3 février 2015

Silo (tome 1), d'Hugh Howey


Je continue ma participation au Prix Livraddict en entamant la catégorie SFFF avec ce titre. Une belle surprise !


Résumé :

Dans un avenir indéterminé, ce qu'il reste de l'humanité est enfermée dans un silo, un long bâtiment cylindrique souterrain. Organisée autour d'un escalier central et d'une centaine d'étages, la société est extrêmement structurée et les règles terriblement strictes. Parler du passé ou s'interroger sur le monde extérieur sont punis par un envoi hors du silo pour nettoyer les caméras qui surveillent l'extérieur, ce qui aboutit inévitablement à la mort du nettoyeur à cause de l'atmosphère toxique. Mais est-ce bien inévitable ?  Holston, le shériff, se pose la question depuis que son épouse semble avoir découvert quelque chose et a demandé à être envoyée volontairement au "nettoyage"...


Mon avis :

Ce roman est une excellente surprise que j'ai pourtant eu beaucoup de mal à terminer. C'est une combinaison étrange, je l'admets, mais en grande partie due aux circonstances. 

Ce fut d'abord une grosse surprise quand j'ai commencé la lecture, en novembre si je me souviens bien. Je ne connaissais pas du tout le contenu de ce roman, je l'ai entamé parce qu'il faisait partie de la sélection pour le Prix Livraddict (catégorie SFFF) auquel je voulais participer. Dès le début, j'ai été happée. On se retrouve au coeur d'une société très particulière, dans un lieu confiné à la forme inhabituelle, et l'auteur prend le soin de nous faire découvrir le décor tout en maintenant notre attention à son maximum grâce à un mystère qui s'épaissit de plus en plus. Jusque là, j'étais scotchée...

Puis je me suis rendue compte que le pourcentage de lecture de mon ebook n'avançait pas vite (je n'avais pas remarqué que le livre fait environ 600 pages en format papier), j'ai eu un mois de décembre fort occupé, et j'ai fini par laisser ma lecture en pause pendant un certain temps. Je l'ai reprise quand mon emploi du temps s'est allégé en janvier, mais j'ai eu beaucoup de mal à m'y remettre. J'avais laissé l'intrigue à un moment particulièrement crucial, un moment où les choses tournaient visiblement mal pour une partie des héros, et chaque fois que je reprenais le livre en main, c'est surtout un sentiment d'appréhension qui revenait. Il m'a fallu un certain temps pour le surmonter et quand j'y suis arrivée, je n'ai plus pu arrêter de tourner les pages jusqu'à la dernière.

Qu'est-ce qu'il y a à retenir de ce roman ?  Tout d'abord, son décor ; certains ne le trouvent pas particulièrement original, moi j'ai été surprise et conquise. Le silo, comme son nom l'indique, est un bâtiment qu'on imagine cylindrique, en tous cas tout en hauteur et organisé autour d'un escalier. L'humanité s'y est réfugiée après un évènement inconnu qui a rendu son environnement invivable ; tout en haut du silo, depuis le seul étage émergé, on voit par les fenêtres un décor apocalyptique, une terre invivable et une ville en ruine. Mais les habitants du silo ignorent ce qu'il s'est passé ; leur histoire a été effacée pour ce qui précède une révolution abominable dont on n'a même pas le droit de parler. 

La société qui peuple le silo est intéressante en ce qu'elle penche entre une société égalitaire et en paix et une société monstrueuse tant elle est répressive. A première vue, tout va bien ; chaque homme et chaque femme a un rôle bien défini dans une organisation sociale égalitaire, et le rôle détermine l'endroit du silo ou chaque famille habite. Il y a des vacances, de la bonne nourriture, un shérif et trois adjoints pour ce qui semble être une population assez importante, et de façon générale un état de droit.  Mais plus on découvre la société, plus on découvre aussi ses aspects moins glorieux : les naissances strictement restreintes pour conserver la population à son niveau actuel, l'interdiction absolue d'aborder certains sujets, comme l'histoire du silo ou tout ce qui concerne l'extérieur ; et surtout, ce qui est apparemment la seule sanction possible, le "nettoyage" qui correspond à une condamnation à mort. Et tout à coup, on se rend compte que si ce peuple est heureux et semble en sécurité, penser ou réfléchir à autre chose qu'aux aspects pratiques immédiats lui est interdit. Alors bien sûr, les problèmes commencent quand une femme se met à réfléchir et transmet ce virus à son entourage...

A partir de là, la tension est quasiment constante. Les héros se succèdent, à chaque fois des personnages très intéressants et décrits avec beaucoup de réalisme. Mais la sécurité qu'ils croyaient acquise devient précaire, il y a des forces dans le silo qui agissent dans l'ombre et on craint de plus en plus pour eux. Le scénario est construit avec soin et subtilité et n'est jamais prévisible. Il est accompagné de juste la bonne dose de descriptions ; le silo, sa configuration, ses escaliers et ses étages font partie prenante de l'aventure. Descendre est facile, remonter et fatigant, se battre dans un lieu aussi étroit est quasiment impossible... Je pourrais écrire en long et en large sur le rôle important que ce bâtiment joue dans tous les aspects de ce roman (l'intrigue et la gestion du suspense, la psychologie des personnages, l'organisation de leur société, l'aspect allégorique...) mais je vous invite plutôt à venir en discuter sur Livraddict.

Tout ça fait que le livre colle aux mains dès le début et jusqu'à la dernière page. Il a été écrit sous forme d'histoires courtes rassemblées en un volume, et quand on le sait, c'est assez évident ; mais quand on le lit d'une traite comme je l'ai fait, les transitions sont indolores. J'ajouterai qu'on a deux personnages principaux féminins qui remplissent pourtant des rôles très connotés masculins : la Maire, dirigeante politique du silo, une vieille dame âgée et pourtant à la poigne de fer, secondée par un adjoint (un homme) qui ne lui oppose aucune "ambition masculine" ; et une jeune technicienne, une femme dont la passion est de permettre aux machines de fonctionner sans accrocs, une héroïne qui n'a pas peur de se salir les mains et possède un instinct de survie qui la rend capable de tout. Deux femmes qui brisent tous les clichés sans devenir des hommes pour autant, c'est un aspect que la féministe en moi a particulièrement apprécié.

Voilà, en gros, un de ces romans qui me fait aimer la science-fiction : une bonne dose d'aventure et de suspense aux personnages soignés et sous-tendu d'une jolie réflexion sur la nature humaine. Car au fond, dans tout ce livre il n'y a qu'une question (pas encore résolue à ce stade, on en saura peut-être plus dans le deuxième ou troisième tome) : que peut-on sacrifier pour conserver la sécurité et l'ordre à tout prix ? Ou, en d'autres termes : est-ce que ça vaut la peine de risquer le chaos et la guerre civile, voire la mort, juste pour rétablir la vérité ? Une question très actuelle, il me semble !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis d'Imaginelf, pondéré et joliment écrit ; celui de Mortuum, qui s'est ennuyée à partir de la deuxième partie.
- acheter ce livre sur Amazon

1 réactions:

Lorhkan

J'ai bien aimé ce premier tome, même s'il n'invente rien. Le deuxième n'arrive pas tout à fait à tenir le rythme et le dernier est d'un classicisme assez décevant...
Dommage, il y avait du potentiel...

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