13 octobre 2011

Spellwright, de Blake Charlton

Ceci était une lecture commune que j'ai largement loupée.  Avec deux semaines de retard et toutes mes excuses pour mes co-lectrices...


Résumé :

Quand il était plus jeune, les gens disaient que Nicodemus était l'élu qui allait empêcher l'armée des démons d'envahir le continent des humains.  Mais depuis lors, on s'est aperçu que Nicodemus était un cacographe, un magicien incapable d'épeler une formule correctement.  Pire, dès qu'il touche une construction magique, il la corrompt.  Un handicap très gênant dans un monde où la réalité est créée et modifiée par des formules magiques en différents langages.  Nicodemus est réduit à rester à l'académie de Starhaven où il se contente d'espérer, avec l'aide de son mentor Maître Shannon, devenir un jour un magicien médiocre. Jusqu'au jour où un être étrange se met à sa recherche...


Mon avis :

Voilà un livre plutôt déroutant.  Il commence avec un quatrième de couverture assez alléchant (mon résumé est de ma main, mais j'espère qu'il a bien reflété l'envie que j'avais de lire ce roman avant de le commencer).  Puis on s'attaque à la première page, et on déraille directement : incompréhensible. Il est question d'un méchant et d'une prof, d'un pont, de mots... Mais c'est tout. Tout le reste est un charabia indéchiffrable.

Heureusement que la suite s'éclaire et qu'on découvre petit à petit le monde original de Nicodemus.  Et c'est vrai que c'est du jamais vu : un monde fantastique où les mages créent des "constructs", des créatures faites de mots capable d'agir comme des êtres programmés, ou bien des objets, des armes, des barrières, toutes sortes de choses qui deviennent réelles.  Pire, les mages doivent épeler les formules de leurs créations sur leurs muscles puis les arracher et les lancer pour qu'ils prennent consistance.  Cool, non ?

D'ailleurs, au début, on se retrouve un peu dans un remake fantastique du fameux roman d'Umberto Eco "Le nom de la rose" : une académie grandiose à la place d'une abbaye, les deux pleines de livres (il faut bien conserver toutes ces formules magiques) ; un concile de différentes factions qui se rencontrent pour négocier un traité de paix ultra-important ; un apprenti et son maître ; et puis un meurtre là-dessus.  Mais la ressemblance ne dure pas. 

Car ensuite, l'histoire se complique encore.  La magie est un système complexe qui se décline en plusieurs langues (probablement inspirées des langages informatiques), certaines influençant la réalité et d'autres pas.  Les êtres créés ont différents niveaux de connaissances et de compréhension.  Et puis il y a dans ce monde des humains, certains, mais aussi pas mal d'êtres différents, imaginaires ou pas, actuels ou disparus.  Il y a aussi une légende, enfin des légendes, qui se transforment en prédictions qui deviennent des religions.  Les hommes et les autres êtres semblent se diviser en factions politiques complexes sur le point de s'entre-déchirer.  Et puis point de vue décor, on joue sur un terrain fait de hautes tours, de ponts, d'aqueducs, de forêts, de passages secrets, et d'autres choses encore. Beaucoup, beaucoup d'éléments à intégrer pour pouvoir suivre l'intrigue.

Bref, on sent que dans l'esprit de l'auteur, tout ça s'articule de façon très logique. Mais honnêtement, en ce qui me concerne, j'ai été un peu perdue. Très souvent, je comprenais le contenu d'un passage quelques pages plus loin. L'aventure est pleine de rebondissements, et c'est très agréable, mais ce serait encore plus agréable si les éléments ne partaient pas dans tous les sens au point de me donner le tournis !

Bref, parfois, trop d'originalité nuit.  C'est un peu ce que je retiens de ce roman : une belle idée qui s'éparpille. C'est vraiment dommage parce que l'idée était bonne et les personnages attachants, surtout quand l'auteur exprime par la voix de Nicodemus son expérience de la dyslexie (dont la "cacographie" est une image transparente).  L'histoire n'est pas terminée avec ce premier tome, mais je ne pense pas que je vais continuer cette aventure un peu frustrante.


Pour en savoir plus :
- les avis de mes co-lectrices : contrairement à moi, Heclea a apprécié l'épaisseur du monde décrit ; Lyra Sullyvan a apprécié l'approche de la dyslexie ; Sita explique, dans sa superbe chronique dessinée, qu'elle s'est un peu ennuyée ; et Kourai (chronique à venir).
- les comptes twitter et facebook de l'auteur, qui n'hésite pas à vous faire un petit concou (en anglais) si vous parlez de son livre !

8 octobre 2011

Comment séduire un petit éditeur ?

Mercredi soir était organisé sur Livraddict une rencontre particulière, la première d'une série d'interviews interactives qui auront lieu dans les prochains mois.  Je viens d'en rédiger un compte-rendu pour le blog de Livraddict, et comme il me semble que ce sujet peut intéresser mes lecteurs, j'en profite pour vous le faire partager !

Il y a quelques mois, la Team était contactée par Vincent Beghin, administrateur du site Les Agents Littéraires, qui nous proposait un partenariat ayant pour but de faire découvrir aux lecteurs le monde caché et difficile de l'édition de jeunes auteurs.  Face à l'enthousiasme de nos membres pour une telle initiative et quelques discussions plus tard, un projet commun naissait : un cycle de rencontres thématiques avec des acteurs de la petite édition et de l'auto-édition intitulé "L'aventure de l'édition".  Le thème de cycle de rencontres peut se résumer comme suit :
On estime que les « grandes » maisons d’édition acceptent environ 1  manuscrit sur 1 000 parmi ceux qui leur sont adressés. Autant dire  qu’elles restent, pour la plupart des auteurs en devenir, un rêve  inaccessible. Mais heureusement, pour se faire éditer, d’autres  solutions, existent. Les petites maisons d’édition, d’une part,  dont on  estime qu’elles acceptent environ 1 manuscrit sur 100. Mais aussi  l’auto-édition et l’édition à compte d’auteur, où vous prenez vous-même  en charge, en partie ou totalement, les coûts de de la production et de  la commercialisation de votre livre. Alors, parmi ces solutions,  lesquelles privilégier ? Que peut-on en espérer ? Quelles sont les bons  plans et les arnaques ? Vous aurez toutes les répondes via le cycle de  rencontres-débats que nous organisons, avec des éditeurs et des auteurs  ayant tenté (et réussi) l’aventure de l’édition.

C'est ainsi qu'à partir d'octobre, nous vous proposons chaque mois une interview interactive sur un thème touchant à l'édition de jeunes auteurs.  Un ou plusieurs acteurs expérimentés répondent à vos questions de façon à ce que le débat naissant de ces discussions vous permette de découvrir de l'intérieur le monde très sélectif de l'édition.

Notre première rencontre a eu lieu ce mercredi 5 octobre.  Derrière leur écran, deux représentantes d'une petite maison d'édition à la recherche d'auteurs débutants : Les 2 Encres.  Mesdames Nathalie Costes Nghien et Christiane Legris Desportes, respectivement directrice littéraire et directrice de collection Sciences Humaines, répondaient aux questions sur le thème : Comment séduire un petit éditeur ?
Thématiques abordées  : Qu’est-ce, pour vous, qu’un bon/ qu’un mauvais  manuscrit ? Quels sont vos critères de sélection ? Comment les choix  sont-ils pris ? Quelles sont les erreurs de débutant à ne pas commettre ?  Quel type de réponses envoyez-vous aux auteurs refusés ? Peut-on  attendre d’un petit éditeur plus d’explications qu’une lettre type ? Une  petite maison d’édition, est-ce que ça rime avec plus de contacts avec  l’écrivain, plus de rendez-vous, une prise en charge plus personnalisée ?

Les participants avaient visiblement beaucoup de questions en commun.  Le sujet qui les intriguait en priorité est le processus de sélection des manuscrits : qui choisit et sur quels critères ?  Nos invitées nous ont décrit en détail le fonctionnement de la sélection des manuscrits dans leur maison d'édition.

Elles nous ont d'abord assuré qu'aucun texte n'était refusé a priori (en-dehors de certains cas à la présentation particulièrement problématiques).  Le texte reçu (par e-mail ou par courrier) est envoyé à un comité de lecture composé d'une part de personnes sollicitées du fait de leurs compétences littéraires ou de leurs liens  directs avec la littérature, et d'autre part de  "grands lecteurs" retenus après candidature.

Sur la base de critères liés notamment à collection (Les 2 Encres en compte 18 !) et dans le respect d'une charte de fonctionnement, les membres du comité de lecture sollicités rendent dans un délai d'un mois un avis argumenté concernant le manuscrit.  Si les avis sont trop contrastés, c'est à l'éditrice et aux directrices littéraires que reviendra le dernier mot ; mais comme elles le disent elles-mêmes, "ce n'est pas parce qu'un manuscrit ne nous plaira pas à nous, directrices littéraires ou éditrice que nous le refuserons".

Alors, qu'est-ce qui distingue un "bon manuscrit" d'un "mauvais" ?  Pour répondre à cette question qui intriguait plusieurs participants, je laisse à nouveau la parole à nos invitées :
Ce qui peut différencier un "bon" manuscrit d'un "mauvais" (bon ou  mauvais, cela reste très subjectif) sera l'originalité du thème, la  compétence d'un auteur à relater, écrire son texte, son histoire, le  fait qu'il n'y ait pas "trop" d'incohérences, le style.
Nous distinguons de façon classique le fond et la forme. Le bon manuscrit est celui qui sait concilier les 2.

Ensuite, en fonction de l'appréciation du comité de lecture et des propres avis des directrices littéraires, quatre scénarios sont possibles :

1 - L'auteur est avisé d'un rejet ; dans ce cas-là il lui est précisé pourquoi son projet n'a pas été retenu.
2 - L'auteur est invité à retravailler ou à faire retravailler son texte pour le soumettre à nouveau.
3 - Le manuscrit est retenu sous réserve de corrections ou léger remaniement à envisager en commun.
4 - (le plus rare) Le manuscrit est retenu d'emblée. Un contrat d'édition est alors proposé.

L'ensemble du processus dure en général et à l'heure actuelle entre 4 et 8 mois.  Et puisqu'on est dans les chiffres, sachez, écrivains en herbe, que la concurrence est rude : sur un millier de manuscrits reçus par an, Les 2 Encres en publient entre 35 et 40 toutes collections confondues.  Nos invitées vous encouragent cependant à proposer vos textes : chacun recevra toute leur attention !

Une fois l'ouvrage édité, l'aventure ne s'arrête pas là.  Nos éditrices assureront aussi sa promotion.  Pour cela, une recette composée d'une bonne dose de charme, patience, volonté, foi et passion, et d'ingrédients éprouvés :
Nous avons dans notre équipe une chargée de communication à temps plein  (Zoë Jaclin), et un diffuseur/distributeur. Nous sommes également sur  Facebook et tous nos livres sont répertoriés sur l'ensemble des sites de  ventes en ligne (Fnac, Amazon, Alapage, Decitre, etc.). Nous figurons  également sur les bases de données des libraires : Electre et Dilicom.
Par  ailleurs, nous favorisons au maximum les dédicaces en librairie et la  présence des auteurs dans les salons de livres partout en France. Nous  présentons aussi les ouvrages à des prix littéraires et concours selon  leur thématique.

Alors, qu'est-ce qui distingue un petit éditeur d'une grosse maison ?  Nos invitées reconnaissent que Les 2 Encres n'a pas la taille ou l'impact de certaines autres maisons, mais l'édition chez un petit éditeur a aussi ses avantages :
Un premier élément de réponse essentiel : chez un petit éditeur, vous  êtes (normalement) considéré comme un auteur et non pas comme un  producteur de textes.
D'abord, la liberté d'échange entre l'éditeur  et l'auteur, par exemple pour décider de la présentation du futur livre  (illustration de couverture, présentation de la quatrième) et tout au  long de sa création.
Ensuite, la durée du livre. Chez les "grands",  le livre est mis au pilon au bout de 6 mois, voire 3 mois, voire moins  si les libraires les retournent au bout de très peu de temps. Chez nous,  tous nos titres existent encore depuis notre existence (14 ans) et sont  encore disponibles pour la vente.
L'échange avec notre chargée de  communication est permanent. Vous avez TOUJOURS une interlocutrice pour  vous écouter, vous proposer, entreprendre des actions, bref, nous sommes  là pour épauler un auteur et ne pas le laisser dans le vague, une fois  son livre paru.

Cette discussion particulièrement intéressante a marqué un excellent départ pour notre cycle de rencontres.  Vous pouvez la lire en intégralité sur le forum. Je peux déjà vous annoncer en exclusivité notre prochaine rencontre, sur le thème "Comment sait-on qu’on a vraiment l’ « âme » d’un écrivain ?" qui aura lieu le vendredi 4 novembre à 20h !  Notez bien la date et venez nombreux poser vos questions à nos invités !

L'équipe Livraddict tient à remercier particulièrement nos deux invitées pour leur temps et les informations partagées, les participants pour leur enthousiasme et leur curiosité, et Vincent Beghin du site Les Agents Littéraires pour avoir participé à l'organisation de cette soirée !


6 octobre 2011

The Dream-Quest of Unknown Kadath, de H.P. Lovecraft

The Dream-Quest of Unknown Kadath, en français, À la recherche de Kadath, est une nouvelle d'une centaine de pages de Howard Phillips Lovecraft, le créateur du tentaculaire mythe de Cthulhu, un des piliers du fantastique moderne. En France, le texte a été publié dans le recueil Démons et merveilles, avec les trois autres histoires, beaucoup plus courtes, mettant en scène le personnage discret de Randolph Carter. Pour ma part, j'ai préféré le lire dans sa version originale, publiée dans l'oeuvre intégrale de l'auteur en trois volumes chez Arkham House.


Résumé :

Randolph Carter n'est pas un doux rêveur, c'est un rêveur chevronné ! Il n'a même pas peur de s'adresser directement aux dieux pour trouver la cité merveilleuse au couchant qu'ils lui interdisent de rêver. Mais pour présenter sa requête, il lui faut d'abord atteindre leur sanctuaire, Kadath l'inconnue, au sommet duquel trône leur château d'onyx, et dont nul ne connaît l'emplacement. Pour accomplir sa quête onirique, l'intrépide Carter va remuer ciel et terre, s'envoler vers la lune où s'ébattent les chats, escalader le versant caché de Ngranek à la recherche du visage gravé, s'évader des profondeurs du val de Pnath avec des goules, longer les carrières d'Inganok scindées par les dieux, traverser les plateaux glacés de Leng. Mais parviendra-t-il à son but quand l'ombre de Nyarlathotep, le Chaos Rampant, semble épier chacun de ses mouvements ?


L'avis de Sanjuro :

Malgré toutes ses belles promesses, The Dream-Quest of Unknown Kadath est une oeuvre mineure de H.P. Lovecraft. A l'époque où elle fut écrite, en 1927, c'était pourtant une entreprise ambitieuse pour son auteur, habitué aux nouvelles et à la poésie, qui signait là son texte le plus long. Bien qu'on y trouve les monstres et l'atmosphère inquiétante auxquels il doit son succès, Kadath se présente avant tout comme un récit d'aventures. Et c'est peut-être là où le bât blesse: Lovecraft n'est pas dans son élément, dans sa chère Nouvelle-Angleterre hantée d'indicibles secrets. Ironie suprême, d'une certaine façon, c'est aussi la conclusion à laquelle arrive l'histoire !

Carter traverse différentes régions de ce monde imaginaire, faisant la rencontre des peuplades variées qui y vivent, voyageant à dos de zèbre ou d'oiseau monstrueux, suivant des indices et échappant à des traquenards, toujours obnubilé par l'objet fantastique de sa quête. Le voici qui se fait kidnapper... avant de triompher grâce à l'intervention de quelque allié inattendu. C'est, dans le fond, de l'aventure tout ce qu'il y a de classique, mais pas forcément très convainquante. Il y a une grande inégalité, beaucoup de hauts et de bas, de moments où l'on commence à se sentir emporté par le récit, comme dans les bons romans, avant de retomber soudain comme une masse molle, rejeté par cet univers que l'on a du mal à prendre au sérieux.

La faute en revient en partie à la réputation du mythe de Cthulhu, dont le renom, la portée, ont dépassé au gré des décennies le talent de son auteur. On attend quelque chose de grand et de terrible alors on a du mal à lui pardonner certaines légèretés: ces goules qui se comportent comme de braves toutous, ces dieux un peu mous qui semblent fuir les humains et ces monstres fantoches qu'on nous dit effrayants mais qui s'expédient tous comme on éclaterait des bulles. Contrairement à d'autres de ses histoires, ce qui rôde dans les ténèbres n'arrive à produire ici qu'une nuance de peur. Un des meilleurs passages à ce titre est celui dans le monastère sans fenêtre, ce mastaba polaire où réside le grand prêtre vêtu de jaune et voilé de rouge. Dans ces dédales aveugles, écrasé de claustrophobie, un début de terreur enfin éclot.

On aime aussi les belles et grandes descriptions, les fameux paysages cyclopéens et les vues de cauchemar, qui se dressent avec beaucoup d'emphase et d'intensité, comme le démontre le passage suivant:

"Then came a wide gap in the range, where the hideous reaches of transmontane Leng were joined to the cold waste on this side by a low pass through which the stars shone wanly. Carter watched this gap with intense care, knowing that he might see outlined against the sky beyond it the lower parts of the vast thing that flew undulantly above the pinnacles. The object had now floated ahead a trifle, and every eye of the party was fixed on the rift where it would presently appear in full-length silhouette. Gradually the huge thing above the peaks neared the gap, slightly slackening its speed as if conscious of having outdistanced the ghoulish army. For another minute suspense was keen, and then the brief instant of full silhouette and revelation came; bringing to the lips of the ghouls an awed and half-choked meep of cosmic fear, and to the soul of the traveller a chill that has never wholly left it. For the mammoth bobbing shape that overtopped the ridge was only a head—a mitred double head—and below it in terrible vastness loped the frightful swollen body that bore it; the mountain-high monstrosity that walked in stealth and silence; the hyaena-like distortion of a giant anthropoid shape that trotted blackly against the sky, its repulsive pair of cone-capped heads reaching half way to the zenith."

Il y a du bon dans Kadath, et les fans de Cthulhu le liront, sinon avec avidité, au moins avec intérêt. Le récit malheureusement ne se compose pas uniquement de perles comme celle-ci, plutôt rares. Le style a également sa part de responsabilité. Relativement froid, purement descriptif, sans dialogues à l'exception de la tirade finale, il ne parvient pas à instaurer l'esprit épique indispensable. Lovecraft cède a des enfantillages: beaucoup de répétitions qui ne produisent pas l'effet désiré, une certaine fadeur à décrire le beau et le merveilleux (à l'inverse de l'affreux et du terrible), et un univers auquel il manque décidément une cohésion. Le domaine du rêve ne justifiant pas tout !

H.P. Lovecraft lui-même avait la lucidité de reconnaître que ce n'est pas une très bonne histoire. A l'inverse de son confrère et ami Robert E. Howard, auteur de Conan, il n'était visiblement pas à l'aise dans le récit d'aventure. Son imaginaire, plutôt que de s'y épanouir, regarde constamment dans une autre direction, ce trou sombre plein de mystère et d'horreur qui débouche quelque part dans une cave abandonnée d'Arkham.

5 octobre 2011

La Belgariade, chant 5 : La Fin de partie de l'Enchanteur, de David Eddings

Dernier épisode de la série !  Je crois que c'est la première saga que je termine aussi vite !


Résumé :


Après un épisode royal un peu court, Belgarion est reparti sur les routes.  Avec, cette fois, la peur au ventre : il est parti pour combattre le dieu Torak et sauver la liberté des gens de l'Ouest.  Mais comment pourrait-il vaincre un dieu ?  La prophétie est toujours aussi mystérieuse...  Pendant ce temps, sa fiancée Ce'Nedra mène les armées qu'elle a réunies, dirigées par les rois de l'Ouest.  Le but est d'occuper les ennemis pour laisser à Belgarion le temps de mener son combat épique.  Mais face à eux, les armées sont bien trop puissantes pour être battues.  Il va falloir faire preuve de ruse et la partie sera très serrée...


Mon avis :

Au bout de quatre épisodes, vous savez ce que je pense de la série et je ne vais pas m'attarder trop longtemps.  Disons que c'est une fin sympathique avec un ou deux petits rebondissements.  Ça se laisse lire avec plaisir, comme les précédents opus, et la fin n'est pas bradée.

J'ai pourtant été déçue par quelques petites choses.  La première, c'est la personnalité de Ce'Nedra : je l'espérais un peu changée par les responsabilités, et en fait, vers la fin, elle devient à nouveau détestable (à mes yeux).  Ce qui rend à nouveau à Belgarion son petit air de gamin faible, et c'est bien dommage.  Une deuxième chose qui m'a déçue, c'est le côté un peu "gnan-gnan" romantique de certaines parties de la fin.  Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais ceux qui ont lu ce livre comprendront.

Sur un ton un peu plus sérieux, la déception la plus forte mais aussi la plus étrange est quelque chose qu'il va m'être difficile de vous révéler sans trop en dire sur l'intrigue...  Disons qu'il y a un aspect de l'intrigue que je n'ai pas saisi.  Pendant la scène la plus importante de l'histoire, il y a un événement qui touche l'un des personnages et tous les autres sont surpris (en particulier tante Pol).  Et c'est là que je ne comprends pas : cet événement avait été clairement prévu par la prophétie, on nous en parle vers le deuxième volume.  Comment ont-ils pu être surpris ?  D'ailleurs, je suis assez étonnée qu'on ne nous offre pas plus d'explication sur la prophétie, en particulier sur la nécessité de rassembler tous les personnages qui ont voyagé avec Garion depuis le livre un jusqu'au livre quatre.  La prophétie est claire, paraît-il, et ces personnages sont rassemblés pour une raison.  Mais laquelle ?  Ils jouent chacun un rôle, mais certains ne sont pas particulièrement indispensables au déroulement de l'intrigue.  Un peu faible pour une prophétie toute puissante !

Bref, ce n'est pas la saga de fantasy la meilleure que l'on puisse trouver.  Ce que j'adore dans les sagas, du Seigneur des Anneaux à Harry Potter, c'est le fait que l'intrigue est construite de façon à ne laisser aucun aspect non résolu, aucun élément pendant, chaque détail fait partie d'une intrigue plus large et on discerne petit à petit le rôle de chaque pièce dans le puzzle final.  Ici, les choses sont moins grandioses, l'ensemble moins cohérent.  C'est plutôt un récit d'aventures qu'une épopée fantastique, il faut le savoir.  Mais ça n'empêche pas de passer un bon moment.


Extrait audio (en anglais) :
Passage où la reine Layla, en l'absence de son mari, utilise un stratagème purement féminin pour se débarrasser d'un ambassadeur encombrant.




Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la discussion sur le forum concernant la saga
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