31 octobre 2009

L'appel de la lune, de Patricia Briggs


Encore un changement radical dans mes lectures - j'aime varier: cette fois-ci je me suis mise très sérieusement à la bit-lit, malgré un premier essai assez décevant avec Twilight. Pour ceux qui sont aussi ignorants des subtiles abréviations du monde littéraire d'aujourd'hui que je l'étais il y a deux mois, la "bit-lit" c'est la littérature contemporaine consacrée aux histoires de vampires, loups-garous et autres créatures légendaires qui se cachent dans notre monde. Et l'on m'avait dit que la série des "Mercy Thompson" de Patricia Briggs était un incontournable du genre. Un peu méfiante, je me suis donc plongée dans cet univers, quite à vous offrir une critique bien sanglante si l'envie s'en faisait sentir... Eh bien non ! Voyez plutôt...


Résumé:

Mercedes (surnommée Mercy) Thompson est une jeune femme pleine de caractère. Il en faut quand on est mécanicienne et qu'on possède son propre garage à gérer. Il en faut encore plus, quand on est secrètement capable de se transformer en coyote et qu'on a été élevée parmi les loups-garous. Parce que son statut est un peu particulier: grâce à son "pouvoir", elle sait repérer tous les êtres surnaturels qui nous entourent et que les humains ne voient pas - ceux qui, contrairement aux faes de grades inférieurs, ne se sont pas encore dévoilés au grand jour. C'est ainsi que Mercy n'ignore pas que son ancien patron est un gremlin, qu'elle répare le van d'un vampire et que son voisin est l'alpha de la meute de loups-garous locale... Mais elle ne se frotte pas trop aux uns et aux autres et tire assez bien son épingle du jeu. Jusqu'au jour où un jeune loup-garou débarque devant sa porte, affirme qu'il a été transformé de force et qu'il a fait l'objet d'expériences bizarres... Mercy n'a d'autre choix que l'aider, sans savoir que ça va la mener très, très loin.


Mon avis:

Je le dis d'emblée et sans la moindre honte: cette lecture est vraiment rafraîchissante et j'ai passé un bon moment auprès de Mercy. Le petit monde dans lequel elle vit est assez bizarre, plein de personnages légendaires qui répondent largement aux clichés qui leurs correspondent, mais développés de façon relativement cohérente. On apprend ainsi que les loups-garous ont une hiérarchie très poussée, même sous leur forme humaine, que les vampires s'organisent comme une mafia puissante, et que les faes, depuis qu'ils ont dévoilé leur existence, sont obligés de vivre dans des réserves pour se protéger du racisme humain. Prenez une grosse poignée de créatures connues de tous, mélangez-les, jetez-les dans notre monde actuel version petite ville américaine, et vous obtenez un univers qui aurait pu n'être qu'un sacré bordel; mais heureusement, la plume de Patricia Briggs en fait un plateau de jeu en équilibre dont elle nous présente les règles petit à petit, sans forcer, sans trop nous fatiguer les méninges.

Au milieu de tout ceci, le pion principal, c'est Mercy; une femme, d'accord, mais pas le genre jolie héroïne blonde et gnan-gnan, pas le genre guerrière impavide, quelque part entre les deux. L'animal qui la représente, le coyote, lui correspond bien: entre le loup prédateur et sa proie le lapin, elle essaie de rester cachée mais sait se défendre quand on l'attaque. Un bon mélange.

Le style est assez proche de celui de Twilight, celui dont j'ai dit tant de mal il y a quelques articles d'ici: totalement inintéressant. Encore une fois, l'auteur n'a aucune prétention à la grande littérature et ne se fend pas de la plus petite métaphore ou de la moindre subordonnée. Mais contrairement à Twilight où ça m'avait profondément déplu, ici c'est beaucoup moins pesant, pour la simple raison que l'histoire se suffit à elle-même. C'est un thriller; entre les paragraphes où Mercy nous explique en quelques mots les règles de son monde (sans jamais que ça tourne au cours magistral, un exploit en soi) et ceux où l'action se développe souvent assez rapidement, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Patricia Briggs ne joue pas avec son lecteur, elle l'emmène droit où il doit aller, et de temps en temps ça fait du bien de se laisser prendre par la main.

Bref, ce ne sera pas le roman de l'année, mais ça reste une chouette lecture, prenante et délassante à la fois. Je ne manquerai pas de me procurer le tome 2 un de ces jours (il y en a 4 à l'heure actuelle), et je remercie les copines de livraddict de me l'avoir fait découvrir !

27 octobre 2009

Les yeux jaunes des crocodiles, de Katherine Pancol

Voilà un livre que j'ai reçu en cadeau il y a trois ou quatre ans, que j'ai lu puis rangé dans la bibliothèque, et dont je ne me souvenais pas du tout. Lorsque des membres de livraddict ont commencé à en parler, dont beaucoup en termes assez élogieux, je me suis rendue compte avec un peu de honte que j'avais tout oublié de l'intrigue ou du style. Je n'étais pas très fière de moi ! C'est pourquoi je n'ai pas hésité quand je l'ai croisé sur les étagères d'une famille francophone chez qui je fais quelques babysittings; à raison de trois soirées que je lui ai consacrées dès les enfants au lit, j'ai redécouvert ce roman dont il ne me restait dans la tête que quelques bribes d'intrigue.


Résumé:

Depuis qu'Antoine est au chômage, rien ne va plus entre lui et son épouse Joséphine. Lorsqu'ils finissent par se séparer, Antoine part avec sa maîtresse Mylène élever des crocodiles en Afrique, tandis que la timide Joséphine se retrouve seule pour faire face à l'éducation de ses deux filles et aux dettes laissées par son mari. Ce changement de situation l'oblige à sortir de sa carapace d'épouse assistée, et lui permet de jeter un regard nouveau sur les gens qui font partie de son petit monde: sa fille Hortense dont elle n'arrive pas à obtenir le respect; sa mère pour qui elle n'a jamais été assez bien, et qui rend malheureux sa bonne crème de second mari; sa soeur Iris, belle, séduisante, irrésistible, et pourtant si superficielle; Philippe, l'époux de sa soeur, qui cache un bon coeur paternel sous ses costumes d'avocat renommé; Shirley, la voisine et meilleure amie au passé secret... Tout un petit monde de personnalités totalement différentes qui cherchent le bonheur chacun à leur façon.


Mon avis:

Le fait que j'aie lu ce livre de plus de 600 pages en seulement trois soirées prouve bien qu'il m'a plu, ou en tous cas que j'ai bien accroché. Et c'est le cas: au fur et à mesure on a envie de savoir où va l'histoire, ce que vont devenir les personnages, certains auxquels on s'attache et d'autres qu'on déteste cordialement. C'est une lecture agréable, suffisamment prenante, on y plonge facilement.

Par contre, quand l'éditeur écrit que c'est un roman "sur la vie", je me demande un peu qui a une vie comme celle-là. Est-ce que vous connaissez, vous, quelqu'un parti élever des crocodiles en Afrique ? Une femme aussi irrésistiblement belle et aimée qu'Iris ? Une jeune fille de 15 ans avec un tel don pour la mode ? Une agrégée d'histoire capable de sortir un roman au succès inégalé dès son premier essai ? Une femme de banlieue membre cachée d'une famille royale connue ? Tous les personnages, à peu près sans exception, sont des espèces de caricatures dont on sait qu'on ne les rencontrera jamais. Ce qui n'enlève rien au plaisir de la lecture, mais il faut bien admettre qu'il s'agit d'une histoire presque fantastique et non d'un roman sur une vie dans laquelle on est censé se reconnaître.

En réalité, ça m'a réellement fait penser à une pièce de théâtre: les personnages sont un peu exagérés pour qu'on comprenne bien qui sont les gentils et les méchants, leurs déguisements sont très typés pour qu'on les distingue bien, et ils parlent très fort pour bien faire passer le message jusqu'au fond de la salle. Un message un peu naïf: il faut s'attacher aux vraies qualités profondes, les gens superficiels finissent par le regretter, battez-vous dans la vie et ne vous laissez pas marcher sur les pieds... J'ai trouvé un peu désagréables les nombreux paragraphes moralisateurs où Joséphine en particulier ne cesse de répéter ce qui la fait avancer dans la vie, les erreurs et les progrès qu'elle fait. Je n'aime pas particulièrement quand un auteur joue trop visiblement les donneurs de leçons.

Mais voilà, tout ceci n'empêche pas que ce soit une lecture agréable malgré ses défauts. Un bon moment de détente, qui ne m'a pas particulièrement émue, mais dont j'entamerai la suite ("La valse lente des tortues") avec plaisir.

20 octobre 2009

Perdre est une question de méthode, de Santiago Gamboa.


Je pense que dans cette rubrique "mes lectures", je ne vous ai pas encore présenté un vrai roman policier, si ? Il y a bien eu "Coule la Seine", mais c'était un recueil de nouvelles. Il y a eu aussi "Mercy Thompson", mais l'intérêt réside plutôt dans le côté "bit-lit" que le côté "thriller". Alors ça y est, voici enfin un vrai roman noir, un policier un peu bizarre, d'un auteur colombien en plus de ça. Encore une découverte due au pur hasard des partenariats proposés par Livraddict, cette fois-ci en collaboration avec son partenaire les Editions Points.


Résumé:

Victor Silanpa, la quarantaine désabusée, est journaliste criminel à Bogota. Grâce à sa collaboration avec le commissaire Moya, il arrive en même temps que la police sur les lieux d'un crime particulièrement crapuleux: au bord du lac du Sisga, un homme a été empalé et crucifié. Tandis que la police peine à identifier la victime, Silanpa mène de son côté une enquête difficile. Sa vie privée déjà chaotique devient réellement compliquée, et tandis qu'il perd peu à peu la femme qu'il aime, il s'enfonce rapidement dans une histoire dangereuse mêlant de riches entrepreneurs immobiliers sans scrupules, un club de naturisme et une mafia de politiciens et hommes d'affaires véreux.


Mon avis:

Comme d'habitude, je me suis lancée dans cette lecture sans du tout savoir à quoi m'attendre, et comme souvent, il y a du pour et du contre. Dans ce cas-ci, deux gros points positifs, plusieurs petits points négatifs, et quelques points sur lesquels je m'interroge encore.

Pour commencer par le positif, je dois dire que j'ai adoré ce qui fait une des grandes spécificités de ce livre: la plongée dans le monde colombien. Cette histoire se passe entièrement à Bogota et dans ses alentours, elle est écrite par un auteur colombien qui décrit le monde qu'il connaît sans essayer de nous le présenter sous son meilleur jour, sans non plus tomber dans les clichés, et avec lui on se perd dans les petites rues sombres comme si on y habitait. La découverte est parfois lugubre, parfois comique, toujours envoûtante. J'ai adoré plonger dans l'atmosphère d'un pays et d'une ville à l'opposé de ceux que je connais: anarchiques, corrompus, spontanés, violents et accueillants à la fois. Les règles ne sont pas les mêmes, les maffieux se pavanent dans les meilleurs hôtels, les prostituées côtoient le luxe, tout s'achète et tout se négocie, la loi du plus fort est la règle mais les inconnus deviennent amis pour un rien. Ce livre ne donne peut-être pas envie de passer ses vacances à Bogota, mais il en laisse certainement une image précise à l'esprit.

Une autre chose que j'ai beaucoup aimé, ce sont les personnages, surtout ceux qui se rangent du côté du héro. Ils ne tombent pas dans les archétypes du roman policier, sont crédibles et attachants chacun à leur façon. Il y a d'abord Silanpa lui-même: ses hémorroïdes, sa poupée qui lui tient compagnie, sa fidélité pour son ami Guzman, son sale boulot qui lui fait honte, ses tendances alcooliques et surtout ses sentiments si profonds pour Monica en font un héro auquel on peut facilement s'attacher, un mec bien mais bien réel, un sensible dans un monde de brutes. La jeune Quica est touchante de naïveté, elle fait penser à une enfant qui se débrouille comme elle peut dans une vie où elle est née sans atouts. Estupiñan est comique, plein d'entrain, efficace et presque toujours joyeux, un petit souffle frais dans les moments les plus sordides. Ce sont des personnages hors-normes, décrits uniquement par leurs actes et leurs paroles, mais dont on se fait une image assez précise sans cette impression de déjà-vu que je déteste. Une belle réussite. Les méchants sont bien méchants aussi, mais sans exagération, pour la plupart ce sont surtout des arrivistes sans scrupules ou coincés de tous côtés et qui croient que pour l'argent tout est permis, pas de vrais sadiques. Encore une fois, des nuances que j'apprécie dans un roman surtout basé sur l'action.

Parmi les points négatifs, celui qui m'a posé le plus de problèmes c'est la difficulté que j'ai rencontré à distinguer les personnages dans la première moitié du livre, et à discerner leurs rôles. Les noms espagnols m'étant très peu familiers, j'avais tendance à les confondre, surtout quand le même personnage était désigné par son nom ou par son prénom suivant les interlocuteurs. Il a plusieurs fois fallu que je retourne en arrière pour resituer un intervenant. En plus de ça, parmi les méchants, ça a longtemps été le chaos: impossible de savoir qui faisait quoi, qui était en relation avec qui. Leurs conversations étaient sybillines, et toujours présentée sans préciser le nom de l'interlocuteur à qui correspondait telle réplique, ce qui fait que dans les dialogues un peu longs j'étais perdue à tous les coups. On sent le ton aggressif ou supérieur, mais sans savoir qui exactement l'emploie, frustrant ! On sait très vite qu'une histoire de terrains est en cause et que quatre ou cinq personnes sont impliquées, mais on ne comprend rien de plus avant la moitié du livre, malgré de nombreux passages où l'on sent que l'on pourrait glaner des informations.

Au point de vue de l'intrigue, elle est plutôt lente pour un roman policier. Le héro est longtemps perdu, et si nous en savons un peu plus (mais à peine), on se demande pendant la moitié du livre où tout ceci va nous mener. D'autant plus que la victime principale est vite oubliée: de fil en aiguille, on se retrouve au milieu d'un mic-mac immobilier, et ce n'est que tout à la fin qu'on apprend enfin qui a été tué et pourquoi. D'ailleurs les péripéties de cet assassinat rocambolesque sont dévoilées en une fois, brusquement, grâce à des documents retrouvés un peu par hasard. Alors qu'au début du livre on s'attend à un parcours sanglant à la recherche d'un meurtrier sadique, après avoir tourné la dernière page on se rend compte que l'empalé du début n'était qu'un déclencheur pour une intrigue beaucoup plus terre-à-terre. Ca ne m'a pas particulièrement dérangée, mais j'ai quand même été un peu déçue du dénouement.

A partir du chapitre 3, un chapitre de temps en temps est narré par le commissaire Aristophane Moya, qui raconte sa vie en relation avec la gastronomie dans le but d'entrer dans un club qui va l'aider à maigrir grâce à la religion. Mes impressions sur ces chapitres ont varié en cours de lecture. Au début je me suis dit: "mais qu'est-ce que ça vient faire là ?". Ensuite j'ai plutôt apprécié ces petits intermèdes bien racontés, assez humoristiques, qui offraient un peu de fraîcheur dans une histoire autrement assez sordide. Mais au fur et à mesure que j'avançais vers la fin, j'en suis venue à me demander à nouveau quelle était l'utilité de toute cette histoire. La toute dernière partie m'a offert la solution tout en me décevant: le lien qui relie l'intrigue principale avec cette narration secondaire est finalement très ténu, j'aurais préféré que l'auteur trouve un "prétexte" un peu plus solide pour nous raconter la vie et les repas d'Aristophane Moya.

Au niveau du style, j'ai apprécié le côté très vivant, même si ça complique un peu la lecture: les enchaînements sont parfois sous-entendus, les interlocuteurs sont de temps en temps difficiles à discerner. J'ai repéré quelques traductions un peu bizarres, comme "Garde du corps" pour le film "Bodyguard" (présenté sous ce nom en français), ou "les bois" pour parler des montants du goal de football. D'autre part, l'explication du titre du livre est terriblement légère, c'est une citation qui n'a pas grand-chose à voir avec l'histoire, même si on essaie de l'appliquer au personnage principal. Et puis, petit détail, une fois le livre terminé on se rend compte que la quatrième de couverture est bourrée d'erreurs: Silanpa est journaliste avant d'être détective (alors qu'il est écrit l'inverse), on y dit qu'il est aidé de Quica dont il est "sous le charme" alors qu'en réalité c'est Estupiñan qui l'aide dans son enquête et il est sous le charme de Monica... Ca fait beaucoup d'erreurs sur trois phrases.

Au total, je donne peut-être l'impression d'avoir vécu une lecture pénible, mais c'est loin d'être le cas: j'ai passé un assez bon moment. Je n'ai pas vécu ma meilleure expérience de lecture, mais j'ai beaucoup aimé découvrir une plume et une atmosphère vraiment originales, et c'est quelque chose que j'apprécie d'autant plus que j'ai souvent été déçue des romans policiers qui reproduisent sans cesse les mêmes recettes. Au final, je pense que si je croise un autre roman du même auteur, je ne le laisserai pas filer avant de l'avoir lu. C'est bon signe, non ?

Pour finir, un petit passage, peut-être pas vraiment représentatif de l'humeur générale mais qui m'a vraiment fait sourire, coincé entre un viol manqué et une course-poursuite:

Dans la rue, c'était le déluge. Elle arrêta un taxi et lui donna son adresse puis eut un regret et demanda au chauffeur:
- Vous faites des courses en dehors de Bogota ?
- Oui, à condition qu'on me paye le double de ce que marque le compteur plus un forfait parce que je franchis le périmètre urbain, une taxe parce que je m'éloigne des êtres qui me sont chers, et un viatique pour les repas. A quoi il faut ajouter une petite somme pour l'assurance maladie et accident, plus une taxe de risque si c'est une zone de guerrilla ou de paramilitaires.
- C'est près du Sisga.
- Un instant, je regarde. Je crois qu'il y a une épidémie de dengue par là et... il n'y a pas aussi un front des FARC ?

- Je paie ce qu'il faut, mais on y va.
- Je dois vous dire, Madame, que vous aurez à payer la taxe d'éloignement. Le Sisga n'est pas loin mais il faut que je vous prévienne que je suis très famille.

- Je vous ai dit que je paierai ce qu'il faut.

12 octobre 2009

Twilight, tome 1: Fascination, de Stephenie Meyer


Pendant longtemps, j'ai échappé au phénomène de mode créé par la saga Twilight, de Stephenie Meyer. Peu de choses me retenaient de découvrir ces best-sellers, pourtant. A priori la littérature "bit-lit" ne m'attire pas particulièrement, mais pour être honnête je n'en avais jamais lu. Je n'ai pas aimé le film, que j'ai trouvé vraiment très "gnan-gnan", mais beaucoup d'adaptations cinématographiques ne reflètent pas la qualité des oeuvres dont elles sont issues. On en dit souvent que c'est une saga pour adolescentes, mais on disait aussi que Harry Potter était écrit pour les enfants et pourtant j'ai adoré cette série. Je n'avais donc aucune bonne raison pour ne pas découvrir Twilight, et après avoir rencontré de nombreuses lectrices fans inconditionnelles de ces romans sur livraddict, j'ai fini par m'y mettre...


Résumé:

Bella Swan, 17 ans, emménage chez son père Charlie dans la ville de Forks pour laisser sa mère auprès de son nouvel amour. Elle n'attend rien de bon de cette petite ville de province constamment sous la pluie. Pourtant, l'accueil est plus chaleureux qu'elle ne s'imaginait et elle s'y sent bien, surtout après avoir rencontré Edward, un camarade de classe mystérieux à la beauté époustouflante. Bella est littéralement envoûtée et tente de percer le secret d'Edward et de sa famille, de leur peau pâle, de leur beauté irréelle et de leurs attitudes étranges - au risque de sa propre vie.


Mon avis:

Cette saga constitue un véritable phénomène, au même titre qu'Harry Potter. Après avoir lu le premier tome, je peux comprendre ce qui a rendu un nombre incalculable de jeunes lectrices (peut-être lecteurs aussi) fan de cette histoire d'amour impossible. L'intrigue reprend avec succès cet ingrédient attirant de légende dans le présent, de monde caché dans notre monde habituel, tout comme (à nouveau) l'a fait J.K. Rowling. Les vampires ne sont pas tout à fait comme on les imagine, ils ont cette petite touche de modernité qui leur donne un potentiel de réalité. L'intrigue est bien menée dans ce premier tome, simple et sans temps morts, culminant avec un vrai danger. Le côté "gnan-gnan" que je reprochais au film est largement atténué par le fait que le mystère d'Edward et sa relation avec Bella se dévoile de façon bien plus naturelle et progressive que dans la film, où j'ai failli laisser tout tomber pendant leur longue et pénible ballade dans les bois de peur de m'engluer dans la guimauve...

Stephenie Meyer a visiblement des souvenirs très vivaces de sa propre adolescence, car elle décrit les émois de ses personnages de façon particulièrement efficace. Elle réveille le romantisme qui sommeille dans son lecteur en décrivant Edward de façon particulièrement irrésistible, à la fois magnifique, lointain, torturé, mais aussi tendre, passionné, charmeur. Chaque jeune fille a un jour été une Bella en puissance qui malheureusement n'a pas croisé son Edward, mais qui peut enfin vivre une belle histoire d'amour au travers de ces pages. C'est également un ingrédient très puissant dans la fascination suscitée par ce livre.

Mais malgré tout ça, et je m'en excuse d'avance auprès des fans qui je sais vont me lire, j'y vois plusieurs gros défauts. Le premier, le majeur, l'inratable, c'est le style d'écriture. J'ai commencé ce roman en lisant quelques dizaines de pages d'une traduction française empruntée, mais je n'aurais pas pu continuer: ce style si plat rendait ma lecture pénible. On m'a dit que la version originale était bien meilleure, j'ai donc acheté le roman en anglais et l'ai relu depuis le début dans cette langue. C'est à peine mieux, et la petite amélioration tient sans doute au fait que je suis moins exigeante dans cette langue qui n'est pas la mienne. Il faut dire en faveur de cette pauvre Stephenie Meyer que j'ai casé cette lecture entre des nouvelles de Charles Dickens et d'Henry James, deux monstres de la littérature anglophone auprès desquels il est difficile de faire le poids... Mais mon dieu, j'ai mis du temps à m'habituer à ces phrases trop simples, trop classiques, sans couleur, sans la moindre métaphore. Même Dan Brown m'a paru plus agréable à lire. En fin de compte, ce manque de relief devient presque hypnotique, ce qui m'a permis de continuer jusqu'à la dernière page. Mais je regrette amèrement que cette histoire à la première personne manque à la fois de la qualité littéraire d'un roman et de la spontanéité d'un journal intime.

La deuxième critique que je pourrais lui faire tient plutôt à ma propre personnalité, je suppose. Je n'ai tout simplement pas adhéré à l'histoire d'amour racontée là. Edward ne m'a pas du tout séduite, il m'a semblé dès le début arrogant, moqueur, trop sûr de lui; Bella me plaisait au début, jusqu'au moment où elle perde tous ses moyens pour un garçon qui à première vue la déteste et se moque cruellement d'elle. Et puis franchement, s'évanouir parce qu'elle oublie de respirer quand il l'embrasse... J'aurais peut-être beaucoup mieux apprécié à quinze ans, mais dans tous les cas, je n'ai pas l'impression d'avoir jamais été "fleur bleue" à ce point-là.

Enfin, je dois avouer qu'avoir vu le film avant de lire le livre m'est apparu comme un gros handicap. L'adaptation est suffisamment fidèle pour que je sache à l'avance comment l'histoire se développerait, et le manque de surprise est quand même terriblement pesant. En plus, j'avais en tête l'image d'un Edward incarné sous les traits de Robert Pattinson, que je trouve plutôt laid avec ses gros sourcils et son look de beau gosse. Oui oui, je sais que je rame à contre-courant sur ce coup-là, mais comme on dit: des goûts et des couleurs...

Pour une petite analyse à deux sous des thèmes abordés, je dirais que l'analogie avec la sexualité adolescente dans la relation entre Bella et Edward m'a sauté aux yeux à plusieurs endroits. Sans cesse ils se rapprochent, mais pas trop près, parce que le risque est là, l'interdit est tout proche, il en faut pas prendre de risques et rester maître de ses pulsions. J'ai l'impression que l'éducation américaine est très stricte sur ce point-là, car Bella a quand même 17 ans, mais elle ne prendra pas de risques, même si c'est dur pour elle et encore plus dur pour Edward. La similitude avec les pulsions d'Edward en tant que vampire est flagrante.

En résumé, vous vous demandez sûrement: vais-je acheter le tome suivant ? Eh bien, je vais peut-être vous surprendre, mais la réponse est oui. Je voudrais le lire sans l'a-priori du film, ni aucun a-priori d'ailleurs, puisque je n'ai aucune idée de la suite de l'histoire. La partie "amourette" d'Edward et Bella est je l'espère finie, on va rentrer dans une relation plus mûre, et j'ai envie de savoir vers où l'intrigue tendra. Et puis, avouons-le: ces belles couvertures noires donnent bien dans ma bibliothèque ;)

8 octobre 2009

Livraddict

Bon, je sais, je vous en ai déjà parlé - mais abondance de bonnes choses ne nuit pas, me disait ma maman. Alors laissez-moi vous toucher encore deux petits mots à propos du site livraddict de ma copine Jessica et de son Baba à elle. Parce que si vous aimez lire, ce que vous verrez ici va vous plaire...

Il y a tout juste un mois, une amie d'université, Jessica, a donc créé un site web consacré à la lecture et littérature en tous genres: du policier au manga, de la fantasy à la bit-lit, et aussi les bandes dessinées. Son nom est "livraddict", et son adresse: http://www.livraddict.com. Le but est d'échanger autour d'une passion commune, sans prétention et sans contraintes. Le site est encore en phase d'amélioration, mais déjà très fréquenté et plein d'ambition. On y trouve:

- Un forum, où les membres partagent leur avis sur les livres qu'ils ont lu, échangent de bons conseils, jouent à de petits jeux, etc. C'est très convivial et simple d'utilisation. Depuis un mois j'y ai découvert un tas de nouvelles choses à lire, beaucoup de conversations se sont développées, et l'ambiance est vraiment sympa !

- Un blog "public", où n'importe qui peut venir publier une critique de livre occasionnelle sous son propre nom; il suffit d'envoyer à l'équipe du site (dont je fais partie) un e-mail avec sa critique, et on le publie pour vous dans un espace qui vous est dédié.

- Un "book club", où on choisit ensemble un livre par mois; ceux qui décident de participer ont deux mois pour le lire, et on se retrouve un certain jour à une certaine heure pour en discuter "en live" sur le forum. La lecture de novembre sera "Le Cercle Littéraire des Amateurs d'épluchures de patates", de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, et on est en train de choisir celui de décembre qui portera sur le thème de Noël.

- Très récemment, un partenariat avec des éditeurs, qui nous offrent des livres gratuits en échange de critiques (tout à fait libres) à poster en ligne. Nous avons déjà presque quarante livres à offrir chaque mois, et nous cherchons des lecteurs intéressés: quarante livres à écouler, ce n'est pas rien, et avec d'autre partenariats qui sont en cours de négotiations, ça va encore augmenter ! Si vous souhaitez recevoir un livre gratuit à domicile, venez lire les conditions et vous inscrire sur cette page !

- Bientôt, de nouvelles fonctionnalités s'ajouteront à celles-ci, notamment un grand projet très pratique à propos duquel je suis pleine d'enthousiasme... Mais je vous en reparlerai quand il sera réalisé !

Bien évidemment, tout ceci est entièrement gratuit. L'inscription au forum se fait en trente secondes...

Voilà. Si ça ne faisait pas un peu secte, je vous dirais: venez rejoindre notre communauté ! Mais plus sérieusement, si vous aimez lire et partager, venez jeter un oeil sur le site livraddict, je suis sûre que ça peut vous intéresser :)

7 octobre 2009

Coule la Seine, de Fred Vargas

Je suis une grande fan de Fred Vargas, l'archéologue-auteur de romans policiers que j'ai découverte il y a quelques années grâce à un livre offert. J'ai déjà présenté son oeuvre en général sur le forum de livraddict, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de lire tous ses romans. Hier, je suis tombée par hasard sur un recueil de nouvelles policières, à ma connaissance les seules histoires courtes qu'elle ait publié, et je l'ai bien sûr dévoré en deux heures. Quelques mots sur cette découverte récente...


Résumé:

En 120 pages environ, Fred Vargas nous présente trois histoires, de la plus longue à la plus courte: "Salut et Liberté", "La nuit des brutes" et "Cinq francs pièce". On y découvre un vieux tailleur qui s'installe sur le banc public en face du commissariat juste le jour où Adamsberg commence à recevoir les lettres anonymes d'un meurtrier impuni; une Cendrillon qui se noie le soir de Noël; un clochard vendeur d'éponges et témoin d'un meurtre en fourrure... le tout tandis qu'à côté coule la Seine.


Mon avis:

La nouvelle est un genre difficile: il faut, en un nombre limité de pages, dresser un décor, présenter des personnages et développer une intrigue. C'est d'autant plus compliqué quand il s'agit d'histoire policières, qui doivent par définition être chargées de mystère et développer un suspense qui surprenne à la fois le lecteur et les personnages. Et c'est un véritable défi quand, en plus de ça, l'auteur a accroché son public grâce à la profondeur de personnages atypiques, que ce soient les héros (Adamsberg, Danglard) ou les personnages secondaires, lesquels méritent une description poussée.

Pourtant, Vargas s'en sort haut la main. A l'exception peut-être de la première nouvelle, où j'ai trouvé le dénouement un peu brutal, elle ne compromet ni la qualité de ses intrigues, ni le relief de ses personnages. En quelques pages seulement, on apprend à connaître Adamsberg si on ne l'a jamais croisé, ou on redécouvre de nouvelles facettes de sa personnalité brumeuse s'il nous est familier; et on voyage dans la vie et la tête de nouveaux héros passagers, le tailleur ou le clochard. Les mystères sont bien entendu moins complexes que dans les romans, mais Vargas prend le temps de nous laisser savourer son petit monde parisien centré autour de la Seine. J'ai particulièrement aimé la dernière nouvelle, la plus courte, où Adamsberg est vu de l'extérieur, au travers des yeux du témoin. Pour la première fois il mène l'interrogatoire, et en quelques questions et réponses se dessinent sa méthode et son caractère si particuliers. Une façon agréable de le redécouvrir.

La question est: pour ceux qui ne connaissent pas du tout Vargas, ce petit livre très court constitue-t-il une bonne introduction ? Ce n'est pas impossible, car tous les ingrédients de son succès y sont, en condensé. Pourtant, je ne suis pas sûre de le recommander; il manque malgré tout le plaisir des longues intrigues bien ficelées, la petite touche de légende qui parsème la plupart de ses oeuvres, et la découverte en profondeur de ses personnages si typés. Je continue à penser que pour entrer dans le monde de Vargas, la meilleure porte reste "Pars vite et reviens tard". Mais si vous avez déjà fait sa connaissance, alors jetez vous sur ce petit recueil savoureux !