commence à écrire un journal le jour où il est sélectionné pour être le cobaye d'une expérience pas commune. Des scientifiques ont mis au point une opération au cerveau qui peut augmenter de façon impressionnante l'intelligence de la personne opérée.  Ca a déjà fonctionné pour Algernon, une souris devenue capable de résoudre les labyrinthes les plus compliqués ; cela va aussi changer radicalement la vie de Charlie, le demeuré qui rêve depuis toujours de devenir intelligent. 

Mon avis :

Tout d'abord, un avertissement : ne lisent pas la quatrième de couverture. Sous prétexte de donner l'envie de la lecture, elle dévoile une grande partie de l'intrigue et attire l'attention sur le dernier quart du livre.  Car ce qui est véritablement le coeur de l'histoire de Charlie, c'est son point de vue de déficient mental qui découvre brutalement tout ce que son intelligence limitée ne lui permettait pas de voir.

A ce point de vue, écrire le livre au travers de ses yeux est un éclair de génie et un pari risqué. Les rapports qu'il rédige évoluent aussi vite que lui.  D'une orthographe hésitante et d'un style peu lisible, il progresse petit à petit vers un texte au vocabulaire complexe. On y découvre le point de vue d'un homme à l'intelligence d'un enfant qui prend tout au premier degré, incapable de deviner les sous-entendus sous les mots, incapable de comprendre les émotions des autres ni les siennes, de faire entendre sa voix. On comprend l'équilibre qu'il s'est créé, entre autres grâce à l'aide de certains et à son incapacité à comprendre les moqueries d'autres.  

Puis l'on suit son évolution vers l'intelligence, son apprentissage de sentiments et sa découverte d'un monde tout à fait inconnu pour lui alors qu'il y vivait. C'est difficile et douloureux, car Charlie découvre non seulement le présent mais aussi le passé et tout ce qu'il a raté parce qu'il n'a pas compris.  Il doit faire face à ses fantômes, et plus son intelligence augmente, plus il se retrouve seul, une comète fulgurante qui dépasse tout. 

Tout ceci est extrêmement bien raconté. Cette façon de faire évoluer de façon subtile et pourtant fulgurante le personnage est vraiment une réussite de la part de l'auteur.  Toute l'histoire est construite sur une idée originale qu'il explore en profondeur et dont il exploite toute l'émotion. C'est vraiment fascinant.

Bref, une lecture que j'ai beaucoup appréciée. Décidément, Daniel Keyes a quelque chose pour me plaire ! 


La page Bibliomania du livre :

Mes co-lecteurs :
- ceux qui ont beaucoup aimé : Opales, Setsuka, Mina88, Furby71, Ptitetrolle, Flo_Boss, Petitepom, Scor13, Mélusine, Lexounet
- ceux qui sont moins enthousiastes : Ethernya, Lisalor

8 novembre 2010

C'est lundi ! Que lisez-vous ? (4)

Comme j'ai loupé l'édition de la semaine passée, pas question de manquer cette semaine-ci... Je vais donc essayer de couvrir deux semaines au lieu d'une (heureusement, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour lire).



Qu'est-ce que j'ai lu la semaine passée ? 

Il y a un peu plus d'une semaine, j'ai enfin trouvé le temps d'entamer, de continuer et de temriner "Warbreaker", dont vous trouverez la critique juste au-dessous de celle-ci.  Pour ne rien vous cacher, c'est un roman qui colle aux mains une fois qu'on l'a commencé !  Et il n'a pas duré trois jours entre les miennes... A part ça, j'ai lu "Helena Vannek" d'Armel Job, un roman assez court que je vous commenterai bientôt. Enfin, cette semaine, j'ai surtout avancé petit à petit dans "All the king's men", dont je vous ai parlé précédemment et que je déguste page à page.


Qu'est-ce que je lis en ce moment ? 

Toujours occupée avec "All the king's men", j'en suis à peu près à la moitié et c'est celui qui me donne le plus envie en ce moment.


Que lirai-je la semaine qui vient ?

J'ai toujours "All the king's men" à terminer et je ne manquerai pas de le faire, mais j'ai commandé la trilogie "Mistborn" et "Elantris" de Brandon Sanderson, l'auteur de Warbreaker dont je suis devenue totalement fan.  Etant donné que ces livres arriveront bientôt et que je sais d'avance qu'ils me feront de l'oeil, je risque de faire une incursion incontrôlée de leur côté...

Et vous, que lisez-vous ?

Warbreaker, de Brandon Sanderson

Après avoir lu et adoré le premier tome de la série Fils-des-Brumes (Mistborn) de Brandon Sanderson, je brûlais de découvrir une autre œuvre de cet auteur, histoire de savoir s'il avait eu un éclair de génie passager ou si je pouvais m'inscrire directement à son fan club. C'est pourquoi je me suis lancée, en compagnie d'autres lecteurs de Mistborn, dans une petite lecture commune en VO (Warbreaker n'a pas encore été traduit). Voici le résultat.


Résumé :

Entre Hallandren, le grand pays tropical, et son petit voisin le royaume montagnard d'Idris, la guerre couve. Les légendes racontent que plusieurs centaines d'années auparavant, la famille royale d'Hallandren a été forcée de fuir et créer Idris car elle ne cautionnait pas l'utilisation d'une nouvelle forme de magie biochromatique qui combine les Couleurs et la "Respiration", l'âme humaine, pour donner vie à des objets inanimés. Depuis lors, Hallandren vit sous le gouvernement de dieux vivants et de leur Dieu-Roi dans un monde coloré tandis qu'Idris refuse toute couleur et se bat pour garder sa souveraineté face à ce qu'elle considère comme l'hérésie biochromatique. Pour conserver la paix, Idris a accepté d'envoyer une princesse royale à Hallandren pour épouser le puissant et dangereux Dieu-Roi. Mais le moment venu, le vieux roi ne peut se décider à sacrifier sa fille aînée, la douce et parfaite Vivenna, et envoie à sa place sa plus jeune fille, la rebelle Siri...


Mon avis :

Mon avis est simple : Brandon Sanderson cache dans ses romans une formule magique qui transforme le lecteur en drogué jusqu'à la dernière ligne. Je ne sais pas si ça fonctionne pour tout le monde, mais je constate que je suis particulièrement vulnérable à sa magie. Une fois les trois ou quatre premiers chapitres lus, j'étais captivée, physiquement obligée de consacrer l'entièreté de mon temps libre a découvrir la suite. C'est une sensation terrible, mais si bonne...

Il faut dire que ce Monsieur a quand même beaucoup de talent. Il a d'abord une imagination particulièrement fertile, même pour la catégorie "auteurs de fantasy" qui compte quelques bons fournisseurs d'idées farfelues. Ici, comme dans Mistborn, il crée un système de magie totalement original fondé sur des matériaux inédits : les couleurs, que l'on peut percevoir différemment et utiliser comme un carburant quand on en a le pouvoir, et la Respiration (Breath en VO, avec une majuscule), quelque chose qui ressemble a l'âme humaine, mais une âme sans laquelle on peut vivre, que l'on peut donner ou recevoir. Celui qui accumule les Respirations et utilise les couleurs peut donner vie a des objets, notamment des corps humains, qui deviennent alors des armes terrifiantes. Mais comme les habitants d'Idris, le lecteur est aussi encouragé à voir toute l'horreur de ce système complexe qu'il découvre petit à petit, sans jamais se sentir perdu. C'est magistral.

En plus de ça, cette magie, Sanderson a l'idee originale d'en faire la base d'une religion particulièrement bizarre : une religion dont les dieux sont vivants, ou plus exactement ressuscités. C'était un des buts avoués de l'auteur en écrivant ce roman : y développer une idée effleurée ailleurs, celle de dieux vivants, et explorer leur point de vue. C'est ainsi qu'on découvre Lightsong, dieu amusant mais cynique qui ne croit pas en la religion dont il fait partie et cache derrière une nonchalance excessive le malaise de vivre aux dépens d'un peuple pour qui il ne peut rien. Outre les joutes orales savoureuse qu'il nous offre (Lightsong a un humour absurde et épais), c'est surtout une vision du monde très bizarre que l'on découvre.

Un autre talent de Brandon Sanderson est celui de créer des personnages complexes, distincts et terriblement vraisemblables dans leur originalité. Il sait nous faire aimer ceux qu'il souhaite, détester certains autres, faire évoluer les héros et jouer avec nos sentiments de temps à autres. Sans passer par la case "description", il donne a chaque personnage une personnalité unique et la profondeur dont il a besoin pour être crédible. Et ça, ce n'est pas un talent si courant qu'on pourrait le croire.

Enfin, l'intrigue est le gros point fort de ce roman. L'auteur nous mène exactement ou il veut puis retourne la situation en trois phrases, au moment où on s'y attend le moins. L'histoire s'accélère vers la fin, mais d'un bout à l'autre on ne s'ennuie pas une seconde, il y a toujours de quoi nous tenir en haleine et nous surprendre dans l'une des trois parties qui se jouent simultanément : celle de Siri, celle de Vivenna et celle de Lightsong. De quoi nous coller ce livre aux mains.

Un dernier mot pour vous signaler le geste très sympa de Brandon Sanderson : il a mis la version PDF de ce roman en accès libre sur son site web, accompagnée des versions précédentes et de notes sur l'évolution entres les différentes version pour que ceux qui le souhaitent puissent suivre la création du roman. Il explique espérer ainsi donner envie à de nouveaux lecteurs de découvrir son œuvre. En ce qui me concerne, en tous cas, le pari est gagné et je m'en vais de ce clic commander tout ce que je peux trouver de lui !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre :

- le site web de l'auteur, où l'on peut télécharger le roman en .pdf
- la discussion sur le livre sur le forum de Livraddict
- les avis de mes co-lecteurs : Belgarion, Miss Spooky Muffin et Louppatient