28 avril 2010

Un joueur de poker, de Jean-Sébastien Hongre

"Un joueur de poker" a fait l'objet d'un partenariat spécial entre Livraddict et son auteur, Jean-Sébastien Hongre. Ca signifie que des exemplaires du livre étaient envoyés à des bloggeurs, qui en plus de publier une critique participeraient à un "book club" (une discussion en temps réel sur le forum de livraddict) et à une séance de questions-réponses avec l'auteur. J'adore ce genre d'aventure très complète qui permet de mettre en perspective son propre ressenti de lecteur/lectrice avec celui d'autres participants ainsi qu'avec les intentions de l'auteur lui-même. C'est un double échange toujours instructif, auquel ce livre se prête très bien !


Résumé:

Antoine, la quarantaine, est un faible qui le sait. Depuis longtemps il a laissé la maîtrise de sa vie entre les mains de sa compagne et va bientôt devenir père sans avoir été consulté. Mais la découverte accidentelle du jeu de poker chez des amis, pour lequel il s'avère étrangement doué, va lui offrir l'opportunité de s'affirmer enfin... et le mener beaucoup plus loin qu'il ne l'aurait voulu.


Mon avis:

Ce livre a, à mes yeux, de grandes qualités et quelques petits défauts. Les grandes qualités ont fait que je l'ai dévoré en une soirée ; les quelques défauts vont me permettre de vous écrire un joli billet tout en nuances.

Tout d'abord, avis à ceux qui détestent le poker et qu'un livre à ce sujet rebute : je n'aime pas vraiment ce jeu moi-même. J'y ai joué quelques fois et j'ai beaucoup plus apprécié le plaisir de la compagnie que la partie en elle-même. Mais ça ne m'a pas empêché de dévorer ce livre. Car le sujet n'en est pas vraiment le jeu, mais plutôt l'addiction d'Antoine. Il aurait pu tout aussi bien devenir accro aux jeux vidéos et le scénario n'en aurait pas été fondamentalement modifié. C'est la relation de dépendance qu'Antoine se crée qui est importante, ainsi que le rôle de défouloir pour sa personnalité qu'il trouve dans le jeu.

Car Antoine est faible, c'est le moins qu'on puisse dire. Il s'en rend compte et du début jusqu'à la fin commet erreur sur erreur. J'ai eu un peu de mal à ressentir pour lui autre chose que de la pitié, mais la curiosité de savoir où toute cette aventure va le mener est bien suffisant pour accrocher le lecteur. Si je ne me suis pas privée de détester cordialement sa compagne Pascale, une personnage sans nuances et sans explications, j'ai un peu regretté que ses motivations à elle ne soient pas approfondies : je ne comprends pas son comportement, mais il n'y a peut-être rien à comprendre.

Parmi les défauts du livre, je citerais un début trop rapide à mon goût. Le décor est planté en deux temps trois mouvements, et j'aurais aimé que la touche soit plus légère, que l'auteur prenne un peu plus son temps. C'est là une opinion toute personnelle. Par contre j'ai beaucoup aimé le suspense final et son dénouement assez imprévu, bien calculé pour ne tomber ni dans le "happy end" incroyable ni dans la déception trop évidente.

Au total, c'est une lecture rapide, facile, pas trop légère et plaisante. Une plongée dans le monde des addictions et de la folie graduelle où l'on suit Antoine pas à pas et sans avoir envie de le lâcher à aucun moment. La mise en page des éditions Anne Carrière est très agréable, la couverture sobre et classe. Au moment où j'écris ce billet, je ne sais pas encore quel est l'avis des autres participants à ce partenariat, mais pour ma part c'est une agréable découverte.

Merci à Livraddict, aux éditions Anne Carrière et à Heclea pour m'avoir mis ce livre entre les mains !


D'autres avis :
- celui d'Heclea, pour qui ce fut un véritable coup de coeur ;
- l'avis de Malou, qui y a trouvé une bonne surprise ;
- le billet de Lexounet, qui s'est véritablement identifié au héro ;
- l'avis de Valérie, qui elle n'a pas vraiment aimé.

Mais aussi :
- la page Bibliomania du livre, avec tous les renseignements le concernant ;
- la page Facebook du livre
- la discussion du Book Club a lieu sur ces pages.

24 avril 2010

Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne

Pour ma première lecture commune, je me suis laissée entraîner par mes "collègues" de la Livraddict Team pour une relecture de l'un des romans les plus célèbres d'un des écrivains français les plus connus. Et je suis impatiente de savoir ce que mes co-lecteurs (lectrices) en ont pensé ! En attendant, voici mon avis...


Résumé:

En cette année 1866, la marine mondiale est en émoi: plusieurs bateau ont vu ou se sont même fait embrocher par un monstre noir, lumineux la nuit, qui se déplace sans bruit à très grande vitesse et suivant une volonté propre. Un navire est affrété pour partir à sa poursuite et en débarrasser les mers, puisqu'il constitue un danger pour la navigation. A son bord, le savant spécialiste de la faune sous-marine Pierre Aronnax et Conseil, son fidèle domestique. Mais lorsque le monstre est enfin découvert, Aronnax, Conseil et le chasseur de baleine canadien Ned Land sont précipités hors du navire, et se retrouvent sur le dos de la bête... qui est en fait un fabuleux sous-marin, le Nautilus, construit et manoeuvré par un homme mystérieux hostile à l'humanité, le capitaine Nemo. Les trois hommes sont recueillis à son bord, à la fois invités et prisonniers. Commence alors un voyage fantastique sous les mers, où les découvertes extraordinaires se suivent mois après mois...


Mon avis:

Tout d'abord, ceci n'est pas ma première lecture de ce livre. La première datait de mon enfance, au moment où j'ai dévoré en série une bonne partie des Jules Verne. A l'époque celui-ci ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable : j'avais préféré "Voyage au centre de la terre", qui parlait plus à mon imagination, ou "Les tribulations d'un Chinois en Chine", dont j'avais beaucoup aimé l'humour. Mais le voyage sous les mers m'avait moins marquée: des images sous-marines, je pouvais en voir à la télévision dans les reportages du commandant Cousteau... Une mini-anecdote qui me fait sourire aujourd'hui : à l'époque, je savais déjà que la lieue était une unité de mesure supérieure au kilomètre, mais j'imaginais que le sous-marin allait plonger 20 000 lieues sous les mers... en profondeur !

Il est vrai que ce roman a un peu vieilli. L'électricité, la fée mystérieuse qui fait fonctionner le Nautilus, a depuis longtemps été domestiquée. Les sous-marins sont légions, on a largement exploré le fond des mers et les images sont accessibles à tout le monde. Parfois certaines découvertes du capitaine Nemo prêtent d'ailleurs à sourire : on sait maintenant qu'il n'aurait pu atteindre le pôle sud sous les eaux, puisque l'Antarctique est un continent. D'autres passages sont plus choquants car très loin des préoccupations actuelles : les héros ont beau être des savants passionnés par le monde sous-marin, ils n'ont aucune notion de préservation des espèces. Dans ce passage par exemple, où le Nautilus croise une bête particulièrement rare:
"Non, dis-je à Conseil, ce n'est point une sirène, mais un être curieux dont il reste à peine quelques échantillons dans la mer Rouge. C'es un dugong. [...]
- Ah ! fit le Canadien, cette bête-là se donne aussi le luxe d'être bonne à manger ?
- Oui, maître Land. Sa chair, une viande véritable, est extrêmement estimée, et on la réserve dans toute la Malaisie pour la table des princes. Aussi fait-on à cet excellent animal une chasse tellement acharnée que, de même que le lamantin, son congénère, il devient de plus en plus rare.
- Alors, monsieur le captiaine, dit sérieusement Conseil, si par hasard celui-ci était le dernier de sa race, ne conviendrait-il pas de l'épargner - dans l'intérêt de la science ?
- Peut-être répliqua le Canadien ; mais, dans l'intérêt de la cuisine, il vaut mieux lui donner la chasse.
- Faites donc, maître Land", répondit le capitaine Nemo.
Ils se permettent aussi de déclarer que le cachalot est une bête nuisible et d'en exterminer tout un banc... Le capitaine Nemo n'aurait pas été très populaire auprès de Greenpeace !

Ceci dit, si l'on entame la lecture en se souvenant de l'époque à laquelle Verne a écrit ce roman, on peut apprécier pleinement sa capacité d'anticipation. A l'époque, on ne faisait qu'entrevoir le potentiel de l'électricité, et les seuls sous-marins existant plongeaient de quelques mètres dans la Seine ! Le fait que les images et la machine décrits par Verne nous soient si familiers nous prouvent qu'il a touché très juste dans ses extrapolations. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire le livre sous cet angle, à comparer les anticipations de l'auteur avec la réalité telle que nous la connaissons aujourd'hui, les connaissances du professeur Aronnax et du capitaine Nemo avec celles apprises à l'école au XXIème siècle. Et c'est aussi amusant qu'époustoufflant !

Si la narration est généralement très active et pleine de scènes aventuresques, il y a aussi de longs passages descriptifs. Le narrateur, bien dans son rôle de savant, prend le temps de lister les plantes, poissons, coraux et autres qu'il croise pendant son périple. Je conçois très bien que ces passages peuvent sembler longs et pénibles pour de nombreux lecteurs, mais je n'en ai sauté aucun. J'aime la façon dont les descriptions sont faites, car chaque nom est au moins accompagné d'un petit détail sur l'animal qui ressemble à une anecdote : telle bestiole est mangée de telle façon, telle bestiole a une habitude bizarre, telle bestiole ressemble à ceci... Ce n'est donc pas juste une liste sèche, et si on n'en retient rien vu le nombre de noms et de qualificatifs, au moins sur le moment ces énumérations sont plutôt amusantes qu'ennuyeuses à mes yeux. Et j'admire toute la documentation que l'auteur a rassemblée !

Bref, c'est une lecture que j'ai beaucoup appréciée, et mieux que la première fois. Je l'ai trouvée à la fois amusante et instructive. Le gros plus dans ma lecture, ce fut la magnifique édition du Livre de Poche que je m'étais procurée. La couverture, rouge et argent, reprend celle de la version originale dans une version tricolore magnifique (mal rendue par l'image ci-dessus), et à l'intérieur on retrouve les gravures de la première édition. Au début il y a aussi une préface intéressante, et à la fin, une biographie de Jules Verne. J'ai rarement vu une mise en page en poche aussi belle, et j'avais beaucoup de plaisir à sortir ce livre en public !


Voilà, il ne vous reste plus qu'à aller lire les avis de mes co-lecteurs:
- Fée Bourbonnaise
- Heclea
- Thalia
- Baba
- El Jc
- Mallou
- Emeralda
...ou à retrouver toutes les informations du livre sur sa page Bibliomania.

17 avril 2010

La fin des temps, d'Haruki Murakami

Voici un livre qui m'a été prêté et chaudement recommandé par Miss Spooky Muffin. Elle a écrit un article très élogieux à son propos sur son blog, mais d'un autre côté, au moment de me le prêter, elle était incapable de résumer l'histoire... J'étais donc plutôt intriguée !


Résumé:

Pour se rendre au rendez-vous d'un vieux savant qui l'a engagé, un informaticien prend un ascenseur tellement lent qu'on ne sait pas s'il monte ou descend, puis suit une jeune fille boulotte qui parle un language incompréhensible sur des kilomètres de couloir, avant d'emprunter un passage secret qui l'emmène le long d'une rivière souterraine sous la ville de Tokyo. Une fois arrivé à destination, sa tâche est de crypter des données en les faisant passer d'un hémisphère de son cerveau à l'autre. Il ne sait pas encore que ce boulot apparemment classique (pour lui) va l'emmener jusqu'à la fin du monde...


Mon avis:

Au moment de chroniquer, je me retrouve avec le même problème que Miss Spooky Muffin: comment décrire un livre pareil ?

Alors commençons par ce qui est le plus facile à expliquer. Le livre se présente sous forme de deux sortes de chapitres alternés: ceux intitulés "Pays des merveilles sans merci", qui racontent les aventures de l'informaticien, et ceux sur "La fin du monde". Dans cette deuxième partie est racontée l'histoire d'un nouvel arrivant dans une ville particulière, entourée de hauts murs et parcourue par des licornes. Les deux parties sont décrites de façons très différentes: la partie "Pays des merveilles sans merci" présente a priori un aspect plus réel saupoudré de toute une série d'éléments surnaturels, tandis que "La fin du monde" crée un sentiment général de rêve dans lequel s'incrusent quelques éléments de réalité. Le style de narration est aussi différent, celui de "La fin du monde" étant beaucoup plus posé et poétique que le récit de l'informaticien.

Ce que je craignais le plus, en commençant ma lecture, c'est de tomber sur une oeuvre purement surréaliste où se superposent des tableaux sans que je puisse discerner un sens général. Heureusement pour moi, ce n'est pas du tout le cas: les deux histoires sont tout à fait compréhensibles et cohérentes dans leur irréalité. De façon générale, j'ai eu l'impression d'être plongée dans un de ces rêves où des choses bizarres ne cessent de m'arriver sans que je ne trouve ça étrange avant de me réveiller. C'est un peu l'attitude de l'informaticien: il fait face à toutes les bizarreries de ses aventures avec un stoïcisme presque amusant.

Alors, est-ce que j'ai aimé, ou pas ? Je ne sais pas vraiment. J'ai commencé avec une curiosité qui m'a amenée sans problèmes jusqu'à la moitié. Pendant cette partie-là, c'est surtout les aventures de l'informaticien que je suivais avec avidité. Puis est venu un moment où il me semblait que l'histoire piétinait pendant un long moment; l'informaticien traverse une série d'aventures dans le noir qui ont duré beaucoup trop longtemps à mon goût, tandis que du côté de "La fin du monde", on commence à bien connaître la ville sans en apprendre beaucoup plus. Heureusement, ce passage franchi, l'aventure renaît: le lien entre les deux parties se fait et il se crée un espèce de suspense qui donne envie de poursuivre et qui n'est résolu qu'à la toute fin.

Et là, je dois dire que j'ai été vraiment déçue. Difficile de vous en dire plus sans trop en dévoiler pour ceux qui n'ont pas encore lu ce livre, mais j'espérais vraiment que ça se terminerait autrement. Le côté inéluctable de l'histoire, les opportunités manquées dans le monde réel, tout ça m'a presque mise en colère pour un moment. J'espérais que ça se terminerait autrement, d'une façon qui me surprenne un peu, une "happy end" que j'entrevoyais au loin.

Alors au total, ce que je peux dire c'est que je ne regrette absolument pas cette lecture: c'était extrêmement intéressant, comme une plongée dans un type de littérature qui ne m'est pas habituelle et qui laisse l'impression qu'il y a beaucoup à comprendre. Tout ceci est-il une métaphore ou juste un récit fantastique ? Je peux dire aussi que j'ai atteint là la limite de ce que mon esprit beaucoup trop rationnel peut apprécier pour le moment (j'espère repousser cette limite au fil du temps). Je ne suis pas aussi enthousiaste que les fans de Murakami, tout en comprenant parfaitement ce qu'ils aiment dans ce genre de lecture. Et si j'ai apprécié l'ensemble, certaines parties m'ont parues trop longues et la fin décevante.

Avant de terminer, un passage que j'ai beaucoup aimé:
Je sortis de la réserve, allai prendre l'accordéon dans la poche de mon manteau et revins m'asseoir auprès d'elle. Je passai mes deux mains dans la courroie attachée aux côtés et jouai quelques accords.
- Quel joli son, dit-elle. Ce bruit, c'est comme le bruit du vent ?
- C'est le bruit du vent, répondis-je. On a fabriqué des vents qui rendent différents sons, et on les a assemblés.

Elle ferma les yeux pour mieux tendre l'oreille à l'écho des arpèges.

Je jouai dans l'ordre tous les accords dont je pouvais me souvenir. Puis je pressai doucement des doigts de la main droite en cherchant toute la gamme. Ce n'était pas très mélodieux mais ça m'était égal. Je voulais simplement lui faire entendre tous les sons pareils au vent que produisait l'accordéon. Je n'avais besoin de rien d'autre. Si on laissait son coeur voler dans ce vent tel un oiseau, ça suffisait.

Je ne pourrais jamais abandonner mon coeur, pensais-je. Il pouvait être si lourd par moments, si sombre, et à d'autres moments danser comme un oiseau dans le vent, et il pouvait aussi promener son regard sur l'éternité. Je pouvais sentir mon coeur même dans l'écho de ce petit accordéon.

Pour en savoir plus:
- la page Bibliomania du livre
- deux chroniques très enthousiastes: Miss Spooky Muffin et Livraison.

12 avril 2010

L'apprenti assassin, de Robin Hobb

Depuis que je connais Livraddict, il y a des tas de livres dont je n'avais jamais entendu parler et que soudain j'ai très envie de lire, après avoir croisé de nombreux commentaires élogieux. Ce livre est finalement arrivé dans mes mains quand je me suis rendue compte qu'il faisait partie du challenge Livraddict 2010 et qu'il était disponible à la bibliothèque. Je l'ai terminé il y a quelques jours, et honnêtement, je n'ai pas tellement envie de le rendre...


Résumé:

Fitz naît au Royaume des Six Duchés. Il est le fils illégitime du prince Chevalerie, héritier du trône, et à 6 ans est envoyé à la cour par la famille de sa mère qui n'a pas les moyens de l'entretenir. La position de Fitz est difficile: en tant que "bâtard", il n'a aucun droit, ne reçoit même pas de nom, vit dans les écuries et est traité comme un serviteur; mais son existence oblige son père à abdiquer et à s'exhiler, et son sang l'isole du peuple sans lui permettre d'entrer dans la noblesse. Le jeune Fitz reste donc très seul, avec pour seule compagnie les animaux avec lesquels il crée des liens très particuliers. Jusqu'au jour où le roi, son grand-père, décide de le prendre sous son aile avant qu'il ne devienne un danger et le fait entraîner pour devenir assassin royal dans un pays de plus en plus troublé...


Mon avis:

Décidément, j'ai vraiment de la chance dans mes lectures ces temps-ci: rien que de belles surprises ! On m'avait dit tant de bien de l'assassin royal que j'en attendais beaucoup. Généralement, dans ces cas-là, on a tendance à être déçus... Pas moi !

Il faut dire que la plume de Robin Hobb a un ton très, très juste. Je n'ai pas énormément d'expérience en littérature fantasy mais j'en garde une impression de distance: le monde est magique, intéressant, mais ne ressemble en rien à celui que l'on connaît tous les jours. Ici le monde est également (légèrement) magique, intéressant, mais la vie de Fitz est décrire avec tellement de détails que l'on vit dans le château avec lui. Je peux imaginer avec précision la vie à Buckkeep (désolée, j'ai lu le livre en anglais), la ville, les voyages, la vie au château et en-dehors... L'ensemble ressemble très fort à un Moyen-Age un peu embelli, et grâce à tous les détails et descriptions dont nous abreuve Robin Hobb, on s'y croirait.

Le même réalisme se retrouve dans la descriptions des sentiments de Fitz. Ses liens avec les animaux sont décrits de façon si subtile que tant qu'il ne se rend pas compte de leur anormalité, on ne s'en rend pas compte non plus. Lorsque Fitz passe par des périodes de dépression, on les vit avec lui. Les sentiments qui l'unissent à Burrich et aux autres personnages sont complexes, très mêlés, et on les ressent également. Je me suis tellement attachée à Fitz que quand il était en danger, je n'ai pu laisser tomber le livre avant de savoir ce qui lui arrivait !

La trame est relativement simple mais les intrigues autour du pouvoir sont tordues, sans que l'on s'y perde jamais. Au fur et à mesure que Fitz grandit, les épreuves se dressent devant lui et ce premier tome de la trilogie "L'assassin royal" se termine sur une grave menace pour le Royaume des Six Duchés. L'ensemble répond largement aux règles de la fantasy mais avec, en plus d'un réalisme remarquable, une touche d'originalité dans la position très particulière du héro et dans la menace qui pèse sur les habitants du royaume, le risque d'être "forgé", que j'ai trouvé particulièrement subtil et effrayant.

J'ai apprécié la plume de Robin Hobb dès les premières pages du roman, mais il m'a fallu quelques dizaines de pages pour entrer dans l'histoire. Pourtant, vers le milieu à peu près, j'étais incapable de lâcher le livre, et j'ai terminé les 200 dernières pages d'un seul coup. Je n'ai qu'une hâte: lire la suite, et je me réjouis de savoir que la trilogie a donné naissance à une deuxième trilogie qui la prolonge, et une trilogie parente. Magnifique !

Au passage, c'est le troisième livre (sur 6) pour mon challenge Livraddict. La moitié est atteinte, et c'était rien que du bon !



Plus d'information:
- la page Bibliomania du livre, avec les informations complètes et les critiques des membres;
- la discussion à propos de ce livre sur le forum de Livraddict;
- des avis enthousiastes: Lyra Sullyvan, Iani, Flof13, Véro, Poet24
- un avis plus mitigé: Mina.

11 avril 2010

"L'affaire Jane Eyre" de Jasper Fforde

Encore un livre découvert à l'occasion d'un Book Club, celui du mois d'avril qui a eu lieu il y a quelques jours ! Un auteur que je ne connaissais pas du tout, un titre alléchant pour une fan de Jane Eyre comme moi et un style très particulier... Bref, une belle découverte !


Résumé:

Dans le monde de Thursday Next, la vie en 1985 est bien différente de celle que nous connaissons. L'Angleterre est en guerre contre l'Empire Russe depuis plus de cent ans pour la possession de la Crimée, le gouvernement est sous la coupe d'une société privée et fonctionne grâce à une série d'organisations plus ou moins secrètes, les gens se battent pour des théories littéraires et possèdent des dodos clônés comme animaux de compagnie... Thursday elle-même a participé à la guerre de Crimée et travaille à la Section Spéciale Littéraire, celle qui recherche les criminels piratant les grands auteurs. Elle est lancée sur les traces d'un criminel hors du commun, Acheron Hadès, qui a décidé de s'attaquer aux personnages des livres les plus populaires...


Mon avis:

Comme je l'ai dit plus haut, voilà une très chouette découverte à laquelle je ne m'attendais pas. J'ai particulièrement aimé le monde créé par Jasper Fforde: quelle imagination a cet auteur, c'est impressionnant ! Ses inventions sont pour la plupart originales, ou en tous cas présentées de façon originale. Il y mélange des éléments d'uchronie (changement d'un élément historique pour imaginer le monde qui en découle), avec une touche de science fiction ou fantastique (voyages dans le temps, trous noirs, clonage, inventions surréalistes). Si certains participants du book club ont trouvé difficile d'intégrer toutes les nouveautés du monde de Thursday, personnellement j'ai trouvé qu'elles se mettaient en place assez naturellement. Peut-être est-ce parce que j'ai lu ce livre en anglais et que dans cette langue je ne me tracasse pas trop si un détail m'échappe...

Ce livre est vraiment un mélange de styles que j'ai trouvé assez réussi. Outre le fantastique et l'uchronie, on y retrouve quelques éléments de récits de guerre dans les souvenirs de Thursday qui a participé à un drame de la guerre de Crimée. Il y a aussi une histoire d'amour autour de Thursday, mais qui ne prend pas trop de place heureusement, on ne glisse pas dans la guimauve. Et puis bien sûr, l'intrigue principale prend la forme d'une enquête policière avec une grande partie d'aventures, car Thursday se retrouve toujours là où se déroule l'action.

Mais au final ce qui reste en mémoire, c'est l'idée géniale de faire intervenir les héros dans les personnages de roman, particulièrement ici Jane Eyre. Contrairement à ce qu'on pourrait penser à partir du titre, Jane Eyre n'apparaît que dans le dernier tiers de l'histoire, mais le coeur du roman de Jasper Fforde tourne autour d'elle, et son invention la plus marquante est l'intervention de Thursday Next dans la trame du roman Jane Eyre. En quelques pages, elle en change la trame, et ceux qui connaissent bien l'héroïne de Charlotte Brontë vont se délecter de la façon dont Jasper Fforde exploite les plus petits mystères de l'intrigue pour lui donner une lumière tout à fait nouvelle.

Un autre élément qui m'a séduite, c'est l'humour qui est présent partout: dans les répliques de Thursday, dans la personnalité des autres personnages, dans les inventions de son oncle Mycroft, et jusque dans les nombreux jeux de mots qui parsèment le livre (aussi bien dans sa version originale que dans sa traduction en français, apparemment). La petite touche en plus qui m'a fait sourire c'est que dans l'édition que j'ai entre les mains (la première édition je pense), il y a des interventions de l'histoire dans les pages qui n'ont rien à voir avec le roman. Par exemple, en bas de la page de dédicace, il y a un petit rectangle imitation "tampon" où est écrit que ce livre est conforme aux règles de la Goliath Corporation. Dans les dernières pages, il y a des publicités pour un marchand de dodos et une autre pour encourager les gens à manger des toasts qui est sponsorisée par le département de détection littéraire de Swindon. Un petit détail qui m'a beaucoup séduite !

Enfin, Thursday elle-même m'a particulièrement plue, avec son franc-parler, son humour, son courage et sa fierté dans les histoires de coeur. Le méchant est une caricature du vraiment très méchant, celui qu'on s'attend à ricaner comme dans les dessins animés. Certains personnages secondaires sont également savoureux, comme Mycroft ou le père de Thursday.

Voilà, je crois que vous avez compris: j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et je compte bien découvrir les autres aventures de Thursday Next, qui apparaît dans:
- Délivrez-moi ! (Lost in a Good Book), 2002
- Le Puits des histoires perdues (The Well of Lost Plots), 2003
- Sauvez Hamlet ! (Something Rotten), 2004
- Le Début de la fin (First Among Sequels), 2007.


Pour en savoir plus:
- la page Bibliomania du livre;
- la discussion du Book Club;
- quelques critiques enthousiastes: FrenchDawn, Craklou, latitesib, cocola, Frankie, Bambi_Slaughter, Nane, poet24, Lelf
- des critiques plus mitigées: Lucie, BelledeNuit, Lexounet, Zorane

4 avril 2010

L'invisible, de Stella Rimington

Livraddict proposait il y a quelques temps, en partenariat avec le Livre de Poche, une roman d'espionnage d'autant plus alléchant qu'il a été écrit par une ancienne directrice générale du MI5. Des aventures d'anti-espionnage basées sur l'expérience, ça promettait de belles pages extrêmement intéressantes ! Je me suis donc laissée tenter...


Résumé:

Liz Carlyle est une experte en antiterrorisme du MI5 avec déjà quelques années d'expérience derrière elle. Aussi, lorsqu'un groupe de collègues soupçonne l'intervention prochaine d'un "invisible" sur le sol anglais, elle mesure immédiatement le danger. Un "invisible", c'est la menace terroriste la plus difficile à déjouer, un citoyen du pays cible qui attaque sur son propre territoire, impossible à repérer. Liz sent le danger, rassemble les indices, cumules les déductions et part à la chasse d'un terrible complot sur le point d'être mis en oeuvre...


Mon avis:

Décidément, j'ai pas mal de chance dans mes lectures ces temps-ci: peu de déceptions et beaucoup de bonheur. Le thriller de Stella Rimington n'est pas en reste: j'ai tout simplement adoré ce livre !

D'abord, il y a les personnages et l'atmosphère. Liz est sympathique, crédible dans son rôle d'agent du MI5, l'agence britannique de protection du territoire. Ce n'est pas une version féminine de James Bond (d'ailleurs, lui travaille au MI6); elle rassemble les informations, gère les indics, participe aux réunions... Un travail de bureau, en somme, pour une femme qui s'inquiète aussi de l'état de ses nouvelles chaussures. Les personnages secondaires sont tout aussi mesurés, entre le collègue séduisant et arrogant, le patron flegmatique, l'indic idéaliste, le policier de bonne volonté.

L'auteur n'essaie pas d'embellir le fonctionnement du service qu'elle connaît si bien. Mais en l'état, la vie et le travail de Liz ont tout ce qu'il faut pour qu'on n'oublie pas son caractère exceptionnel: le fait qu'elle ne peut pas parler de son boulot et n'ose pas se lier sérieusement à cause de cela, les conflits de préséance à gérer entre les services, ses relations avec ses collègues et ses scrupules vis-à-vis des indics dont elle met la vie en danger... Autour de Liz se concentre une atmosphère particulièrement crédible, décrite avec juste ce qu'il faut de détails.

L'intrigue s'imprime sur cette trame de fond et constitue le meilleur atout de ce roman. Petit à petit les pions se mettent en place, pour Liz comme pour le lecteur. On suit le jeu du chat et de la souris entre les services secrets associés à la police et l'armée d'un côté, et de l'autre deux terroristes, fanatiques mais finalement pas inhumains. Les deux côtés sont aussi professionnels et résolus l'un que l'autre, et l'ensemble est narré de façon irréprochable, sans exagérations, sans effets de manche. Le suspens se construit ainsi au fur et à mesure, jusqu'au moment où on ne peut plus lâcher le livre des mains. L'actualité internationale nous permet de mesurer le drame qui est en préparation, et plus d'une fois on frissonne en se rendant compte que tout se joue à quelques détails...

Bref, une excellente découverte, un thriller d'espionnage à ne surtout pas manquer pour les amateurs du genre. El Jc me souffle que Stella Rimington a publié jusqu'à présent pas moins de cinq aventures de Liz Carlyle, la dernière en 2009, on peut donc s'attendre à ce que la série s'allonge encore... pour mon plus grand bonheur !

Un grand merci à Livraddict et au Livre de Poche pour cette découverte !


Pour en savoir plus:
- la critique de Flof13, qui partage mon enthousiasme
- la page Bibliomania du livre, qui se remplira bientôt d'autres critiques de lecteurs.