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08 avril 2018

Premières lignes #11


Aujourd'hui, c'est le jour de notre rendez-vous "Premières lignes", créé par Ma Lecturothèque et découvert chez Bettie Rose. Le principe est simple : chaque dimanche, je prends un livre et je vous cite les premières lignes du récit. C'est généralement ce que je fais pour choisir un livre dans une librairie, et c'est un bon moyen pour vous donner un mini aperçu des romans qui m'ont marquée.

Cette semaine, je vous présente...

Les Allemands sont entrés en Moravie. Ils y sont arrivés à cheval, à moto, en voiture, en camion mais aussi en calèche, suivis d'unités d'infanterie et de colonnes de ravitaillement, puis de quelques véhicules semi-chenillés de petit format, guère plus. Le temps n'est pas venu de voir de gros panzers Tiger et Panther menés par des tankistes en uniforme noir, qui sera une couleur bien pratique pour cacher les taches d'huile. Quelques Messerschmitt monomoteurs de reconnaissance de type Taifun survolent cette opération mais, seulement chargés de s'assurer de haut que tout se passe tranquillement, ils ne sont même pas armés. Ce n'est qu'une petite invasion éclair en douceur, une petite annexion sans faire d'histoires, ce n'est pas encore la guerre à proprement parler. C'est juste que les Allemands arrivent et qu'ils s'installent, c'est tout.

C'est comme ça que commence l'histoire d'Emile, c'est sous l'invasion allemande qu'il se mettra à courir et ne s'arrêtera plus. Une biographie originale qui est magnifiquement écrite et que je vous recommande dans cette chronique.

22 juin 2011

Courir, de Jean Echenoz

Voici un livre lu sur un coup de tête, uniquement parce que ma lecture en cours est en grand format et que j'avais besoin d'un livre de poche à emporter avec moi dans les transports en commun.  "Courir" m'attendait dans ma bibliothèque, offert il y a déjà assez longtemps, juste à côté de son petit frère "Les grandes blondes" déjà lu.  Et voici où me mènent mes impulsions...


Résumé :

On a dû insister pour qu'Emile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s'arrête plus. Il ne cesse plus d'accélérer.
Voici l'homme qui va courir le plus vite sur la Terre.


Mon avis :

Vous avouerez que le résumé ci-dessus est assez succinct ; c'est pourtant la seule information que j'avais à propos de ce livre avant de le commencer.  Une découverte complètement à froid, donc.  Et c'est toujours une expérience très agréable de connaître une très bonne surprise dans ces conditions.

J'ai donc commencé cette lecture en apprenant à connaître le jeune Emile, un gamin de famille pauvre qui travaille en usine et étudie la chimie.  On le voit traverser la guerre (celle où les Allemands débarquent gentiment), ce qui nous donne une idée de l'époque et du lieu (la Tchécoslovaquie).  Puis on croise Emile en train de courir, parce qu'il faut bien, puis parce qu'il aime bien, puis parce qu'il devient le meilleur.  Son histoire est passionnante et pourtant un poil trop réaliste pour être sortie toute nue de l'imagination d'un auteur.  Et là, vers le milieu du livre, au détour d'un patronyme qui ne sera utilisé qu'une seule fois, on comprend.  Ceci n'est pas un roman, ceci est une biographie.

Il faut dire que sous la plume d'Echenoz, un destin déjà original prend des allures de conte surréaliste.  J'avais déjà apprécié ce style dans "Les grandes blondes" et je l'ai adoré ici.  La belle histoire de ce personnage historique se déroule sur un fond relativement tragique de guerre, de pauvreté puis de pays sous régime dictatorial ; et pourtant, l'auteur traite l'ensemble avec un détachement ironique surprenant.  A peu de choses près, il se moque de la guerre, des privations, et même de son personnage, présenté comme un gentil garçon un peu naïf, trop souriant.  Mais l'histoire en devient succulente et on la traverse avec beaucoup plus de plaisir que celui qu'on trouverait dans une biographie ordinaire, au gré d'une plume qui sait si bien se jouer de la langue.

En bref, j'ai passé un excellent moment de lecture ; j'y ai retrouvé le plaisir de la voix d'Echenoz sans la déception d'une intrigue trop farfelue. Un vrai plaisir !


Un extrait audio :
Emile, encore jeune, dans son pays occupé par l'armée allemande, découvre la course.  On sent dans ce passage toute l'ironie de l'auteur qui présente l'occupation sans drame et un futur champion qui n'aime pas encore courir...

       


Pour en savoir plus : 
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter le livre sur Amazon

05 septembre 2010

Les grandes blondes, de Jean Echenoz

Voici un roman que j'avais de toutes façons très envie de lire, depuis que je l'ai feuilleté chez une amie qui entame une thèse de doctorat sur cet auteur.  Sachant que quelqu'un que je sais saine d'esprit envisage la possibilité d'écrire plusieurs centaines de pages d'analyse sur une oeuvre, moi je ne peux pas résister à la curiosité de savoir à quoi ça ressemble.  J'ai reçu en cadeau deux romans d'Echenoz : "Les grandes blondes" et "Courir".  Et je me suis aventurée à la recherche d'une grande blonde...


Résumé :

Vous travaillez pour la télévision.  Comme vous souhaitez produire une série sur les grandes filles blondes au cinéma, mais aussi dans la vie, vous pensez faire appel à Gloire Abgrall qui est un cas particulier de grande blonde.  On l'a vue traverser, dans les journaux, les pages Arts et spectacles puis les pages Faits divers du côté des colonnes Justice, il y a quelques années.  Ce serait bien, pensez-vous, de lui consacrer une émission.  Certes.  Malheureusement, Gloire est un peu difficile à joindre. 
(quatrième de couverture)


Mon avis :

Par où commencer pour vous parler de cette expérience littéraire déroutante ?  Par le début du roman, probablement.  

Et on peut dire que ça commence bien. Dès la première phrase, l'auteur interpelle le lecteur par un procédé narratif inattendu : "Vous êtes Paul Salvador et vous cherchez quelqu'un."  Qui ?  Moi ?  Oui, vous. L'auteur explique gentiment que moi, lectrice, je suis à la recherche d'une ancienne star de la chanson à la carrière éphémère, qui a disparue de la circulation après avoir été condamnée pour meurtre.  Il m'apprend que j'engage une société de détectives privés, lesquelles voient sans cesse la demoiselle leur filer entre les doigts après avoir fait preuve de comportements plutôt extrêmes.  Puis je deviens quelqu'un qui cherche Paul Salvador, histoire d'avoir l'occasion de faire sa connaissance. Et quand l'auteur abandonne ce petit artifice de language, le lecteur est déjà trop impliqué dans l'aventure pour ne pas continuer à tourner les pages.

D'autant plus que dès le début, la langue simple et agréable d'Echenoz nous offre quelques petites citations à croquer. Un exemple :
"Le temps avait changé (pluie fine) et Donatienne aussi s'était changée.  Cela n'était pas tout de suite perceptible mais, son imperméable tombé, ce qu'elle portait se révéla plus exigu que la veille encore, si court et décolleté que ces adjectifs tendaient cette fois à se confondre, envisageaient de s'installer et vivre à deux dans la même entrée du premier dictionnaire venu."
Autre orginalité du même style : le petit personnage de Béliard qui accompagne Gloire dans sa folie, et dont la présentation déjà vaut son pesant d'or :
"Au mieux, Béliard est une illusion.  Au mieux il est une hallucination forgée par l'esprit déréglé de la jeune femme.  Au pire il est une espèce d'ange gardien, du moins peut-il s'apparenter à cette congrégation.  Envisageons le pire.
S'il en est vraiment un, né trop moche et trop petit pour être officiellement reconnu par une confrérie soucieuse de son physique de cinéma, tout de suite on l'a placé à l'Assistance.  A moins qu'on l'ait abandonné sur une aire d'autoroute à l'occasion d'un déplacement, d'une procession, d'un congrès d'anges à l'étranger, cadenassé par son auréole de service à un poteau indicateur.  Toujours est-il que très jeune il lui a fallu se débrouiller seul, mettant à profit malgré tout les dons et qualités conférés par sa naissance.  Mais ignoré des siens, renié par sa hiérarchie, peut-être même frappé d'interdiction professionnelle, c'est en free-lance qu'il exerce le métier, hors cadre et le plus discrètement possible."

Alors on continue à lire, bien entendu, et on se demande ce qui va bien pouvoir arriver à cette Gloire Abgrall totalement imprévisible et absolument sans scrupules.  Tout en suivant, en parallèle, les efforts infructueux des détectives privés à sa recherche et les élucubrations de Paul Salvador à propos des grandes blondes.

Et c'est là que ça commence à coincer. Parce que tout ça ne mène à rien. Ca commence tellement fort, autant du côté de Gloire que des idées surréalistes de Salvador, qu'on s'attend à une montée dans l'incroyable qui se termine en apothéose de l'inattendu. Et au contraire, c'est la descente progressive vers la normalité.  C'est toujours aussi bien écrit mais sur le fond je me suis sentie totalement arnaquée. Le genre d'histoire où l'on se dit : "quoi, c'est tout ?".  Pourtant c'est bien un happy end, mais le genre à terminer en conte de fée une aventure où l'on aurait espéré quelque chose de bien plus savoureux. Si même le dernier paragraphe avait été différent...  Mais non. 

Alors je dois dire que je suis vraiment perplexe : où l'auteur voulait-il en venir ?  Voilà peut-être le genre de choses sur lesquelles on écrit une thèse.  Je vais me renseigner, si j'en apprends plus je vous tiens au courant. 

Bref, une lecture qui s'apparente à un voyage dont j'ai aimé le trajet tout en étant déçue par la destination.


Pour en savoir plus :
- la page de Wikipédia sur Jean Echenoz, avec des renseignements intéressants sur l'oeuvre de l'auteur.