28 novembre 2009

Sous le cèdre, de Catherine Thomas-Anterion

Toujours dans mon objectif de varier les styles de lectures, je viens d'en tester un radicalement différent et qui manquait encore à mon palmarès: la poésie. J'ai lu "Sous le cèdre" grâce à un partenariat entre Livraddict et Les Editions Baudelaire. Une découverte pour le moins intéressante, puisque ça fait bien longtemps que je n'avais pas abordé ce genre littéraire.


Résumé:

"Sous le cèdre invite à s'abriter sous l'arbre majestueux, pour chercher l'ombre, se protéger de la pluie, ou regarder la lumière à travers les branches horizontales. (...) L'écriture tantôt travaillée comme la laque déposée en plusieurs couches pour augmenter la brillance, tantôt simplifiée à l'extrême, invite le lecteur à comprendre de quel bois il est fait. Le voyage poétique solitaire révèle l'expérience fabuleuse d'être en symbiose avec l'autre, si proche et si dissemblable, au point d'être une espèce différente, et ce pour un bénéfice mutuel: Sous le Cèdre, je profite de la fraîcheur, regarde couler la sève dans mes artères (...) et permets aux branches de s'élever en massant les racines."


Mon avis:


D'habitude, lorsque je commente un livre sur ce blog, je m'amuse à vous proposer un résumé personnel; je prends plaisir à présenter l'histoire telle que je l'ai ressentie, en quelques mots bien choisis, un petit exercice intéressant qui me permet de rassembler mes impressions de lecture. Pourtant, cette fois-ci, c'est la quatrième de couverture que je vous soumets. Tout simplement parce que je serais incapable de vous résumer un livre dans lequel je me suis perdue.

Au début, je n'ai pas mesuré le danger. Je savais qu'il s'agissait de poésie, un genre que je connais peu, mais que j'ai toujours abordé très simplement: en commençant par le début et en attendant de me laisser bercer. Ma recette pour toutes les lectures, en fait. Et ça a très bien fonctionné pour ce qui a constitué mon expérience très limitée dans le monde de la poésie: Baudelaire, Rimbaud, Prévert... De grands classiques très scolaires que je parcours encore pour le plaisir, tout en sachant très bien qu'ils ont depuis lors été remplacés par une poésie plus libre.

En ouvrant ce recueil-ci, j'ai découvert une oeuvre divisée en textes d'une page en moyenne, eux-mêmes composés de paragraphes d'une à trois phrases à peu près. Des titres mais pas de rimes ni de rythme. Et au bout de trois ou quatre textes, j'ai constaté que c'est tout ce que j'en retenais: la forme, parce que le contenu ne m'atteignait pas.

J'ai donc recommencé, plus lentement, plus attentivement. J'ai fait l'effort de m'arrêter après chaque paragraphe, de le relire sans trop me forcer mais en prenant le temps de visualiser chaque phrase. J'ai persévéré pendant une quinzaine de textes, un tiers du recueil environ, puis j'ai renoncé encore une fois: visiblement, ma technique n'était pas la bonne. J'arrivais à situer le sens d'un mot, parfois le sens d'une phrase, très rarement le sens d'un paragraphe et jamais celui d'un texte. Plus l'ensemble grandissait, plus il me paraissait flou; pas le flou agréable, celui où l'on nage dans l'ignorance cotoneuse tout en sentant le sol ferme de la compréhension sous ses pieds, mais le flou total, le grand vide du trou noir. Au niveau de l'ensemble le plus grand, le recueil, j'étais dans l'obscurité totale.

J'ai donc à nouveau raffiné ma technique et j'ai repris depuis le début. Cette fois-ci, j'ai analysé. J'ai lu chaque texte, souligné, pris des notes, mis en rapport les champs sémantiques avec le titre, comparé la longueur des paragraphes, leurs enchaînements. D'un texte à l'autre, j'ai recherché les différences, les contours, les raisons qui faisaient que telle phrase avait sa place ici, telle autre sa place là-bas. J'ai adopté une optique scolaire. Et j'ai découvert certaines choses, certaines phrases qui avaient du sens, une certaine logique dans certains textes. Le texte "l'air traversé" parle de la nature à chaque paragraphe, celui intitulé "les jours heureux" rassemble de nombreux mots exprimant des sentiments agréables, et "le chant des oiseaux" alterne des passages sur les oiseaux, la musique ou les bruits. J'ai aussi noté une certaine symétrie entre le début et la fin du recueil: un premier paragraphe "sous un grand pin foudroyé", qui mentionne l'hiver et les larmes; un dernier paragraphe "sous le Cèdre", décrit un moment qui rappelle le printemps.

Pourtant, au terme de l'analyse, force me fut de constater que ce ne devait pas être la bonne méthode non plus, puisqu'elle ne marchait que par intermittence. Le texte "les merveilleux nuages" ne mentionne pas le moindre nuage, celui qui s'intitule "Cyrius" ne m'a pas donné le moindre renseignement sur le sens de ce mot, et quand parfois je sens un contexte s'esquisser au fil des phrases, c'est pour qu'il soit totalement hors-propos au paragraphe suivant.

Alors j'ai repris à nouveau ma lecture, non plus du début à la fin, mais en toute liberté. J'ai ouvert une page au hasard, je l'ai lue à haute voix, j'ai cueilli une phrase un peu plus loin, je l'ai suivie sur quelques paragraphes, je l'ai abandonnée quand je n'y ai plus trouvé mon compte, j'ai dérivé de pages en pages. C'est finalement la méthode qui m'a parue la plus satisfaisante. J'ai pêché de très jolie phrases qui, prises individuellement, m'ont beaucoup satisfaite, et je les ai sorties de leur contexte que je ne comprenais pas. Quelques exemples:
Enfermée, j'ai gardé au chaud des pépins de vie. J'ai maintenant tant à semer.

Sur le mur, une fine couche de neige. Dans mon coeur, le crépitement du feu.

Le doute est un poison que le goût amer révèle à temps.

Je suis folle à délier.

Tes mots ne me quittent plus, je les porte en écharpe et ils sont plus doux que des bas de soie.

Pourtant, ce ne sont là que des bribes; je ne peux citer un seul texte que j'aurais envie de relire en entier. Je me sens un peu moins coupable quand je lis de l'auteure que "son écriture est à la fois profonde (hermétique et secrète) et très concrète comme la parole simple." Je ne peux qu'approuver: des mots simples, oui, mais un sens global hermétique. Secret aussi, car j'ai eu souvent l'impression que tout ceci n'a été écrit que pour une seule personne, un lecteur privilégié qui sait de quel cèdre il s'agit, à qui le mot Cyrius rappellera quelque chose. Moi, au-delà d'une phrase ou deux, je me suis sentie laissée à l'écart.

Au total, je peux affirmer que ces textes-là m'ont laissée dans la marge. Ce que j'ignore encore, c'est si le recueil en est la cause, ou si je suis tout simplement trop cartésienne pour ressentir toute la qualité d'une poésie libre. J'ai un peu perdu pieds pour ce premier plongeon, mais peut-être faut-il encore que j'apprenne à nager ?

27 novembre 2009

Les 1001 vies de Billy Milligan, de Daniel Keyes


Je continue ma petite exploration des genres littéraires les plus variés avec, cette fois-ci, ce qu'on pourrait appeler un "docu-fiction". Ce livre décrivant une histoire vraie m'avait été recommandé récemment par des membres de Livraddict; aussi quand le Livre de Poche nous en a offert une dizaine d'exemplaires au mois d'octobre, j'ai sauté sur l'occasion !


Résumé:

Ohio, 1977. William Stanley Milligan est arrêté pour le viol de trois jeunes femmes. Des preuves irréfutables l'accusent, mais lui dit ne se souvenir de rien. Devant son comportement étrange, ses avocats demandent une expertise psychiatrique. Les médecins se rendent alors compte qu'ils n'ont pas affaire à un seul homme, mais à de multiples personnalités qui se partagent le même corps. Devant leurs yeux, Billy se transforme en Arthur, l'Anglais autain et raffiné; Ragen, le Yougoslave violent à la force physique impressionnante; Adalana, la lesbienne en manque d'affection; David, le petit garçon qui prend sur lui toute la douleur des autres... En tout, 24 personnalités différentes qui cohabitent sans toutes se connaître, qui prennent à tour de rôle le contrôle de Billy sans savoir ce que les autres lui ont fait faire et qui dirigent sa vie chaotique depuis de longues années.



Mon avis:

Cette histoire carrément époustouflante est difficile à lâcher quand on a commencé, et personnellement j'ai été hypnotizée du début à la fin.

Le livre est divisé en trois partie. Dans la première, l'auteur décrit les faits qui ont mené à l'arrestation de Billy, puis la découverte de ses personnalités multiples, son procès et une partie des soins psychiatriques dont il a fait l'objet, jusqu'au moment où apparaît une personnalité qui connaît l'entièreté de l'histoire de Billy et qui peut donc la raconter. Dans la deuxième partie, on reprend donc son histoire depuis sa jeunesse, on assiste à l'apparition des différentes personnalités et à la vie tumultueuse de Billy qui le mène aux viols. Enfin, une troisième partie, plus courte, reprend l'histoire à partir de là où on l'avait laissée à la fin de la première: la suite de ses soins psychiatriques, l'emballement médiatique autour de son cas et son enfermement en centre pénitentiaire.

L'ensemble est raconté sur le ton des livres de Pierre Bellemare, le côté sensationnel en moins: l'auteur décrit les faits en romançant légèrement les réactions des personnages, mais surtout en nommant scrupuleusement tous les intervenants et en détaillant les enchaînements d'actions et d'événements. On lit presque un compte-rendu journalistique, à la fois froid et captivant. Très vite, la surprenante maladie de Billy est dévoilée, et on se demande un peu comment l'auteur va réussir à tirer plus de six cent pages quand les personalités multiples s'expliquent dès les premiers chapitres et que son procès est bouclé avant la deux-centième page.

Mais tout le talent de Daniel Keyes est là: sur la base de ses nombreux entretiens avec Billy, il a su reconstituer toute sa vie, ou plutôt toutes ses vies. Et on est carrément bluffé. On suit toute son histoire comme on lirait un roman de science-fiction, un peu comme dans la vieille série américaine "Code Quantum", où une expérience scientifique malheureuse envoie le héro prendre la place d'individus variés dont il doit changer le destin. Très vite, on oublie que Billy n'est qu'une seule et unique personne, on voit à travers ses yeux et on comprend très bien le désordre de sa vie.

Là où Daniel Keyes fait également preuve de génie, c'est quand il nous permet de suivre toutes ses aventures sans trop se perdre au milieu des nombreux intervenants. Il y a bien quelques noms qui nous échappent, mais les principaux sont vite identifiés et repérés sans effort. C'est particulièrement impressionnant quand on se rend compte du mic-mac des différentes personnalités de Billy: il y a celles qui dominent, celles qui se cachent, celles qui sont bannies, celles qui connaissent certaines autres mais pas toutes... Un vrai système logique et compliqué, mais que l'on découvre progressivement sans jamais s'y perdre. Notez quand même qu'il y a un glossaire des personnalités de Billy à la fin du livre, mais forcément, je ne l'ai vu que quand j'ai terminé ma lecture...

Bref, une histoire vraie difficile à croire et absolument passionnante, bien écrite et extrêmement bien documentée. On en sort bouche bée avec l'envie de la raconter à tout le monde.

Je n'ai que deux critiques à émettre sur ce livre: la première, c'est le parti-pris résolument en faveur de Billy qui est affiché par l'auteur, surtout dans la troisième partie. Non seulement il ne remet jamais en cause l'existence des personnalités multiples (ce qui semble normal si elle est attestée par pas moins de cinq spécialistes et s'il est persuadé de les rencontrer lui-même), mais il a tendance à subtilement présenter sous un jour négatif ceux qui prennent Billy pour un manipulateur et la populace qui réclame justice pour les viols ou craint pour sa sécurité. Dans une description aux apparences objectives, un petit mot peut faire beaucoup pour aliéner le lecteur à un personnage, et plusieurs de ces petits mots parsèment les compte-rendus des passages devant la cour dans la troisième partie du livre.

Une autre petite critique que je ferais est un manque de soin dans l'édition: j'ai repéré une bonne dizaine d'exemples où il manquait un espace, un point, ou deux mots étaient collés ensemble, et c'est un peu dommage même si ça n'handicape pas la lecture.

Bref, je vous recommande la lecture de ce livre, non pas si vous cherchez un beau morceau de littérature, mais si vous vous souhaitez découvrir ce destin qui sort vraiment du commun.

Pour finir, un passage où l'on discerne bien l'ensemble des personnalités réagissant de façons différentes alors que Billy est seul:

On le jette dans une cellule, nue en dehors d'un matelas recouvert d'une alèse de matière plastique, et l'on referme la porte sur lui. En l'entendant claquer, Ragen bondit. Il va l'enfoncer ! Mais Arthur arrête son geste. Samuel s'empare du projecteur et tombe en prière: "Oy Veh ! Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?" Philip se rue contre la porte en jurant et c'est David qui prend sur lui la douleur. Christine sanglote, à plat ventre sur la paillasse et Adalana sent les larmes qui ruissellent sur ses joues. Christopher s'assied sur son séant et tripote le bout de ses souliers. Tommy entreprend d'examiner la serrure de la porte mais Arthur le tire à l'écart du projecteur. Allen demande à parler à son avocat. April, qu'anime un désir de vengeance, rêve qu'elle met le feu à l'hôpital. Kevin pousse des jurons. Steve l'imite. Lee rit aux éclats. Bobby imagine qu'il s'envole par la fenêtre. Jason pique une violente colère. Mark, Walter, Martin et Timothy arpentent la pièce en divaguant. Shawn émet un bourdonnement. Arthur ne dirige plus les indésirables.

Merci au Livre de Poche pour cette lecture qui m'a beaucoup plu, et à Livraddict pour avoir organisé ce partenariat !

19 novembre 2009

Mes challenges lecture

Toute nouvelle dans le monde de la blogosphère littéraire, je découvre ses rites et ses habitudes. Je constate notamment que tout y est prétexte pour découvrir de nouvelles lectures. L'un des rituels les plus courants est celui des challenges. En fin d'année, ces défis littéraires fleurissent sur la toile, et il faut juste faire attention à ne pas se laisser prendre trop souvent.

Le principe est simple: l'organisateur/trices propose un thème et une série de livres correspondant, et ceux qui s'inscrivent s'engagent à lire un certain nombre de ces livres, généralement dans un délai d'une année. Le participant mentionne le challenge sur son blog et l'organisateur/trice répertorie les résultats des participants. C'est une façon de se mettre au défi en groupe et d'ordonner ses découvertes autour d'un thème commun.

J'ai été raisonnable (pour le moment) et j'ai choisi de suivre deux challenges différents et complémentaires.
Le premier est celui proposé par Boubou, le challenge "100 ans de littérature américaine" consacré à la littérature US du XXème siècle. J'ai immédiatement craqué dessus parce qu'il me convient particulièrement. D'un côté, un très bon ami canadien étudiant en littérature anglo-saxonne ne cesse de me présenter des oeuvres classiques à découvrir, et grâce à lui je sais que de toutes façons je lirai de la grande littérature américaine, alors pourquoi ne pas en faire un challenge ? D'un autre côté, pratique celui-là, en ces temps de vaches maigres je peux commander facilement les classiques anglo-saxons sur internet et en éditions bon marché, ce qui est un avantage non négligeable. J'y ai quand même été prudemment et je me suis engagée pour six livres sur un an. Ce n'est pas énorme, mais je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, et avec tous les partenariats et les livres recommandés sur livraddict, il y aura sûrement de la concurrence...



Le second challenge auquel je participe, c'est celui organisé par Livraddict pour 2010. Là, le principe est de choisir les livres à lire dans la liste des 100 livres les mieux classés sur la bibliothèque virtuelle Bibliomania. La liste a été déterminée dimanche passé, et il y a beaucoup de titres que j'ai déjà lu, certains qui ne m'intéressent pas réellement et quelques-uns que je voulais lire de toutes façons. Du coup là aussi je vais la jouer prudente et m'engager pour six livres, titres à déterminer au fur et à mesure en fonction de mes envies. Je vais essayer de privilégier la littérature francophone comme ça j'aurai un challenge en anglais et un challenge en français. Quand je vous dis que ces deux-là sont complémentaires...




Voilà, affaire à suivre, et rendez-vous dans un an pour le bilan !

15 novembre 2009

Une vie de Pintades à Paris, de Layla Demay et Laure Watrin

L'intérêt principal des livres reçus en partenariat avec des maisons d'éditions, c'est qu'on en vient à découvrir des livres qui normalement n'auraient jamais atterri dans notre bibliothèque. C'est comme ça que moi qui évite généralement la "chick-lit" (littérature destinée aux femmes), qui ne suis pas fan du rose, qui n'ai jamais habité Paris et qui suis incapable de caqueter, je me suis retrouvée à lire une histoire de Pintades à Paris.


Résumé:

Dans le monde de la pintade, ces femmes d'aujourd'hui "sérieuse et frivole à la fois", la Parisienne est une espèce à part. Râleuse, frondeuse, coquette, débrouillarde, adorable et insupportable, la pintade parisienne mérite largement qu'on lui consacre un ouvrage. Comment survit-elle dans la jungle d'une ville surpeuplée ? Comment s'habille-t-elle, comment se déplace-t-elle, comment éduque-t-elle ses enfants ? Où va-t-elle boire un verre, manger un bout, nager quelques longueurs, se faire masser ? Qu'est-ce qui l'amuse, qu'est-ce qui l'énerve et qu'est-ce qui la fait bouger ? Au fil de ce livre, vous apprendrez tout des moeurs et habitudes de la belle Pintade à Paris.


Mon avis:

En recevant ce livre, je ne sais pas trop ce que j'attendais. Quelque chose comme un long article de Cosmopolitan, peut-être, même si je ne lis jamais Cosmo parce que je ne comprends pas la moitié de ce qu'ils racontent. Pauvre de moi, je ne suis pas "trendy", je ne connais aucun "designer" et j'ai dû vérifier sur internet ce qu'était un "sac Birkin"; pire, je ne suis jamais sortie en boîte à Paris, j'ignore le prix d'un café sur les Champs Elysées, et si je croisais un "people" dans la rue, je ne le/la reconnaîtrais pas... Bref, je m'attendais à être complètement larguée trois page après la couverture rose.

Grave erreur ! Il y a bien une petite odeur de Cosmo là-dedans, dans le choix de certains sujets surtout (les ventes privées, la mode, les salons de massage ou de coiffure,...). Mais c'est avant tout une étude de moeurs pleine d'humour. En réalité, ça m'a surtout fait penser aux intros des Guides du Routard, vous savez, ces premiers chapitres où ils vous briefent sur la vie du pays que vous allez visiter sur un ton à la fois didactique et moqueur. Même style, même principe: les deux auteures des "pintades" nous emmènent dans les boudoirs féminins de la capitale française pour rire un peu avec/de leurs propriétaires. Sans compter que chaque chapitre se termine sur un petit carnet de bonnes adresses, comme tout guide qui se respecte.

Mais on y trouve aussi des petits portraits amusants ou touchants de femmes en tous genres, plutôt du style "petite tranche de vie" qui vous laissent un sourire attendri, et quelques expériences bien féminines et très peu scientifiques (tel que: débarquer chez le coiffeur des stars sans être une habituée), qui vous dévoilent un peu les injustices d'une vie de Pintade. A la fois étude sociologique, magazine féminin et long billet humoristique, ce petit livre rose ne s'adresse pas uniquement à celles qui s'y reconnaîtront puisqu'il m'a amusée moi aussi.

Alors, c'est écrit pour qui ? Peut-être pas pour les hommes - ou alors, uniquement pour les compagnons des pintades si bien décrites, mais ce serait un peu cruel. En-dehors des principales destinataires, les Parisiennes elles-mêmes, je verrais bien "Une vie de Pintades à Paris" glissée dans le sac de la touriste francophone, à la fois curieuse de la faune locale et à la recherche de bons plans. J'imagine que c'est la lecture parfaite pour occuper le trajet en TGV à l'aller, et à ressortir une fois sur place pour y dénicher les bons plans que le "Lonely Planet" du conjoint n'aura même pas remarqué.

Une dernière chose appréciable: la présentation. Couverture glacée, pages bien blanches qui sentent le neuf, polices variées et soignées, illustrations à chaque chapitre. Pour une fois, un livre de poche qui sent un peu le luxe, ça fait toujours plaisir. Bref, une petite lecture sympa, rien de transcendant, un truc de filles, quoi !

Pour terminer, une petite bouchée du gâteau:

Parce que, évidemment, dans le métro, le principal problème des Parisiens, en-dehors des grèves, c'est les Parisiens. Sous terre (et à l'air libre d'ailleurs), la Parisian attitude n'est pas exactement synonyme de civisme et de discipline. Il y a des gestes qui coûtent: laisser les autres sortir avant d'entrer dans la rame, se diriger vers le fond ("Arrêtez de pousser !") ou se lever de son strapontin quand il y a du monde. La pintade enceinte expérimente la charité mal ordonnée de ses congénères qui, alors qu'elle ne distingue plus ses pieds tant son ventre est rond, ne la "voient" pas quand elle monte. Ce qui l'oblige (enfin, celle qui ose) à se planter devant des grands gars costauds (au hasard) pour leur demander gentiment si cela ne les dérangerait pas trop de se lever. Regards dans le vide ou yeux rivés au sol... Son audace lui vaut parfois des réponses de gentleman: "Et pourquoi moi ?" Heureusement, la solidarité féminine n'est pas un mythe: les femmes sont celles qui se lèvent le plus spontanément.
Entendu dans le RER A (quatre cent malaises par an en moyenne), une fin d'après-midi caniculaire sans air conditionné sous terre: "Oh lala, je sens que je vais tomber dans les pommes", dit une jeune femme écrasée de chaleur et de monde. Réponse d'un de ses voisins: "Vous inquiétez pas, vu le monde qu'on est, vous ne risquez pas de tomber !"

Je l'ai dit ? Non ? Bon, ben: merci aux éditions du Livre de Poche et à Livraddict pour la découverte :)

13 novembre 2009

Les accommodements raisonnables, de Jean-Paul Dubois


Je vous présente aujourd'hui le tout premier livre que j'aie reçu grâce aux partenariats du site Livraddict. Il a été envoyé gratuitement par les éditions Points pour que je puisse le découvrir et le faire découvrir à mes lecteurs. Je n'en connaissais donc que le titre, l'auteur et la quatrième de couverture; c'est une totale nouveauté que je ne regrette absolument pas.


Résumé:

Paul Stern passe par une période difficile. Depuis la mort de son oncle riche et dévoyé, son vieux père semble avoir décidé de le remplacer et jette par dessus-bord tous les principes moraux qu'il a inculqués à son fils. Anna, l'épouse de Paul, se noie depuis des mois dans une mer de dépression où personne ne semble pouvoir l'atteindre. Ses enfants lui sont presque étrangers, et ce sont ses petits-fils qui lui paraissent les membres les plus mûrs de sa famille. Au point de vue professionnel non plus, ça ne va pas très fort: son boulot de "script doctor", chargé de réécrire des scénarios de films ou de séries, lui semble terriblement superficiel. C'est pourquoi, quand Paul reçoit une offre d'emploi de plusieurs mois à Hollywood, il saute sur cette occasion et prend consciemment la fuite. Mais dans la ville du cinéma, où les tentations sont nombreuses et les vies désordonnées, Paul doit sans cesse s'octroyer des "accommodements raisonnables" entre sa morale et ses besoins, sa conscience et ses envies, sans savoir jusqu'où ces compromis le mèneront.


Mon avis:

C'est le premier livre que je lis de Paul Dubois, un auteur dont je n'avais jamais entendu parler, et je l'ai lu sans avoir croisé la moindre critique, donc sans le moindre a-priori. Au cours de ma lecture, je me suis souvent demandé si j'aimais ou pas. Au final, la réponse est positive: c'est une histoire un peu lente, un peu lourde, un peu dérangeante, mais que j'ai appréciée.

Parmi les points positifs, j'accorde la première place au style de l'écriture. C'est joliment écrit, à la première personne, sur un ton très naturel et pourtant recherché. Le vocabulaire est varié, sans tomber dans le travers de certains auteurs qui donnent l'impression d'avoir remplacé tous les mots trop communs par des synonymes trouvés dans le dictionnaire et pas toujours bien compris.

Au niveau de l'intrigue, ceux qui recherchent de l'action vont être déçus. L'histoire avance pas à pas, mois après mois, mais les pages sont plutôt remplies d'une longue introspection. L'atmosphère est assez sombre puisqu'elle est vue au travers des yeux d'un homme désabusé ascendant cynique qui voit tous ses repères s'écrouler un à un. Le monde décrit est ancré dans un passé récent (celui de l'élection de Sarkozy, de la grève des scénaristes d'Hollywood) et parsemé de quelques noms connus (surtout des acteurs américains), ce qui rapproche le héro du lecteur, mais les extravagances des personnages aussi bien en France qu'aux Etats-Unis plongent tout ceci dans une brume d'irréalité qui donne à l'ensemble le goût d'un monde parallèle.

Ce qui m'a le plus dérangée dans tout ceci, c'est l'attitude du narrateur, Paul. C'est un grand passif qui se laisse écraser par le destin, par ses pulsions et par les autres. Il donne a lui tout seul le titre du roman en ne cessant d'agir à l'inverse de ce qu'il sait être bien ou juste: il se laisse mettre à l'écart par sa femme et son psy, tout en réalisant qu'ils l'empêchent de jouer le rôle du mari qu'on attend de lui; il s'enfuit dès qu'il en a la possibilité, laissant derrière lui ses devoirs et sa culpabilité; il abdique immédiatement face à ses pulsions dès qu'elles le poussent à faire ce qu'il sait être mal; il se laisse consciemment manipuler par les grands pontes du cinéma qui en font un traître à ses collègues; il va même jusqu'à se faire torturer le dos par un charlatan et boire le jus dégoûtant produit par un champignon, juste parce qu'on lui a dit qu'il en avait besoin. A chaque pas, il sait pertinemment qu'il s'enfonce un peu plus loin de ses principes et de sa dignité, mais il accepte, passivement, au nom des "accommodements raisonnables" qui lui permettent de vivre.

Du coup, j'espérais presque que justice soit faite et qu'il récolte les épines des roses qu'il cueillait. Je voulais aussi savoir jusqu'où il irait avant de se noyer. Et c'est là que ce livre fait réfléchir: jusqu'où peut-on aller sans perdre pied, avant de ne plus pouvoir se regarder dans un miroir ? L'auteur ne donne pas de réponse, puisqu'il termine son roman par une petite volte-face un peu décevante. Je me demande encore si son but était de persuader le lecteur que les accommodements que nous faisons avec notre conscience sont nécessaires et raisonnables, s'ils permettent de poursuivre sur un meilleur pied. Si c'est le cas, il n'a pas atteint son but avec moi: je reste persuadée que dans l'histoire de Paul, tout aurait pu - peut-être même, aurait dû - se finir très différemment. Mais ça ne m'empêche pas de le remercier pour un roman que j'ai parcouru de bout en bout avec plaisir, et pour un questionnement qui en vaut la peine.

Avant de terminer, un passage tiré des dernières pages mais qui résume bien l'état d'esprit de Paul tout au long du livre:
Il me fallut un certain temps pour comprendre que ma famille venait de vivre une année singulière, une période que nous n'avions jamais connue jusque-là et qui nous avait tous amenés à nous enfuir droit devant nous, pareils à des animaux qui détalent devant un incendie. Mon père avait basculé le premier, Anna ensuite, et moi enfin. Nous étions partis chacun dans des directions lointaines ou opposées, aveuglés par diverses formes de paniques, comme si quelque chose d'impérieux nous chassait de nos vies. L'origine de cette étrange épidémie rôdait quelque part en nous-mêmes. Les accommodements raisonnables que nous avions tacitement conclus nous mettaient pour un temps à l'abri d'un nouveau séisme, mais le mal était toujours là, tapi en chacun de nous, derrière chaque porte, prêt à resurgir.
Encore une fois, merci à Livraddict et aux Editions Points pour cette découverte !

7 novembre 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Il y a deux jours a eu lieu le tout premier Book Club sur Livraddict. Le Book Club, c'est une idée géniale de Jess qui nous a proposé de nous réunir pour lire ensemble un même livre et en discuter sur le forum, un certain jour à une certaine heure. De cette façon on peut entamer un réel débat d'opinions avec d'autres lecteurs. Depuis sa création, livraddict organise un Book Club par mois, portant sur un livre choisi par referendum deux mois à l'avance.

Cette fois-ci, donc, nous avions décidé de lire "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" (en anglais: The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society), de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Sous ce titre original se cache une petite histoire sympathique que j'avais envie de découvrir. Voici donc ma critique personnelle, enrichie des commentaires d'autres lecteurs.


Résumé:

Londres, quelques mois après la fin de la deuxième guerre mondiale. La jeune et pétillante Juliet Ashton est en pleine campagne de promotion pour son premier livre, un recueil de textes humoristiques qu'elle publiait dans les journaux pendant la guerre, lorsqu'elle reçoit une lettre d'un inconnu, Dawsey Adams. Celui-ci affirme être un habitant de l'île de Guernesey, posséder un livre qui lui a appartenu et souhaite quelques informations sur l'auteur. Au cours de leur correspondance, Juliet fait la connaissance d'une société littéraire au nom bizarre, créée sur l'île de Guernesey pour tromper l'occupant allemand après une réunion illégale. Sentant venir l'inspiration pour un nouveau livre, Juliet écrit et reçoit des lettres de plusieurs des membres de cette société, et découvre un petit microcosme de villageois attendrissants qui lui racontent leur vie pendant la guerre.


Mon avis:

Je dois dire que j'ai été séduite par cette lecture facile et agréable, touchante et amusante à la fois. Ce livre est écrit sous la forme épistolaire, un genre que j'aime assez pour le côté intime qu'il dégage, l'impression que chaque lettre nous est un peu destinée. Si l'histoire se construit autour d'une intrigue assez simple, elle sert surtout de support pour une série de flash-backs sur la vie de cette île anglaise occupée pendant toute la guerre. Les membres du cercle littéraire lui présentent chacun à sa façon, sur le mode naïf et touchant, une période de leur vie qui a été extrêmement dure. Pièce par pièce on reconstruit ainsi une île où les habitants ont faim, dont certains se cachent, où ils doivent subir les réquisitions et la vue d'un camp de concentration dressé sous leurs yeux où de jeunes étrangers meurent par milliers. On mesure la douleur d'avoir dû se séparer leurs enfants pour les protéger, la honte de ne plus pouvoir se laver par manque de savon. On revit avec eux tous ces petits détails qui rendent la vie si difficile en temps de guerre, mais présentés avec une touche de naïveté qui leur évite le ton effroyable des témoignages les plus durs.

Si j'ai été réellement séduite sur le moment, je ne peux que me ranger à certaines critiques que d'autres lecteurs ont relevé au cours du Book Club. La plus pertinente est celle à propos du dénouement final, une histoire d'amour prévisible depuis la moitié du livre et présentée sans surprise. On m'a aussi fait remarquer que le style d'écriture des différentes lettres est trop similaire pour être crédible, étant donné les différences d'éducation entre les protagonistes, et je ne peux qu'approuver:  j'ai senti quelques nuances, mais elles restent légères. J'ai par contre beaucoup aimé les personnages hauts en couleurs et les liens qui les unissent, même si au début on se mélange un peu les pinceaux au milieu de tous ces noms.

Voilà, une oeuvre attendrissante que j'ai lue et que je relirai avec plaisir. Si vous souhaitez un résumé des débats du Book Club sous forme de critique commune, vous trouverez ça sur le blog de Livraddict. Au mois de décembre, nous discuterons ensemble de la nouvelle "Le drôle de Noël de Scrooge", de Charles Dickens. N'hésitez pas à venir vous inscrire pour participer à nos débats !

3 novembre 2009

Papa-Longues-Jambes, de Jean Webster.

Personne ne pourra me dire que je ne varie pas mes styles de lecture. Après un passage par la bit-lit, je fais un détour vers le roman épistolaire classé "jeunesse". J'avais croisé Papa-Longues-Jambes il y a de longues années, à l'époque où je recevais encore des Folios Junior pour mon anniversaire, et il m'avait laissé un souvenir lointain mais agréable. Je l'ai maintenant relu en anglais, de façon à pouvoir opérer une double comparaison: langue originale vs. traduction et lecture d'adolescente vs. lecture d'adulte.


Résumé:

Judy Abbott a passé les 17 ans de sa vie dans un orphelinat, et il est maintenant temps de lui trouver une situation. Après avoir lu une de ses dissertations, un généreux bienfaiteur qui souhaite rester anonyme lui propose un marché: il lui offre quatre ans d'études à l'université pour qu'elle devienne écrivain, en échange de quoi elle doit lui écrire chaque mois une lettre décrivant sa nouvelle vie. Judy se confie donc à cet homme dont elle ne connaît que la silhouette allongée entrevue à l'orphelinat, et qu'elle surnomme affectueusement Papa-Longues-Jambes. Au travers de ses lettres, on découvre la vie d'une jeune étudiante joyeuse, spontanée et en quête d'affection.


Mon avis:

Si les lettres de Judy sont datées en jour et en mois pour donner une idée de la chronologie, l'année n'est pas précisée. Mais ce roman ayant été publié en 1912, ça laisse deviner l'époque qu'il décrit.

Miss Jerusha Abbott est donc une gentille orpheline élevée dans un home. Ce n'est pas le Lowood de Jane Eyre, elle semble y avoir été bien traitée, mais malgré tout on lui a fait comprendre qu'elle est élevée par charité: elle hérite des vêtements offerts aux pauvres, elle est destinée à devenir bonne-à-tout-faire ou quelque chose comme ça, et si elle n'a pas déjà quitté l'école à 14 ans, c'est uniquement parce qu'elle est une élève brillante et qu'elle travaille à l'orphelinat pour payer son entretien. Dans le monde du début du siècle, on n'est rien si l'on n'a pas une famille respectable. Alors bien entendu, l'offre du généreux bienfaiteur est une véritable aubaine: la voilà envoyée au collège où l'on éduque les jeunes filles de bonne famille pour qu'elles se rendent utiles avant de se marier. C'est un peu un autre monde dans lequel elle arrive...

Là où l'histoire devient originale, c'est d'abord la condition du bienfaiteur: il ne veut pas avoir à faire le moindre effort pour elle à part lui payer ses études, mais il lui demande de lui écrire des lettres auxquelles il ne répondra pas. Et puis, deuxième surprise: le caractère et la façon d'écrire de Judy. N'importe qui d'autre, à son époque et dans sa situation, aurait produit des missives respectueuses, organisées, limitées aux cours et aux remerciements pour cette énorme faveur qu'elle reçoit. Mais Judy considère d'emblée ce monsieur inconnu comme un ami, pire, comme sa famille toute entière, et elle se confie. Elle écrit très spontanément, elle décrit sa vie avec beaucoup d'humour et de chaleur, et on ne peut s'empêcher de l'aimer dès la première lettre: elle est tout simplement adorable.

L'adolescente que j'étais à la première lecture avait beaucoup aimé Judy, la parfaite grande soeur. J'avais aussi aimé me plonger dans la vie du début du siècle, dans cet internat pour jeunes filles, les bals, les activités sociales et la vie de tous les jours, différente et à la fois semblable à la mienne. Et puis le mystère de Papa-Longues-Jambes et la petite histoire d'amour avaient ajouté une légère touche romantique qui m'avait bien plu.

L'adulte que je suis a aimé le livre un peu différement. J'ai à nouveau été séduite par Judy, cette fois-ci comme une petite soeur trop mignonne, touchante dans sa timidité, ses découvertes, sa naïveté et son enthousiasme. Mais pour des lecteurs pas trop naïfs, le petit mystère est très vite éclairci. Et puis cette fois-ci, son monde me paraît réellement différent du mien: la hiérarchie sociale terriblement pressante transparaît au travers des paroles de Judy, qui n'ignore pas qu'elle n'a aucun droit sans parents ou sans argent, quelles que soient ses qualités personnelles. Et tout à coup, elle est plongée dans le monde des enfants heureux, et elle y est obligée de mentir sur ses origines pour faire bonne impression. De plus, j'ai cette fois-ci ressenti l'arrière-goût légèrement amer de cette histoire: le besoin d'affection si pressant de ces enfants sans famille. En plus d'un journal amusant et d'une petite histoire d'amour, mes yeux d'adultes y ont lu un côté touchant et attendrissant que je n'avais pas repéré à la première lecture. Une raison en plus pour aimer ce livre.

Bref, une lecture facile, courte, très mignonne et touchante; un roman aussi rafraîchissant que son héroïne. En ce qui concerne la langue, je suppose que la traduction a bien reflété le style de l'original parce que j'ai vraiment eu l'impression de retrouver un vieil ami. Je vous le conseille, aux jeunes comme aux vieux !

NB: Pour info, je viens d'apprendre qu'il y a une suite, "Dear Enemy", qui raconte les aventures de l'amie de Judy, Sally, en directrice d'orphelinat. J'ignore le titre en français, mais si vous lisez l'anglais, Dear Enemy est disponible en ligne, notamment sur le site du Projet Gutenberg.