Voici un roman que j'avais de toutes façons très envie de lire, depuis que je l'ai feuilleté chez une amie qui entame une thèse de doctorat sur cet auteur. Sachant que quelqu'un que je sais saine d'esprit envisage la possibilité d'écrire plusieurs centaines de pages d'analyse sur une oeuvre, moi je ne peux pas résister à la curiosité de savoir à quoi ça ressemble. J'ai reçu en cadeau deux romans d'Echenoz : "Les grandes blondes" et "Courir". Et je me suis aventurée à la recherche d'une grande blonde...
Résumé :
Vous travaillez pour la télévision. Comme vous souhaitez produire une série sur les grandes filles blondes au cinéma, mais aussi dans la vie, vous pensez faire appel à Gloire Abgrall qui est un cas particulier de grande blonde. On l'a vue traverser, dans les journaux, les pages Arts et spectacles puis les pages Faits divers du côté des colonnes Justice, il y a quelques années. Ce serait bien, pensez-vous, de lui consacrer une émission. Certes. Malheureusement, Gloire est un peu difficile à joindre.
(quatrième de couverture)
Mon avis :
Par où commencer pour vous parler de cette expérience littéraire déroutante ? Par le début du roman, probablement.
Et on peut dire que ça commence bien. Dès la première phrase, l'auteur interpelle le lecteur par un procédé narratif inattendu : "Vous êtes Paul Salvador et vous cherchez quelqu'un." Qui ? Moi ? Oui, vous. L'auteur explique gentiment que moi, lectrice, je suis à la recherche d'une ancienne star de la chanson à la carrière éphémère, qui a disparue de la circulation après avoir été condamnée pour meurtre. Il m'apprend que j'engage une société de détectives privés, lesquelles voient sans cesse la demoiselle leur filer entre les doigts après avoir fait preuve de comportements plutôt extrêmes. Puis je deviens quelqu'un qui cherche Paul Salvador, histoire d'avoir l'occasion de faire sa connaissance. Et quand l'auteur abandonne ce petit artifice de language, le lecteur est déjà trop impliqué dans l'aventure pour ne pas continuer à tourner les pages.
D'autant plus que dès le début, la langue simple et agréable d'Echenoz nous offre quelques petites citations à croquer. Un exemple :
"Le temps avait changé (pluie fine) et Donatienne aussi s'était changée. Cela n'était pas tout de suite perceptible mais, son imperméable tombé, ce qu'elle portait se révéla plus exigu que la veille encore, si court et décolleté que ces adjectifs tendaient cette fois à se confondre, envisageaient de s'installer et vivre à deux dans la même entrée du premier dictionnaire venu."
Autre orginalité du même style : le petit personnage de Béliard qui accompagne Gloire dans sa folie, et dont la présentation déjà vaut son pesant d'or :
"Au mieux, Béliard est une illusion. Au mieux il est une hallucination forgée par l'esprit déréglé de la jeune femme. Au pire il est une espèce d'ange gardien, du moins peut-il s'apparenter à cette congrégation. Envisageons le pire.
S'il en est vraiment un, né trop moche et trop petit pour être officiellement reconnu par une confrérie soucieuse de son physique de cinéma, tout de suite on l'a placé à l'Assistance. A moins qu'on l'ait abandonné sur une aire d'autoroute à l'occasion d'un déplacement, d'une procession, d'un congrès d'anges à l'étranger, cadenassé par son auréole de service à un poteau indicateur. Toujours est-il que très jeune il lui a fallu se débrouiller seul, mettant à profit malgré tout les dons et qualités conférés par sa naissance. Mais ignoré des siens, renié par sa hiérarchie, peut-être même frappé d'interdiction professionnelle, c'est en free-lance qu'il exerce le métier, hors cadre et le plus discrètement possible."
Alors on continue à lire, bien entendu, et on se demande ce qui va bien pouvoir arriver à cette Gloire Abgrall totalement imprévisible et absolument sans scrupules. Tout en suivant, en parallèle, les efforts infructueux des détectives privés à sa recherche et les élucubrations de Paul Salvador à propos des grandes blondes.
Et c'est là que ça commence à coincer. Parce que tout ça ne mène à rien. Ca commence tellement fort, autant du côté de Gloire que des idées surréalistes de Salvador, qu'on s'attend à une montée dans l'incroyable qui se termine en apothéose de l'inattendu. Et au contraire, c'est la descente progressive vers la normalité. C'est toujours aussi bien écrit mais sur le fond je me suis sentie totalement arnaquée. Le genre d'histoire où l'on se dit : "quoi, c'est tout ?". Pourtant c'est bien un happy end, mais le genre à terminer en conte de fée une aventure où l'on aurait espéré quelque chose de bien plus savoureux. Si même le dernier paragraphe avait été différent... Mais non.
Alors je dois dire que je suis vraiment perplexe : où l'auteur voulait-il en venir ? Voilà peut-être le genre de choses sur lesquelles on écrit une thèse. Je vais me renseigner, si j'en apprends plus je vous tiens au courant.
Bref, une lecture qui s'apparente à un voyage dont j'ai aimé le trajet tout en étant déçue par la destination.
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