28 juillet 2010

Maus, d'Art Spiegelman

Je ne commente pas beaucoup de BDs sur ces pages, pour la bonne raison que j'en lis peu : elles sont difficiles à se procurer ici et puis je ne sais pas vraiment par où commencer pour découvrir de vraies perles.  Heureusement, j'ai des amis très précieux et aux goûts infaillibles qui m'ont gâtée pour mon anniversaire...  C'est ce qui m'a permis de découvrir celle-ci : "Maus".


Résumé :

"Maus", c'est une souris, en allemand. Le même allemand qui, sur les affiches pendant la période nazie, représentait les juifs comme des rats. L'auteur, Art Spiegelman, est le fils de déportés juifs polonais qui ont survécu à l'holocauste. Il tente de faire face à son sentiment de culpabilité d'avoir eu une vie tellement meilleure que ses parents en racontant leur histoire en dessins.  Le résultat, c'est un volume narrant en parallèle la lutte pour la survie d'un peuple traqué et les relations difficiles entre un fils et son père.


Mon avis :

Ne faites pas comme moi : n'entamez pas cette lecture au fond du lit avant de dormir.  Grands risques de cauchemars ou de déprime nocturne !  Sincèrement, je ne pensais pas pouvoir être aussi touchée sentimentalement par une bande dessinée.

L'auteur "déshumanise" pourtant légèrement ses personnages en leur donnant le visage d'animaux en fonction de leur nationalité, avec comme héros les souris (les Juifs) et les chats (les Allemands). Mais ça ne rend l'ensemble que plus effrayant, car (à mes yeux en tous cas) il en vient à universaliser le problème : l'horreur n'a plus de visage, elle pourrait se réincarner.  Et puis sous le crayon de Spiegelman, les souris sont particulièrement émouvantes et les chats terriblement effrayants.

L'histoire narrée est sans concessions.  Les aventures des parents de Maus durant l'holocauste, d'abord. Elles sont relatées par le père de l'auteur, au gré de ses souvenirs, avec parfois des retours en arrière quand il a oublié de dire quelque chose, ou l'introduction d'éléments concernant les survivants ou les disparus qui détruisent le suspense.  Mais on n'a pas besoin de ça : l'intrigue est connue, c'est la façon dont c'est raconté qui en vaut la peine.  Pas de concessions non plus concernant les détails les plus sordides de la vie avant ou dans les camps. Pas de tentative d'enjoliver l'histoire les victimes ou de rendre les bourreaux plus détestables.  Les faits suffisent, et les faibles sont parfois les plus cruels.  Dès les premières planches introductives, le ton est donné, quand le père dit à son fils encore enfant : "Des amis ?  Tes amis ?  Enfermez-vous tous une semaine dans une seule pièce sans rien à manger...  Alors, tu verras ce que c'est, les amis !"

Pas de concessions non plus concernant le deuxième aspect de la narration, la relation entre le père et le fils. L'originalité ici est de raconter non pas l'histoire d'un couple de survivants, mais l'histoire d'un père racontant à son fils comment il a survécu. Et cette mise en situation va très loin, apportant de nouvelles facettes à l'histoire archi-connue des persécutions nazies.  On y découvre les séquelles de cette expérience effroyable chez celui qui l'a subie, ainsi que le sentiment de culpabilité de la génération suivante.  Mais si le père est un héros qui s'est battu comme un lion pour traverser les pires épreuves avec celle qu'il aime, il est devenu depuis un vieillard grincheux et avare que son fils dépeint aussi avec finesse. 

Point de vue dessin, je ne suis pas une spécialiste de la bande dessinée, ni même une très bonne lectrice : je lis trop vite et manque les détails, ce qui fait que je me perds dès qu'un dessin est même légèrement complexe. Je craignais donc que le noir et blanc de ces images me rende plus difficile leur déchiffrement, et que les visages en forme de têtes d'animaux me complique la distinction entre les personnages.  Pourtant, rien de tel.  L'une et l'autre caractéristiques créent surtout une impression de document historique et je ne me suis perdue à aucun moment. Peut-être ai-je été plus attentive aussi, tant j'étais impressionnée par le contenu de l'histoire.

La seule petite critique que je pourrais faire c'est le manque d'information quant au sort de la maman.  On sait dès le début qu'elle s'est suicidée après la guerre, mais on ignore ce qui l'y a poussée, et je pense que ça aurait pu être une partie touchante du témoignage.  Mais c'est peut-être trop en demander à un auteur qui a déjà tant puisé dans ses ressources émotionnelles pour raconter une histoire si vraie.

Bref, et pour résumer : lisez-le.  Ce témoignage aux multiples facettes est tout simplement magnifique, extrêmement touchant et sincère.  Il mérite largement le prix Pulitzer qu'il a reçu et figure parmi les meilleurs récits possibles de l'holocauste. Un ouvrage qui restera à l'avant de ma bibliothèque.

Je me permets enfin de vous mettre une planche en aperçu...



Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la magnifique critique de Nelfe, pour qui il FAUT lire cette BD
- la page wikipédia sur cette oeuvre.

26 juillet 2010

84, Charing Cross Road, d'Helen Hanff

Voici un livre dont j'avais beaucoup entendu parler (surtout au moment de la lecture de "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", auquel il était comparé).  Et voici qu'on me l'a offert pour mon anniversaire !  Je l'ai lu déjà deux fois depuis lors, et il est temps que je vous dise ce que j'en ai pensé...


Résumé :

En 1949, l'Américaine Helen Hanff, écrivain sans fortune, contacte une librairie d'occasion à Londres pour commander des volumes rares.  Au fur et à mesure des lettres échangées, la jeune femme s'efforce par son impertinence amicale de vaincre le flegme britannique du libraire.  Leur correspondance, bientôt chargée d'amitié, durera vingt ans au rythme des envois de livres et des échanges de cadeaux.  Ce sont les transcriptions des lettres originales qui font le contenu de ce court roman.


Mon avis :

Quel délicieux petit livre !  C'est à ça que je m'attendais, mais je n'ai pas été déçue. Dès les premières lettres, l'enthousiasme de Miss Hanff pour les livres qu'elle commande et son impertinence pleine d'humour contrastent avec le sérieux des réponses qu'elle reçoit.  Son correspondant, Frank Doel, rentre petit à petit et très subtilement dans son jeu.  En plus de lui offrir un service impeccable (ça existe encore de nos jours les bouquinistes qui recherchent les livres demandés par leurs clients ?), il lui apporte aussi un  brin d'humour très anglais. 

D'un bout à l'autre de l'Atlantique, ce qui commence comme un petit jeu pour donner du piquant à une relation purement commerciale évolue en une amitié sincère, malgré les milliers de kilomètres.  Le bon coeur d'Helen Hanff lui allie tout le personnel de la bibliothèque avec qui elle tisse des liens personnels, même si son correspondant attitré reste Frank Doel. Et même si la vie se met en travers de leur route, c'est une très belle histoire qui nous est contée là.

Il y a aussi le petit côté agréable de découvrir l'amour des livres de Miss Hanff ; même si ses lectures n'ont rien à voir avec les miennes (elle ne s'intéresse qu'aux essais et déteste les romans), son enthousiasme et le plaisir qu'elle a à tenir en main une belle édition sont contagieux.

Si je peux reprocher quelque chose à ce joli roman épistolaire, c'est d'abord le fait qu'il y manque des lettres, perdues j'imagines - mais j'aurais détesté qu'elles soient remplacées par des lettres fictives, alors je ne peux pas vraiment me plaindre.  Le vrai défaut, c'est que ce livre soit aussi court : trois trajets en transports en commun et il était déjà fini. 

Bref, une lecture courte, rafraîchissante, sympathique.  Comme un petit bonbon sucré à sucer tranquillement quand on n'a pas beaucoup de temps et besoin d'un petit goût d'émotion.



Pour en savoir plus :
- Les critiques enthousiastes :  Mallou ("un petit bijou"), BMR (qui compare aussi ce livre à un bonbon, pure coïncidence je vous assure !), Lasardine (a aussi trouvé ce livre trop court), Frankie ("Voilà un roman vraiment charmant et délicieux !"), majanissa (qui a trouvé ce livre mignon) et Evertkhorus ("Une correspondance agréable et facile à lire, un régal pour les amoureux des livres ! Mais toutefois un peu trop court.").
- Mais tout le monde n'a pas aimé ce livre : Cynthia, elle, a trouvé la correspondance peu travaillée et Miss Hanff trop insolente, tandis que Jess ne supportait pas le sans-gêne de Miss Hanff et s'est ennuyée. Flo_boss est plus mitigé, mais il n'a pas été ému.


Et, le croirez-vous ? Ce livre est le sixième que je lis pour le Challenge Livraddict 2010, ce qui signifie que j'ai rempli mon engagement !  C'est le tout premier challenge que je termine, vous imaginez ?  J'attends vos félicitations !  ;)



25 juillet 2010

Un petit peu de changement

Les plus perspicaces d'entre vous auront remarqué que j'ai modifié le contenu de la colonne de gauche de ce blog.  Les listes de mes critiques classées par genre, par auteur et par titre s'allongeaient démesurément et il m'a semblé nécessaire de faire un peu de vide.  Je les ai donc remplacées par quelques sélections qui me semblent pertinentes : mes genres préférés, mes coups de coeur, des livres peu connus à découvrir, des auteurs que j'aime et des déceptions.  J'espère ainsi attirer l'attention de mes lecteurs sur les billets qui me semblent les plus remarquables d'une façon ou d'une autre.  Il va sans dire que ces listes seront mises à jour régulièrement. 

Evidemment, le point noir de ce système est qu'il n'existe plus de liste exhaustive de toutes les critiques que j'ai publiées (à part dans l'historique des billets dans la colonne de droite, mais le classement par ordre chronologique n'est pas franchement pratique).  Je n'ai pas encore trouvé le moyen de faire des listes qui se mettraient à jour automatiquement ou, au moins, très facilement, comme les précédentes, sans les afficher sur la page d'accueil du blog.  Ceci dit, si une fois un billet lu vous souhaitez trouver facilement mes autres critiques concernant le même auteur ou le même genre, il suffit de cliquer sur les libellés sous le billet.

A part ça, je suis à nouveau en retard dans mes publications mais ça ne devrait pas durer. Rendez-vous très bientôt pour découvrir mes nouvelles lectures...

20 juillet 2010

Agnès Grey, de Anne Brontë

Grande fan de "Jane Eyre" et "Les hauts de Hurlevent", il a fallu que je découvre aussi l'oeuvre de la troisième soeur Brontë, Anne. Une lecture commune organisée par Evertkhorus (toujours elle !) me donne l'occasion de partager mon avis. Alors, Anne mériterait-elle la renommée de Charlotte et Emily ?

Résumé :

Cadette d'une famille heureuse mais ruinée, Agnès, fille de pasteur, devient gouvernante pour soutenir financièrement ses parents. La gouvernante au XIXème siècle a un statut spécial: au-dessus du domestique, aussi ou mieux éduquée que les maîtres, mais malgré tout inférieure et obligée d'obéir. Agnès est pleine d'enthousiasme, persuadée qu'elle va participer à l'éducation de jeunes filles qui deviendront des demoiselles accomplies grâce à ses soins. Mais la déception est grande: dans la première famille où elle trouve un emploi, elle est considérée comme une simple servante et doit faire face à de petits enfants totallement insupportables, dont les parents lui interdisent toute marque d'autorité tout en lui reprochant de ne pas les mettre au pas. Sa deuxième expérience sera elle aussi assez loin des attentes d'Agnès...


Mon avis :

Je suis un peu mitigée par rapport à ce roman. Il ressemble quelque peu à ceux des autres soeurs Brontë, mais il lui manque aussi quelque chose pour être à leur niveau.

Dans les "plus", ce que j'ai aimé, il y a le style d'écriture: je l'ai lu en anglais, comme d'hab, et il y a un véritable plaisir à lire des phrases aussi joliment construites, dans le style "classique" légèrement ampoulé que j'aime beaucoup. Sur le fonds, l'histoire est une très belle description de la condition des gouvernantes à l'époque et de la vie dans les maisons nobles/riches. Il y a un peu le même type de critique que dans "Orgueil et préjugés", avec l'humour en moins. La gouvernante a de l'éducation, de la morale, est là pour les transmettre à des jeunes filles qui doivent un jour devenir des jeunes épouses modèles. Mais elle doit faire face à l'isolement de sa position, ni au niveau des serviteurs ni à celui des maîtres. Elle est aussi le témoin des dépravations des classes supérieures, des jeunes enfants gâtés, de leur morale et de leur éducation très limités, de la vérité derrière les façades. Elle est responsable des bonnes manières et de l'apprentissage de jeunes gens sur lesquels elle n'a que peu d'autorité vu sa classe sociale inférieure...

Dans les "moins", il y a le personnage principal : trop parfaite (selon les critères de son époque). Trop bien éduquée, trop morale, trop raisonnable, trop bonne chrétienne... Evidemment, l'histoire est racontée par sa plume, mais on n'y distingue aucun défaut, au point que ça en devient énervant, surtout par rapport aux autres personnages (toute la famille d'Agnès est parfaite, tous les autres - sauf un - sont hautement criticables). D'ailleurs, il y une morale trop évidente : Agnès est une jeune fille sobre et morale, elle sera heureuse, les autres se comportent mal malgré le fait qu'elle essaie de les changer, ils seront malheureux. Il y a aussi quelques longueurs pénibles, de longues descriptions et surtout, de longs prêches chrétiens. Et puis ça manque un peu de rebondissements : une petite histoire d'amour légèrement entravée, mais rien de bien palpitant. Cependant, c'est encore le moins grave des défauts: la description de la vie d'Agnès est, pour moi, suffisante pour faire la trame de l'histoire.

Bref, j'ai globalement aimé cette oeuvre, une très belle description sociale dans la lignée de Jane Austen plutôt que de ses soeurs, mais elle n'est pas sans critiques. Il y manque en particulier cette passion dévorante qui agite les protagonistes de Jane Eyre ou des Hauts de Hurlevent et qui font leur spécificité au sein du romantisme anglais. A la place, on y trouve trop de morale chrétienne à la Comtesse de Ségur ; un trait de l'époque me dira-t-on, mais que l'on ne retrouve absolument pas dans les oeuvres de ses soeurs où les dévots sont plutôt tournés en dérision. Je suis donc heureuse d'avoir lu ce roman, mais je conçois parfaitement qu'il n'ait pas traversé l'histoire comme une oeuvre majeure de la littérature.


Pour en savoir plus :
- les critiques de me co-lecteurs : Nymi partage et à la fois complète mon avis, Evertkhorus va aussi dans le même sens.. Je viendrai ajouter d'autres critiques au fur et à mesure où je les découvrirai.
- la page Bibliomania du livre, avec toutes les infos techniques le concernant, et les critiques d'autres blogueurs.

15 juillet 2010

Un brillant avenir, de Catherine Clusset

Encore un article que je publie pour la seconde fois ; la première fois, il avait paru sur le blog de Jess qui m'en avait gentiment laissé les clés...

"Un brillant avenir", neuvième roman de Catherine Cusset, a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2008. Ce qui n'en fait en aucun cas un livre destiné à la jeunesse: c'est avant tout une magnifique histoire qui nous ouvre les yeux sur la vie des familles déracinées et toutes les incompréhensions qui minent nos vies.

L'histoire:

Elena a dû fuir sa Roumanie natale il y a bien longtemps. L'homme qu'elle aime et qui devient son mari contre l'avis de ses parents est Juif, le pays de Ceausescu ne voulait pas d'eux. Après un long voyage périlleux, Elena, Jacob et leur fils Alexandru trouvent le bonheur aux Etats-Unis. Mais alors qu'elle est âgée, Elena doit à nouveau faire face à l'adversité: la maladie et la dépression de son mari, le mariage de son fils avec une Française arrogante et si différente d'elle ravivent les plaies. Sa jeunesse, ses batailles et toutes les incompréhensions qui ont parsemé sa vie remontent à la surface.


Mon avis:

Ce livre se présente dans un certain désordre chronologique: l'histoire commence en 2003, remonte jusqu'en 1941, saute en 1989, revient à 1950... Pourtant, ce n'est pas particulièrement dérangeant. D'abord, l'année est indiquée en haut de chaque page; ensuite, l'histoire d'Elena évolue de façon évidente; dès le début on sait qu'elle a émigré dans sa jeunesse et les pièces du puzzle de sa vie se mettent en place sans effort.

En réalité, tout ce roman revient à une confrontation: celle d'Elena et de Marie, sa belle-fille. Tout les oppose: leur génération, leur éducation, leurs langues et origine, leurs choix. On voit Marie au travers des yeux d'Elena, et bizarrement, on comprend mieux Marie qu'Elena; Elena déteste Marie, pour certaines raisons que l'on connaît et d'autres que l'on ne peut saisir. Il faut pour ça remonter dans l'histoire d'Elena, là où nous emmène l'auteur. Cette fuite difficile, de pays en pays, la vie de réfugiés qui doivent se battre partout pour obtenir les mêmes chances que les autres, les blessures qui ne guérissent pas, la force qu'on attend chez les autres parce qu'on l'a soi-même durement acquise. Tout ce passé crée entre Marie et Elena un énorme fossé qui s'ajoute à celui de l'âge et de la différence de générations et qui crée des malentendus sans fin. Mais les deux femmes réussiront à créer des ponts.

Une belle histoire, donc, très mélancolique et très vraie - je connais personnellement une famille qui a vécu un périple semblable. Un roman porté par un style très simple, classique, purement au service de la description. Une vie tourmentée dans laquelle il vaut vraiment la peine de se plonger.


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de Solenn, qui parle d'"un très beau portrait de femme", de Clara, qui a beaucoup aimé aussi, de Leiloona, à qui ce roman "a parlé", de Stefie, qui ne lui trouve aucun défaut... Bref, rien que des éloges. Mais pour tempérer un peu, Anna Blume a, elle, trouvé quelques petites choses à redire...

5 juillet 2010

Ivanhoé, de Sir Walter Scott

Le mois de juillet, c'est le mois des vacances ! Et je ne fais pas exception à la règle : me voilà pour plus de deux semaines auprès des mes parents dans ma Belgique natale. Pendant cette période je vais sûrement lire (impossible de m'en passer !) mais je n'ai pas beaucoup de temps pour écrire mes billets habituels.

Qu'à cela ne tienne, je ne vous laisse pas tomber, lecteur : j'ai une petite critique publiée sur mon blog personnel il y a quelques mois et qui, je ne sais pas pourquoi, n'a pas trouvé le chemin de celui-ci quand je l'ai créé. Il s'agit d'un roman classique de la littérature anglaise: "Ivanhoé", de Sir Walter Scott. Quelques mots pour vous le faire découvrir...


Résumé:

Sous le reigne de Richard Coeur de Lion, l'Angleterre est partagée et sa vie sociale chaotique. Le Roi est prisonnier en Autriche et c'est son frère Jean, très impopulaire, qui est au pouvoir. Depuis Guillaume le Conquérant, les Normands vainqueurs s'opposent aux Saxons vaincus. La noblesse est divisée en deux clans parlant des langues différentes qui n'ont pas encore fusionné pour former l'anglais moderne, le peuple est oppressé par ses nouveaux maîtres, des bandes de brigands affamés battent la campagne et les chevaliers s'affrontent à mort pour la moindre question d'honneur...

Dans ce contexte historique, nous découvrons l'histoire de Cédric, noble saxon qui rêve de remettre son peuple sur le trône d'Angleterre, et de sa belle pupille Rowena; de ses deux esclaves Wamba le bouffon et Gurth le gardien de bétail; de Brian de Bois-Guilbert, le fier templier; du financier juif Isaac et de sa fille Rebecca, aussi belle que sage. Lorsque deux chevaliers mystérieux apparaissent parmi ce petit monde, les aventures se succèdent au rythme effréné des tournois, enlèvements, sièges, procès de sorcellerie...


Mon avis:

Je dois dire que quand j'ai entamé les premières pages de ce roman, j'ai failli le refermer très rapidement. Je l'avais acheté en anglais, sa langue originale. Mais imaginez une oeuvre en anglais du dix-neuvième siècle, écrite en imitant le style de l'époque à laquelle l'histoire appartient, l'an 1193. C'est peu accessible pour quelqu'un dont l'anglais n'est même pas la langue maternelle... Les armes et équipements mentionnés, les lieux décrits, et surtout les dialogues, me semblaient par passages totalement incompréhensibles ! Le problème c'est que je déteste interrompre ma lecture pour chercher une traduction dans le dictionnaire. J'ai donc continué en tentant de deviner le sens des mots, et au fur et à mesure, je me suis habituée à la langue. Je vous conseille malgré tout de ne tenter l'aventure que si vous vous sentez bien accrochés à votre anglais; dans le cas contraire, préférez une traduction !

Au bout d'un chapitre ou deux, quand le déchiffrement n'a plus posé trop de problèmes, j'ai pu mieux apprécier l'histoire. Il s'agit véritablement d'un roman de chevalerie et d'aventure, avec de multiples rebondissements et des caractères très typés; le matériel parfait pour un scénario de film ! On y croise des monarques, de preux chevaliers en armure, une populace vindicative, une bande de voleurs pas si méchants, des prêtres pas très saints, de belles jeunes femmes qui font battre le coeur des chevaliers, des nobles ombrageux, des méchants sans scrupules et d'autres pas très malins... Et même Robin des Bois et toute sa clique ! L'histoire ne se déroule que sur quelques jours, mais prend de tels rebondissements qu'on se demande sans cesse comment nos héros vont s'en sortir. Il y a une petite histoire d'amour et un coeur brisé, un tournoi décrit en détails, et une superbe prise de forteresse. Les descriptions sont très précises, mais leur longueur ne m'a pas dérangée car elles participent à la création de tableaux d'époque. Par contre, les personnages ont tendance à se lancer dans de longs discours pompeux que j'ai parfois sauté allègrement...

J'ai beaucoup apprécié la précision historique de ce roman: d'après les notes qui accompagnent l'édition que j'ai achetée, l'auteur a pris des libertés avec l'Histoire, mais il se rattrappe en fournissant une foule de détails sur la vie de l'époque: la description des châteaux, des vêtements, de la façon de vivre, des habitudes et coutumes... Au final on se sent plongé en plein Moyen-Age et on se représente très bien cette période, j'adore ! Mais j'ai aussi beaucoup aimé l'ironie et l'humour qui sont particulièrement présents dans la plupart des personnages. Le Saxon Athelstane est vraiment comique, par exemple. On rit un peu plus jaune quand il s'agit du Juif Isaac, qui représente tous les préjugés qu'on associe à son peuple, mais l'auteur se rattrappe en mettant l'accent sur la persécution injuste dont il est la victime et en lui donnant une fille irréprochable qui est de loin le meilleur personnage du livre.

Bref, il est difficile de dire que ce roman n'a pas pris une ride, mais il vaut la peine d'être lu. Le petit effort de se plonger dans un style un peu moins actuel que du Dan Brown est compensé par le bain historique qu'il nous apporte... Une belle expérience !


Pour en savoir plus :
- la page Bibliomania du livre

2 juillet 2010

Barthélémy, de Gilles Toulet

Voici un petit livre reçu en partenariat, grâce à Livraddict, des éditions Abel Bécanes. Un de précédent envoi de leur part, "Tête de Piaf" (de Philippe Crognier), avait été une découverte originale et un véritable coup de coeur. J'avais hâte de trouver, sous leurs couvertures vertes caractéristiques, une autre de ces agréables surprises...


Résumé :

Barthélémy est artisan menuisier. Il faudrait plutôt dire : artiste menuisier. Car Barthélémy maîtrise son art comme personne et a de l'or dans les doigts. Son métier est aussi sa passion : il tombe amoureux d'un chêne sur pied et met toute son âme dans les bijoux mobiliers qu'il crée. C'est la seule chose qui lui reste, d'ailleurs, depuis que sa fille a grandi, que sa femme l'a quitté et que ses poumons s'envolent dans la fumée des cigarettes. Pendant quatre saisons, la vie de Barthélémy et celle de son village nous sont contées. Quatre saisons d'une existence qui perd peu à peu l'équilibre, quatre saisons tendues vers un aboutissement - le meilleur ou le pire.


Mon avis :

S'il y a un style qu'on qualifie de "romans du terroir", l'oeuvre de Gilles Toulet doit en être le plus digne représentant. Celui-ci nous plonge littéralement dans la vie des ouvriers villageois, ceux qui créent de leurs mains et qui jonglent avec les commandes. Il y a Barthélémy, bien sûr, un modèle dans son genre, mais aussi Benoît le peintre qui se tue au travail pour on ne sait trop quelle ambition, et Germain, le chauffagiste qui s'est tiré de justesse des affres de la faillite. Si Barthélémy reste le coeur de l'histoire, c'est au final le fonctionnement d'un village à l'ancienne que l'auteur recrée autour de lui.

Il nous plonge d'ailleurs dans l'atmosphère campagnarde en commençant par le vocabulaire : des régionalismes, des tournures de phrases un peu étranges qui déroutent au début mais auxquelles on s'habitue vite. D'autant plus que le style est une des composantes les plus remarquables de ce roman. Les descriptions sont délicieuses, les introspections des personnages dessinées avec une plume de caractère. Un petit passage pour vous mettre l'eau à la bouche :

Si le mois de mai ne regarde jamais à la dépense, celui-là se montrait prodigue. Il houspillait le soleil, le poussant à cogner sec et chaud. Il égrenait le muguet dans les sous-bois, festonnait les haies de douces fleurettes blanches dont le parfum émouvait le coeur des adolescents. Sous son pinceau, les arbres des vergers se fardaient de délicats pastels. Quand le soleil brunissait, furieux, accablé de chaleur, les vieux poiriers se dressaient, lui faisant face dans leur redingote de pétales blancs. Le mois de mai remplissait au mieux son ouvrage de précurseur de l'été, jetant ses dernières touches il ourlait les boqueteaux de merisiers du voile des jeunes mariées. Robes immaculées qui entraînaient en farandoles leurs demoiselles d'honneur, cortèges de soieries, de taffetas, d'organdi. Ce mois de mai en faisait trop. Il faisait monter trop de sève. Il faisait bouillonner trop de sang.

Et le reste est à l'avenant, un style qui utilise le vocabulaire régional et campagnard, qui plonge dans les termes techniques précis des artisans, pour les incruster dans une dentelle de texte qui vaut son pesant d'or.

L'autre grande qualité de ce livre ce sont les personnages qu'il décrit. Ils sont peu nombreux, au final, et seulement d'eux d'entre eux peut-être (Barthélémy et Germain) sont révélés en profondeur. Mais la magie vient du fait que l'auteur nous les découvre petit à petit. D'un passage à l'autre, on a pitié de Barthélémy, on s'en fait une idée de rustre, puis on découvre son talent, puis on est touché par sa sensibilité, puis on s'interroge sur ses motivations. Au final c'est un diamant dont on découvre une à une toutes les facettes mais qui, malgré tout, nous surprend jusqu'à la toute dernière page - surtout à la toute dernière page, d'ailleurs.

Au total, voici encore une oeuvre qui vaut la peine d'être découverte. Elle fera probablement moins l'unanimité que "Tête de piaf", mais elle a aussi plus de caractère. Les pages comme les saisons qui divisent la narration coulent petit à petit, sans se presser, mais c'est comme découvrir une fresque humaine qui se crée au fur et à mesure. Et la fresque est terriblement réussie, on plonge des deux yeux dans un monde qui devient vite familier.

Une oeuvre que je recommande, donc, et je compte bien continuer à explorer le catalogue des éditions Abel Becanès qui semblent renfermer quelques jolis trésors.


Pour en savoir plus :
- la page bibliomania du livre
- le site des éditions Abel Bécanes