27 octobre 2010

Le tour d'écrou, d'Henry James

J'ai relu récemment une longue nouvelle que j'avais déjà critiquée sur mon blog personnel. Je remets cette critique ici parce que c'est un roman qui m'a particulièrement marquée et qui a sa place sur ces pages, ensuite parce que, en trichant de 2 ans (cette nouvelle a été publiée en 1898), ça me fait gagner un point pour le challenge "100 ans de littérature américaine"... Je n'ai toujours pas abandonné l'idée d'atteindre mes objectifs, même s'il ne me reste plus beaucoup de temps !


"Le tour d'écrou" (The Turn of the Screw) est une longue nouvelle écrite par Henry James, un auteur américain du XIXe siècle. Elle m'a été conseillée par un ami qui étudie la littérature anglo-saxonne et qui la considère comme un chef-d'oeuvre. Je n'en avais jamais entendu parler, mais toujours ouverte à de nouvelles aventures littéraires, j'ai suivi son conseil et je me suis procurée cette "novella", sans rien savoir de son contenu. My God, comme disent certains: quelle découverte...


Résumé:

Un soir de Noël, un groupe d'amis se racontent des histoires de fantômes. L'un d'eux décide de ressortir un manuscrit inédit qui lui a été confiée par une gouvernante maintenant décédée, dans laquelle elle raconte une expérience terrifiante vécue alors qu'elle était jeune. Elle s'était vue confier l'éducation de deux jeunes orphelins par leur oncle qui refuse de s'en occuper. La gouvernante est entièrement sous le charme de ces deux enfants si parfaitement adorables. Cependant, à plusieurs occasions, elle remarque la présence d'un homme et d'une femme inconnus à proximité ou dans la maison, qu'elle identifie par la suite comme une précédente gouvernante et un homme travaillant à la résidence, tous deux proches des enfants et tous deux décédés récemment. De plus, la narratrice est persuadée que les enfants sont également témoins de ces apparitions, sans jamais en parler. A partir de là, il s'installe entre la gouvernante et ses pupilles une atmosphère de suspiction, entre amour irraisonné et non-dits insupportables...


Mon avis:

J'ai terminé cette nouvelle il y a deux semaines et je n'en écris la critique que maintenant, parce que je ne voyais pas comment exprimer tout ce qu'il m'est passé par la tête pendant ma lecture et depuis que je l'ai lue. Il s'agit d'une oeuvre si complexe qu'elle a paraît-il tenu en haleine les critiques professionnels depuis sa parution il y a plus de cent ans. Difficile pour moi de m'attaquer à la rédaction d'un compte-rendu valable... Mais je vais essayer, malgré tout.

Pour commencer, autant le dire tout de suite : cette histoire de fantômes n'est pas une histoire de fantômes. C'est un huis-clos angoissant où les fantômes ne sont que des personnages secondaires, l'étincelle qui vient allumer le feu. Assez rapidement, la gouvernante ne les craint plus et par conséquent, le lecteur non plus; l'angoisse émane plutôt du comportement des enfants, et des non-dits de la gouvernante.

La particularité de cette nouvelle, c'est le mystère permanent qui plane sur l'histoire. A chaque "turn of the screw" (littéralement, "tour de vis") qui devrait faire avancer l'intrigue, les réponses sont moins nombreuses que les questions, et l'ombre enveloppe un peu plus le lecteur. La narratrice s'exprime elle-même par élipses, comme si elle ne voulait pas mettre sur le papier ses pensées les plus affreuses, ses décisions les plus radicales. Sans cesse on ne peut que supposer les hypothèses les plus terribles. Henry James joue avec les nerfs du lecteur comme les meilleurs metteurs en scène de films d'horreur: il a compris que dévoiler le monstre est beaucoup moins effrayant que laisser traîner l'image sur l'ombre dans lequel la bête s'est tapie...

Ce sont les non-dits qui portent cette nouvelle : ceux qui ne sont pas dévoilés au lecteurs, et ceux qui planent entre la gouvernante et ses pupilles. Cette relation est malsaine dès le début, quand elle se laisse aller volontairement à un amour sans ombre pour ces deux enfants aussi incroyablement, surnaturellement parfaits - dont son intuition remet pourtant la sincérité en cause dès la première apparition. On ne comprend pas pourquoi elle n'ose pas les confrontrer, et on en vient à se demander si elle est elle-même sincère...

Tout au long de ce texte, Henry James démontre un talent extraordinaire pour créer une angoisse de plus en plus prenante à partir d'un nombre étonnant réduit de faits. C'est en cela que cette nouvelle est un vrai chef-d'oeuvre: on sens que chaque mot a été choisi avec soin pour tenir le lecteur en haleine tout en faisant progresser l'ombre, pour lui permettre de développer mille hypothèses qui se contredisent les unes les autres tout en aboutissant chacune à une impasse. J'ai moi-même passé quelques heures d'insomnies à énumérer les questions laissées en suspens et à élaborer des explications possibles. Je vous en soumets ici quelques-uns, en blanc pour ne pas gâcher la surprise de ceux qui souhaitent livre cette nouvelle (il suffit de surligner avec la souris pour lire ce passage):
- Pourquoi Miles a-t-il été renvoyé de l'école ? Pour des choses qu'il a raconté aux élèves "qu'il aimait le plus", par conséquent des choses dont il se souvenait avec plaisir - mais il dit aussi que ce sont des choses si horribles qu'elles ne pouvaient être écrites à la maison par les maîtres...
-  Comment se fait-il que seule la gouvernante voie les fantômes ? Toute l'histoire pourrait prendre un sens totalement différent s'ils n'étaient que le fruit de son imagination, si elle pensait lire la duplicité dans les yeux de ses pupilles réellement innocents. Mais alors, comment se fait-il qu'elle ait pu décrire Peter Quint et Miss Jessel sans les avoir rencontrés ? Et comment expliquer la dernière scène, où Miles pense deviner que Miss Jessel est à la fenêtre ?
-  Les enfants sont-ils réellement attirés par les fantômes ? Alors comment se fait-il que Miles insiste pour retourner à l'école ?
-  Quel a été ce comportement si répréhensible, si "libre", de Peter Quint envers Miles ? S'agit-il de ce qu'il a raconté à l'école ? Mais est-ce si répréhensible s'il ne montre aucun signe de souffrance, s'il ne fuit pas les fantômes ?
-  Pourquoi Miles meurt-il à la fin ?  La raison semble être que la gouvernante a réussi à se l'approprier en évinçant Peter Quint, mais ne leur a-t-il pas tourné le dos en demandant à retourner à l'école ?
-  Pourquoi la gouvernante refuse-t-elle de confronter les enfants directement, pourquoi ce jeu du chat et de la souris ? Pour ne pas les blesser, semble-t-il - mais les blesserait-elle vraiment quand ils semblent eux-même dominer le jeu ?  Ou bien parce qu'elle n'est pas sûr d'elle, qu'elle a inconsciemment inventé ces fantômes et le sait ?
Je pourrais continuer la liste très longtemps, mais je vous laisse la compléter...


Au niveau du style, la nouvelle est excessivement bien écrite, avec, comme je l'ai dit, un choix des mots particulièrement attentif. Ce qui peut être un problème pour le lecteur étranger : la construction des phrases avec enchaînement des subordonnées, le vocabulaire un peu démodé ou très recherché est parfois un obstacle, et il m'a fallu de nombreuses fois relire une phrase ou un paragraphe pour en cerner le sens.  D'un autre côté, c'est un plaisir de découvrir une oeuvre où le choix des mots a été aussi soigné et un style narratif aussi complexe qu'intéressant.

Bref, je ne peux que conseiller cette lecture à ceux qui souhaitent une part de mystère et un petit plongeon dans la littérature anglo-saxonne haut-de-gamme. C'est un peu comme lire Camus : ce n'est pas facile, mais c'est puissant, complexe et ça laisse des traces.


Pour en savoir plus :
- la fiche bibliomania du livre :


Challenge :  4/6


26 octobre 2010

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, d'Eric-Emmanuel Schmitt

Aujourd'hui, je vous offre un petit billet-express. Pas torché en deux minutes, non, mais...  vous allez comprendre.


Résumé :

Momo, c'est Moïse, le petit Juif qui vit avec son père neurasthénique dans un appartement sombre. Son seul ami est aussi le plus improbable : Monsieur Ibrahim, le vieil Arabe propriétaire de l'épicerie du coin.  C'est parce que Monsieur Ibrahim est plein d'une grande sagesse improvisée qui deviendra essentielle à Momo quand il se retrouvera vraiment seul.


Mon avis :

Ce livre a pour moi l'image d'un livre express. D'abord, je l'ai reçu par colis supersonique : envoyé par un ami, il est arrivé dans la boîte aux lettres exactement au moment où je recevais l'e-mail m'annonçant qu'il avait été déposé à la poste.  Il a voyagé plus vite que le courrier électronique, ce coquin !

Express aussi parce que, sur sa lancée, il s'est imposé à moi dès son arrivée et je l'ai dévoré sur le temps qu'il m'a fallu pour prendre ma pause déjeuner (pas bien longue pourtant).  Du coup, j'en profite pour écrire ce billet le même jour, pour ne pas briser l'élan.  Aucun livre n'a été commenté plus rapidement ! 

Il faut dire que ce petit roman se lit tellement vite que je parlerais plutôt de nouvelle, si j'osais. D'ailleurs, c'est ce qu'Eric-Emmanuel Schmitt fait de mieux, les nouvelles (ou les courts romans) : au moins, il n'a pas le temps de trop se regarder le nombril. C'est un monsieur qui donne le meilleur de lui-même dans les petites histoires pas trop longues.  Je l'ai beaucoup aimé dans "L'enfant de Noé" et "Oscar et la dame rose", et certaines nouvelles de "Odette Toulemonde et autres histoires" me sont restées en mémoire ; par contre, je n'ai pas pu terminer "La part de l'autre", "Lorsque j'étais une oeuvre d'art" ou "Ma vie avec Mozart" (mais j'ai écouté tout le CD).  

Alors, pour revenir à Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, on pourrait dire qu'il a fallu une police de 14 et des marges bien grasses pour en tirer 85 pages (y-compris 8 pages sans texte au début). Ce qui ne me poserait pas de problèmes si on n'avait pas l'impression qu'il avait un peu bâclé la fin.  Pas vraiment bâclé, peut-être un peu précipité, on va dire.  Mais j'avais tellement aimé ce Monsieur Ibrahim et ses petites perles de sagesse, un peu gentillettes mais si mignonnes, que j'aurais voulu que l'intrigue continue à traîner dans son sillage.

Ceci dit, c'est mignon tout plein.  Moins émotionnel que "Oscar et la dame rose" (qui m'avait fait rire et pleurer en moins de cent pages, un exploit), mais agréable à lire.  Facile, tendre, plein de bons sentiments, amusant, le genre de choses qui vous fait passer un bon moment quand on en a besoin d'un. Pas beaucoup plus, soyons honnête, mais on n'a pas besoin de Victor Hugo tous les jours, pas vrai ?

Bref, je recommande pour une petite heure de sourire !  Et en ce qui me concerne, je me reservirai à l'occasion de ce gentil cachou !


Pour en savoir plus, la fiche bibliomania du livre :

25 octobre 2010

C'est lundi ! Que lisez-vous ? (3)

Et c'est parti pour la troisième édition de cette gentille série !



Qu'est-ce que j'ai lu la semaine passée ? 

J'avais prévu pour la semaine passée d'écouter la fin du "Journal d'une femme de chambre", de lire "Warbreaker" et de terminer "Personne".  Eh bien j'ai lâchement failli à mes devoirs.  J'ai bien écouté le "Journal d'une femme de chambre" (dont vous pouvez lire la critique ci-dessous, d'ailleurs), mais je n'ai pas terminé "Personne" parce que j'ai sans cesse oublié de le remettre dans mon sac (je lis surtout dans les transports en commun), et je n'ai pas avancé d'une ligne sur "Warbreaker" parce que l'Ours dont je partage la tannière a honteusement squatté l'iPad et je n'ai ce livre qu'en version pdf.  

Par contre, j'ai commencé et presque fini "Tu ne jugeras point" d'Armel Job, ce n'était pas du tout prévu mais j'ignore pourquoi, il m'a sauté dans les mains.  J'ai aussi recommencé la lecture de "All the king's men", un roman politique américain des années '60 que j'ai déjà lu une fois il y a longtemps et que je voudrais relire pour le critiquer sur ce blog - et avancer dans mon challenge "100 ans de littérature américaine" que j'ai encore une minuscule chance de terminer à temps.


Qu'est-ce que je lis en ce moment ? 

En voilà une question, qu'elle est bonne !  Le problème avec mon habitude de lire en dilettante, c'est que j'ai du mal à définir ce que je suis en train de lire là maintenant. Comme c'est "All the king's men" qui se trouve auprès de mon lit et dans lequel je me plonge chaque soir, ça doit être ça la bonne réponse. Mais ça risque de changer très prochainement.


Que lirai-je la semaine qui vient ?

Il FAUT que  j'arrive à piquer l'iPad à Mr Ours, parce que j'ai très envie de lire Warbreaker, et puis la date de la lecture commune approche à grands pas ! 

 
Et vous, que lisez-vous ?

23 octobre 2010

Le journal d'une femme de chambre, d'Octave Mirbeau

Comme annoncé précédemment, je vous offre ici un petit billet sur le tout premier livre audio que j'aie écouté d'un bout à l'autre. Une lecture choisie au hasard et assez inattendue...


Résumé :

Célestine, femme de chambre en ce tout début de XXème siècle, commence son journal au moment où elle arrive chez les Lelaire, un couple de riches Normands. La petite soubrette parisienne nous soumet ses impressions sur ce nouvel emploi, sur ses maîtres et compagnons, sur ses expériences passées. Elle nous présente ainsi la vie de domestique, ces petites gens qui voient tout, que l'on exploite et qui se vengent bien...


Mon avis :

Je dois dire que vivre une histoire via un audio-livre est une facon tout à fait différente d'aborder un roman. J'ai toujours eu un peu de mal à m'habituer à une voix étrangère qui vient s'immiscer entre le texte et moi. Mais cette fois-ci, j'avais absolument besoin de quoi occuper efficacement mon esprit pendant deux trajets de cinq heures en voiture et un week-end de travaux en extérieur. Mon petit iPod m'avait déjà beaucoup aidé dans des circonstances similaires avec un peu de musique ou quelques podcasts, alors cette fois-ci, j'ai carrément tenté l'aventure de l'audio-livre.

J'ai donc fait un tour sur le site Littérature Audio.com, qui propose des lectures gratuites de livres tombés dans le domaine public. J'ai choisi au hasard un roman que je ne connaissais absolument pas, le "Journal d'une femme de chambre" en question, parce qu'il figurait dans la liste des audio-livres les plus populaires du site.  Et j'ai tenté l'aventure.

Au début, je vous l'avoue, j'ai eu un peu de mal avec la voix de la lectrice, Victoria, qui me semblait trop traînante et pompeuse.  Mais c'est vite passé, quand je me suis rendue compte que ça collait en fait parfaitement à la narratrice de l'histoire, Célestine. La petite soubrette du XIXème siècle devait avoir une voix comme celle-là et la diction parfaitement maîtrisée de la lectrice fait passer avec beaucoup de naturel le vocabulaire un peu dépassé du roman. J'en suis venue à apprécier de plus en plus la jolie voix et ses intonations parfaites, et j'admire maintenant le talent qu'il faut pour prêter sa voix de cette façon.  Tous n'y arrivent pas aussi bien : depuis, j'ai essayé d'écouter "Le grand Meaulnes" raconté par un homme dont la diction m'a obligée à abandonner l'écoute tant elle me semblait inappropriée...

Le roman en tant que tel est très intéressant. Comme j'ignorais tout de ce roman, je ne savais pas à quelle époque il était écrit et je me suis longtemps demandée si un auteur du XIXème siècle aurait osé écrire ce genre de roman ; eh bien, c'est le cas, puisque "Le journal d'une femme de chambre" a été publié en 1900. On est pourtant loin de la Comtesse de Ségur ! La jeune Célestine, délurée, courageuse, parfois médisante et calculatrice, est surtout particulièrement lucide sur sa situation et sur les dessous de la vie de ses maîtres. Elle parle de la position des domestiques qui sont à la merci de leurs maîtres et traités moins bien que des chiens, à qui l'ont refuse les droits les plus élémentaires ; ceux qui sont du matin au soir dans l'ombre de la maison sans qu'on les considère comme des êtres humains à part entière.  Lorsque Célestine parle de ses expériences et de celles d'autres domestiques qu'elle a croisés, on en reste attéré, et même s'il ne s'agit au fond que d'un roman, on y sent une dénonciation sociale qui tenait à coeur à l'auteur.

Mais il ne s'agit pas d'opposer les gentils domestiques exploités aux méchants bourgeois. Le portrait est beaucoup plus nuancé.  Lorsque les maîtres sont trop gentils, les domestiques n'hésitent pas à les gruger ; et lorsque les domestiques se retrouvent en position de force, ils l'exploitent sans honte. La critique n'est donc pas celle de la bourgeoisie, mais celle de l'humanité qui ne montre son bon côté que quand elle se trouve en position de faiblesse. Célestine elle-même reconnaît ses faiblesses sans culpabilité : elle sait quand elle fait le mal, elle se mèle aux médisances des domestiques, elle s'avoue émoustillée par le meurtre ou le vol... Et une nature au fond très frivolle ajoute un ton d'humour sur tout son récit.

L'histoire s'articule autour du séjour de Célestine chez les Lelaire et de l'évolution de sa situation à cette époque, mais Célestine dans son journal s'offre de nombreux retours en arrière sur ses expériences passées.  On ne s'y perd pas, et c'est un plaisir de découvrir toutes sortes d'expériences parfois comiques, parfois cruelles.  Seul le passage concernant "Mr Georges" m'a paru exagéré, mais à l'inverse j'ai particulièrement apprécié les anecdotes où Célestine dévoile les petits secrets d'alcôves de ses maîtresses...  Je n'imaginais pas ainsi la bourgeoisie du XIXème siècle !

Bref, une chouette lecture, une écoute agréable, à laquelle je dois le sauvetage d'un week-end qui aurait été particulièrement insupportable si cette histoire ne m'avait pas occupé l'esprit. Je dois beaucoup à Célestine et à Octave Mirbeau, et j'ai été ravie de cette découverte inattendue !


Pour en savoir plus :
- "Le journal d'une femme de chambre" à télécharger gratuitement sous forme d'audio-livre sur le site Littérature Audio.com ;
- La fiche bibliomania du livre :

18 octobre 2010

C'est lundi ! Que lisez-vous ? (2)

Et c'est reparti pour une semaine !  Que j'espère moins "prise de tête" que la dernière, je dois vous l'avouer.  J'ai encore des tas de retards de chroniques à rattrapper et encore une fois, je n'ai rien lu de ce que je devais lire, mais même comme ça, un petit bilan s'impose. 




Qu'est-ce que j'ai lu la semaine passée ? 

A nouveau, j'ai manqué de temps, et quand j'en ai eu, c'était surtout pour me vider entièrement la tête.  Résultat : je me suis replongée dans la relecture, à nouveau - je suis une grande relectrice dans les périodes de stress, j'aime pouvoir commencer un livre au milieu ou le laisser tomber au bout de quelques pages tout en sachant que je ne rate rien puisque je connais déjà l'intrigue.

Du coup j'ai repris le troisième tome de Millénium, "La reine dans le palais des courants d'air".  Tome 3 parce que c'est mon préféré, parce que c'est le premier qui m'est tombé sous la main (il déborde de la bibliothèque, saleté de format broché), parce que c'est celui que j'ai relu le moins souvent.  Je crois l'avoir relu en entier mais n'en suis pas sûre, vu que j'ai surtout grignoté par-ci par-là dans le désordre.
Pendant les trajets en commun j'ai commencé un roman qui traînait dans ma PAL : "Personne" de Gwenaëlle Aubry.  J'en suis à la moitié (il est assez court) et je verrai si je vous en parlerai tout de suite ou si j'en dirai quelques mots dans le prochain Livraddict Mag. 

Je ne sais pas si ça peut compter pour ce que j'ai "lu", mais étant donné que j'ai passé 8 heures en voiture avec au milieu un week-end à travailler à l'extérieur, j'avais pris soin d'enregistrer sur mon iPod un audio livre choisi au hasard.  Ce fut "Journal d'une femme de chambre" d'Octave Mirbeau.  Je  ne connaissais absolument pas et je l'ai presque terminé, je vous en parlerai bientôt. En tous cas, ce monsieur Mirbeau et sa Célestine m'ont sauvée d'un week-end qui aurait pu être encore plus infernal qu'il n'a été !


Qu'est-ce que je lis en ce moment ? 

Je vais écouter les dernières minutes du Journal d'une femme de chambre" dès que j'en ai l'occasion, et terminer "Personne" dès ce soir.


Que lirai-je la semaine qui vient ?

J'ai toujours "Warbreaker" de Brandon Sanderson sur le feu pour une lecture commune, et pour le reste, je pense me laisser porter par mon instinct  :)

Et vous, que lisez-vous ?

11 octobre 2010

C'est lundi ! Que lisez-vous ?

Mallou a lancé une petite habitude sympa, suivie ici et là sur le net, celle de parler chaque lundi de ses lectures de la semaine.  J'aime bien, c'est facile, rapide, sympa, Mallou nous a même concocté un mignon petit logo... alors je m'y mets aussi !

(et pour ne rien vous cacher, une petite voix au fond de moi me dit que ça fera au moins un article par semaine pour la paresseuse que je suis... mais ne le répétez pas où je me fâche !)


Alors, que lis-je ces temps-ci ?  Pas grand-chose je dois avouer.  Je manque de temps, entre deux boulots et des cours de finnois...  Mais quand même : répondons aux questions de Mallou !

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine passée ? 

 La semaine passée a surtout été celle de la relecture, j'aime ça quand je n'ai pas le temps de m'attarder sur une histoire en particulier.  J'ai un peu traîné sur "La huitième couleur" de Pratchett, bien que je l'aie terminé la semaine avant pour une lecture commune.  J'ai aussi relu quelques passages de "Comme un roman" de Pennac, juste pour le plaisir.  J'ai commencé "Sinouhé l'Egyptien" de Mika Waltari, une relecture également, pour le book club de mercredi prochain sur Livraddict.  Et enfin, j'ai entamé "Warbreaker" de Brandon Sanderson sur l'iPad, mais je n'ai pas pu aller très loin vu que mon amoureux a squatté l'iPad la grande majorité du temps.

Qu'est-ce que je lis en ce moment ? 

Je continue avec Sinouhé et Warbreaker. Les deux sont de beaux pavés qui vont me garder occupée un certain temps je pense.

Que lirai-je la semaine qui vient ?

Outre les deux romans sur lesquelles je suis penchée en ce moment, je viens de recevoir "Le Silmarillion" de Tolkien que j'avais commandé et il me fait déjà de l'oeil, je ne sais pas combien de temps je lui résisterai... 


Voilà, comme vous voyez je n'ai pas beaucoup de temps pour les chroniques mais ça ne m'empêche pas d'être bien occupée  ;) 

3 octobre 2010

La huitième couleur, de Terry Pratchett

J'ai lu ce livre il y a un an ou deux, à l'époque où je n'avais pas de blog, et lorsque j'ai vu une lecture commune se profiler, je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour le relire et le commenter.  Mauvaise idée : me voici avec un billet publié deux jours en retard... Ce qui ne m'empêche pas de vous donner mon avis !


Résumé :

Dans un monde en forme de disque porté par quatre éléphants debout sur le dos d'une tortue voguant dans l'espace intersidéral, les choses sont forcément un peu bizarres.  La magie fuit de partout, vaguement maîtrisée par des mages formés à l'université ; les Dieux jouent au monopoly avec leurs administrés comme pions ; les villes sont désordonnées et soumises à la loi du plus fort, tandis que les campagnes sont pleines d'êtres aussi étranges que dangereux.  Rincevent, mage renvoyé de l'université avant d'avoir obtenu son diplôme, se débrouille pour passer inaperçu au milieu de tout cela.  Jusqu'au jour où son destin se trouve lié à un petit homme enthousiaste venu d'un autre continent : un touriste... 


Mon avis :

Vous savez ce que c'est, de la fantasy humoristique ?  Si la réponse est non, achetez-vous tout de suite un Pratchett.  Et si la réponse est oui, achetez-vous quand même un Pratchett : il est sûrement bien meilleur que tout ce que vous connaissez.  Tant que vous y êtes, procurez-vous "The color of magic" ou "La huitième couleur", qui est le premier de sa série - la plupart des épisodes des aventures du Disque-Monde peuvent se lire indépendament les uns des autres, mais pourquoi pas commencer par le début...

Ce qui porte ce livre, ce qui le rend inimitable, c'est sans aucun doute l'humour.  Il en faut une sacré dose pour imaginer un monde aussi loufoque, aussi ironique que le Disque-Monde.  L'auteur revisite les thèmes les plus éculés de la fantasy, les mélange, les écornes, et les dépose en désordre sur le plateau de jeu qu'il s'est créé. C'est ébouriffant, c'est le moins qu'on puisse dire. Les héros deviennent des imbéciles fonctionnaire du pillage, les dieux de grands joueurs qui s'ennuient, la magie une espèce de ressource naturelle plutôt dangereuse qu'utile, les mages des vieux idiots empoisonnés par les vapeurs de mercure... Rien n'est prévisible, tout est nouveau et sympathique.

Humour aussi, et surtout, dans le style.  C'est absolument décapant et inimitable. Comme un humour est toujours impossible à décrire, je vous propose un petit exemple, issu de l'introduction de mon édition par l'auteur :
"If I had a penny for every time someone asked me where I got the idea of the Discworld, I'd have - hang on a moment - £ 4.67.
Anyway, the answer is that is was lying around and didn't look as though it belonged to anyone.
The world rides through space on the back of a turtle. It's one of the great ancient myths, found wherever men and turtles were gathered together; the four elephants were an Indo-European sophistication. The idea has been lying in the lumber rooms of legend for centuries. All I had to do was grab it and run away before the alarms went off."
 Ou, autrement dit :
Si j'avais reçu un penny à chaque fois que quelqu'un m'a demandé d'où m'est venue l'idée du Disque-Monde, j'aurais - un petit moment - £ 4.67.
De toutes façons, la réponse est que l'idée traînait et avait l'air de n'appartenir à personne.
Le monde navigue à travers l'espace sur le dos d'une tortue.  C'est l'un des grandes mythes anciens, que l'on trouve dans tous les endroits où hommes et tortues ont été rassemblés ; les quatre éléphants sont une sophistication indo-européenne.  Cette idée se trouvait dans les greniers des légendes depuis des siècles.  Tout ce que j'avais à faire était l'attrapper et m'enfuir en courant avant que les alarmes ne se déclenchent.

J'espère que ça vous donne une petite idée du sens de l'humour Pratchettien : factuel, terre-à-terre, jouant sur les mots et bourré de métaphores des plus originales.  Il enrobe chaque phrase et chaque personnage, jonglant avec les clichés, alternant des descriptions très - trop - conventionnelles des romans d'aventure et de fantasy avec des passages ironisant sur ces clichés. 

L'aventure est présente sans arrêt, on n'a pas une page de calme dans le tourbillon des péripéties qui entraînent Rincevent et le touriste, Deux-Fleurs, d'un bout à l'autre de leur monde.  C'est parfois un peu précipité et par moment j'ai eu l'impression que c'était un peu trop : ils tombent d'une catastrophe à une autre sans aucune prise sur les événements (la plupart du temps) et en fin de compte, le trop-plein d tension atténue l'impatience du lecteur.  Mais là je suis vraiment difficile, parce qu'au final on ne s'ennuie pas et on sourit aux moments où on s'y attend le moins, ce qui fait de cette lecture quelque chose de vraiment exceptionnel. 

Bref, je vous conseille vivement cette lecture, tout en vous prévenant : la fin se termine sur un cliffhanger - bien que le mot s'applique très mal à ce cas-ci, vous verrez pourquoi - qui vous obligera à vous lancer dans le second volume, le huitième sortilège. Mais quand on aime, plus c'est long, mieux c'est, n'est-ce pas ? 


La fiche bibliomania du livre :

Les avis de mes co-lecteurs :