6 octobre 2011

The Dream-Quest of Unknown Kadath, de H.P. Lovecraft

The Dream-Quest of Unknown Kadath, en français, À la recherche de Kadath, est une nouvelle d'une centaine de pages de Howard Phillips Lovecraft, le créateur du tentaculaire mythe de Cthulhu, un des piliers du fantastique moderne. En France, le texte a été publié dans le recueil Démons et merveilles, avec les trois autres histoires, beaucoup plus courtes, mettant en scène le personnage discret de Randolph Carter. Pour ma part, j'ai préféré le lire dans sa version originale, publiée dans l'oeuvre intégrale de l'auteur en trois volumes chez Arkham House.


Résumé :

Randolph Carter n'est pas un doux rêveur, c'est un rêveur chevronné ! Il n'a même pas peur de s'adresser directement aux dieux pour trouver la cité merveilleuse au couchant qu'ils lui interdisent de rêver. Mais pour présenter sa requête, il lui faut d'abord atteindre leur sanctuaire, Kadath l'inconnue, au sommet duquel trône leur château d'onyx, et dont nul ne connaît l'emplacement. Pour accomplir sa quête onirique, l'intrépide Carter va remuer ciel et terre, s'envoler vers la lune où s'ébattent les chats, escalader le versant caché de Ngranek à la recherche du visage gravé, s'évader des profondeurs du val de Pnath avec des goules, longer les carrières d'Inganok scindées par les dieux, traverser les plateaux glacés de Leng. Mais parviendra-t-il à son but quand l'ombre de Nyarlathotep, le Chaos Rampant, semble épier chacun de ses mouvements ?


L'avis de Sanjuro :

Malgré toutes ses belles promesses, The Dream-Quest of Unknown Kadath est une oeuvre mineure de H.P. Lovecraft. A l'époque où elle fut écrite, en 1927, c'était pourtant une entreprise ambitieuse pour son auteur, habitué aux nouvelles et à la poésie, qui signait là son texte le plus long. Bien qu'on y trouve les monstres et l'atmosphère inquiétante auxquels il doit son succès, Kadath se présente avant tout comme un récit d'aventures. Et c'est peut-être là où le bât blesse: Lovecraft n'est pas dans son élément, dans sa chère Nouvelle-Angleterre hantée d'indicibles secrets. Ironie suprême, d'une certaine façon, c'est aussi la conclusion à laquelle arrive l'histoire !

Carter traverse différentes régions de ce monde imaginaire, faisant la rencontre des peuplades variées qui y vivent, voyageant à dos de zèbre ou d'oiseau monstrueux, suivant des indices et échappant à des traquenards, toujours obnubilé par l'objet fantastique de sa quête. Le voici qui se fait kidnapper... avant de triompher grâce à l'intervention de quelque allié inattendu. C'est, dans le fond, de l'aventure tout ce qu'il y a de classique, mais pas forcément très convainquante. Il y a une grande inégalité, beaucoup de hauts et de bas, de moments où l'on commence à se sentir emporté par le récit, comme dans les bons romans, avant de retomber soudain comme une masse molle, rejeté par cet univers que l'on a du mal à prendre au sérieux.

La faute en revient en partie à la réputation du mythe de Cthulhu, dont le renom, la portée, ont dépassé au gré des décennies le talent de son auteur. On attend quelque chose de grand et de terrible alors on a du mal à lui pardonner certaines légèretés: ces goules qui se comportent comme de braves toutous, ces dieux un peu mous qui semblent fuir les humains et ces monstres fantoches qu'on nous dit effrayants mais qui s'expédient tous comme on éclaterait des bulles. Contrairement à d'autres de ses histoires, ce qui rôde dans les ténèbres n'arrive à produire ici qu'une nuance de peur. Un des meilleurs passages à ce titre est celui dans le monastère sans fenêtre, ce mastaba polaire où réside le grand prêtre vêtu de jaune et voilé de rouge. Dans ces dédales aveugles, écrasé de claustrophobie, un début de terreur enfin éclot.

On aime aussi les belles et grandes descriptions, les fameux paysages cyclopéens et les vues de cauchemar, qui se dressent avec beaucoup d'emphase et d'intensité, comme le démontre le passage suivant:

"Then came a wide gap in the range, where the hideous reaches of transmontane Leng were joined to the cold waste on this side by a low pass through which the stars shone wanly. Carter watched this gap with intense care, knowing that he might see outlined against the sky beyond it the lower parts of the vast thing that flew undulantly above the pinnacles. The object had now floated ahead a trifle, and every eye of the party was fixed on the rift where it would presently appear in full-length silhouette. Gradually the huge thing above the peaks neared the gap, slightly slackening its speed as if conscious of having outdistanced the ghoulish army. For another minute suspense was keen, and then the brief instant of full silhouette and revelation came; bringing to the lips of the ghouls an awed and half-choked meep of cosmic fear, and to the soul of the traveller a chill that has never wholly left it. For the mammoth bobbing shape that overtopped the ridge was only a head—a mitred double head—and below it in terrible vastness loped the frightful swollen body that bore it; the mountain-high monstrosity that walked in stealth and silence; the hyaena-like distortion of a giant anthropoid shape that trotted blackly against the sky, its repulsive pair of cone-capped heads reaching half way to the zenith."

Il y a du bon dans Kadath, et les fans de Cthulhu le liront, sinon avec avidité, au moins avec intérêt. Le récit malheureusement ne se compose pas uniquement de perles comme celle-ci, plutôt rares. Le style a également sa part de responsabilité. Relativement froid, purement descriptif, sans dialogues à l'exception de la tirade finale, il ne parvient pas à instaurer l'esprit épique indispensable. Lovecraft cède a des enfantillages: beaucoup de répétitions qui ne produisent pas l'effet désiré, une certaine fadeur à décrire le beau et le merveilleux (à l'inverse de l'affreux et du terrible), et un univers auquel il manque décidément une cohésion. Le domaine du rêve ne justifiant pas tout !

H.P. Lovecraft lui-même avait la lucidité de reconnaître que ce n'est pas une très bonne histoire. A l'inverse de son confrère et ami Robert E. Howard, auteur de Conan, il n'était visiblement pas à l'aise dans le récit d'aventure. Son imaginaire, plutôt que de s'y épanouir, regarde constamment dans une autre direction, ce trou sombre plein de mystère et d'horreur qui débouche quelque part dans une cave abandonnée d'Arkham.

2 réactions:

Nathalie

Je dois avouer, je ne sais pas comment aborder Lovecraft. J'ai tenté le coup avec un recueil de nouvelles (http://nath-pageapage.blogspot.com/2010/01/la-chose-des-tenebres-de-hp-lovecraft.html) pour finalement me rendre compte qu'une seule d'entre elles étaient de lui, et qu'on me dise "ce n'est pas la meilleure façon de l'aborder". Apparemment, le récit d'aventure dont tu parles n'est pas non plus la meilleure façon de le découvrir. Mais alors, qu'est-ce que c'est ? Je suis vraiment très curieuse de découvrir son sens très particulier de l'angoisse.

sanjuro

Je pourrai te prêter ce que j'ai de l'oeuvre intégrale (les 2/3 -- tenté aussi par le troisième volume mais c'est pas le moment) une fois que je l'ai finie, si ca te dit. Il n'y a pas de "meilleure facon" de l'aborder, à mon avis; ou peut-être si, par le jeu de rôles, moi c'est par là que tout a commencé, mais c'est plus simple quand on est ados.

Curieusement d'ailleurs, la lecture de Lovecraft ne me donne pas le même plaisir (immense) que me donnait l'imaginaire du jeu de rôles. Aïe, aïe ! Que ses fans ne m'en veuillent pas trop. L'univers du jeu de rôles était beaucoup plus vivant et captivant que les histoires que j'ai lues jusqu'ici. Je ne croyais pas que je dirais ca un jour au sujet d'un auteur, mais la facon dont la communauté à broder autour du mythe de Cthulhu est finalement plus intéressante que les histoires originales. En tout cas pour le moment. Je le lis chronologiquement au fait.

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