30 mars 2011

Howl's moving castle, de Diana Wynne Jones

Voici une nouvelle lecture commune en VO organisée sur Livraddict, et encore une fois elle concerne un livre jeunesse...  Je suis dans une période "retour dans les rêves de l'enfance" et je me rends compte qu'il y a quelques trésors à découvrir dans le genre !


Résumé :

La jeune Sophie est l'aînée d'une famille de trois filles et elle est persuadée que ça va lui porter malchance. C'est peut-être à cause de ça qu'une méchante sorcière passant par la boutique où elle fabrique et vend des chapeaux lui jette un sort qui la vieillit jusqu'à lui donner 90 ans !  Elle décide donc de partir pour que personne ne la voie dans cet état et croise le chemin du château volant du mystérieux sorcier Howl.  On dit qu'il mange le cœur des jeunes filles, mais Sophie pense qu'il est le seul capable de la délivrer de son sort et s'incruste dans le château...  qui n'est pas du tout ce qu'elle imaginait !


Mon avis :

Je dois dire que je sors assez perplexe de cette lecture. J'y ai plongé rapidement car dès le début les événements s'enchaînent à la vitesse d'un conte de fée.  Mais au bout d'un quart du livre, j'ai un peu perdu pieds : le différents lieux sur lesquels donnent les portes du château, les soeurs qui se confondent, les mystères qui s'accumulent, les comportements bizarres d'Howl, les questions non résolues et laissées de côté... C'est peut-être la lecture en VO (même si je comprends les mots, j'ai souvent une image moins nette de l'histoire quand je lis en anglais qu'en français) et peut-être aussi le fait que je lis toujours très vite sans prendre la peine de me concentrer sur les détails, mais si je suivais bien l'histoire au jour le jour, pleine de choses restaient en suspens. A force d'attendre des réponses qui ne venaient pas, j'ai laissé tomber et je me suis laissée porter par l'histoire.  Et j'ai bien fait, car même les explications finales ne m'ont pas permis de tout comprendre, et au final la logique n'est pas le qualité première de cette histoire.

Normalement, ça aurait dû me laisser une impression très mitigée, et pourtant... Pas du tout !  J'ai surtout l'impression d'avoir fait un rêve très agréable et très original.  Car cette histoire rassemble des éléments connus pour en faire quelque chose de nouveau : le château volant est adorable, le sorcier n'a rien d'un sorcier, rien ne fait vraiment peur. Les choses extraordinaires fonctionnent comme dans le monde réel : le château a beau voler, il faut bien y passer le balais pour le garder propre ; avec les bottes de sept lieues aux pieds, dès qu'on trébuche c'est la catastrophe ; etc.

Mais ce qui m'a séduite avant tout, ce sont les personnages.  J'en suis tout simplement fan.  Sophie est adorable, pleine de caractère, une véritable emmerdeuse par moments ; Howl n'a vraiment rien d'un sorcier ordinaire, ses répliques et réactions sont insupportables et charmantes à la fois ;  et puis Calcifer le petit démon m'a complètement fait craquer !  Ce sont des personnages moins enfantins qu'on pourrait le penser mais pas tout à fait sérieux non plus.

Je crois que c'est un peu grâce à tout ça que je sors de cette lecture avec beaucoup de regrets que ce soit fini.  C'était un peu mon conte de fée dont je dévorais un petit bout chaque soir, comme une enfant, avant de m'endormir.  C'est pourquoi je vais dans la foulée poursuivre avec le deuxième et le troisième tome de cette jolie histoire...


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de me co-lecteurs : Miss Spooky Muffin, Flo_boss, Heclea et Aily ont beaucoup aimé cette lecture ; mais il y a quand même un avis dissident : bambi_slaughter n'a pas aimé.
- la discussion concernant la lecture commune sur le forum (et c'est aussi l'endroit pour participer aux lectures communes des deux volumes suivants).

29 mars 2011

Shadow Spell, de Caro King

Shadow Spell est la suite de Seven Sorcerers que j'avais lu et commenté pour une lecture commune en VO il y a quelques temps. La lecture commune comprenait le deuxième tome de cette aventure (toujours en VO), alors puisque le premier tome m'avait plu, je me suis lancée.  Voici le résultat...


Résumé : 

On retrouve Ninevah Redstone, que sa chance insolente a déjà rendue légendaire, à sa sortie de la maison de Strood. Sa mission est accomplie mais il n'est pas question pour elle de retourner tranquillement d'où elle vient : Mr Strood la poursuit de sa haine et, au passage, s'acharne à détruire ce qu'il reste des sept sorciers, ce qui a pour effet d'accélérer la peste qui envahit le Drift.  Nin n'a qu'une seule chance de sauver le monde magique et ses habitants : elle doit retrouver Simeon Dark, le dernier sorcier, celui dont on dit qu'il a peut-être réussi à garder ses pouvoirs...


Mon avis :

A la fin du tome 1, Seven Sorcerers, on croyait avoir laissé Nin au bout de ses efforts, sur le point de retrouver sa mère et sa vie d'avant.  La fin avait bien semblé un peu brutale, mais rien de bien grave, car on croit deviner que le "happy end" va de soi.  Eh bien, si comme moi vous pensez que le tome 1 est une histoire finie, vous vous trompez lourdement. 

Non seulement l'aventure de Nin reprend sur les chapeaux de roue dès les premières pages de Shadow Spell, mais on se rend compte au fil des pages que le premier tome n'était en fait qu'une espèce de mise en condition pour les aventures du second.  Les sept sorciers prennent enfin leur vraie dimension et un par un interviennent dans les aventures de Nin. En plus de ça, certaines choses qui me paraissaient incongrues ou insuffisamment développées dans le premier tome trouvent leur explication, tandis que d'autres que je pensais acquises sont remises en cause à la fin.  Honnêtement, je pense que le tome 1 ne devrait pas se lire sans le 2 qui le complète et efface pas de mal de ses défauts.

Mais il faut bien avouer que ce tome-ci en a aussi, des défauts. J'ai surtout été déçue du rythme. Beaucoup d'aventures et de mystères se succèdent mais trop souvent, une mise en place un poil trop longue coupe le côté haletant que pourraient avoir ces passages. Ça s'accélère à la fin mais l'ensemble pourrait être plus nerveux.  J'ai aussi été déçue par le côté "happy end" qui épargne les personnages principaux ; il est vrai qu'on est dans de la littérature pour la jeunesse mais même Harry Potter perd des amis en cours de route.

Au final cependant ce fut une lecture très agréable qui me laisse un bon souvenir, pour les mêmes raisons que celles qui m'avaient fait apprécier Seven Sorcerers.  Je n'ai aucune information sur une suite possible mais j'ai de forts soupçons : plusieurs indices très évident sur la fin laissent penser que l'histoire de Ninevah et du Drift n'est pas finie...


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis de mes co-lectrices : Miss Spooky Muffin, Flo_boss, Sita

23 mars 2011

La Carte du Temps, de Félix J. Palma

J'ai terminé il y a peu de temps ce gros pavé de 549 pages - mais de jolies pages, bien aérées, précédées par une belle couverture, et suivies d'un résumé alléchant.  Vous me suivez pour une petite présentation ?


Résumé :

Londres, 1896.  Alors que l'écrivain H. G. Wells vient de connaître le succès avec son roman "La Machine à remonter le temps", il semble que ce qu'il a imaginé soit devenu réalité : Gillian Murray, un entrepreneur audacieux, propose contre une forte somme d'argent des voyages dans le temps.  Ses clients ont le privilège d'embarquer dans un curieux tramway à vapeur qui les emmènera à travers la quatrième dimension jusqu'à l'an 2000 pour assister à la bataille finale de la guerre entre les hommes et les automates. Les clients de ses deux premières expéditions en reviennent enchantés, et cette possibilité de voyager dans le temps va changer la vie du jeune Andrew Harrington, de la jolie Claire et de l'écrivain H. G. Wells lui-même...


Mon avis :

Écrire une chronique de ce livre est un exercice très périlleux : je ne voudrais pas vous dévoiler les astuces de l'intrigue alors qu'elle représente à mon avis le gros point fort de ce roman.  Je me contenterai de dire que l'histoire qui est racontée ici est vraiment originale.  Les voyages dans le temps, en voilà bien un sujet hyper exploité !  Difficile de ne pas retomber dans les schémas classiques qui explorent les conséquences hyper complexes des changements que les voyageurs imposent au cours de l'histoire. Mais ici, l'auteur réussit le pari ambitieux d'envisager le problème sous un tout nouvel angle : il s'agit d'analyser les conséquences sur la vie des héros non pas du fait de voyager, mais de la possibilité de le faire. Qu'est-ce qui serait différent si la société savait que, moyennant finances, certaines personnes pouvaient se déplacer dans le temps ?  Comment cette connaissance peut-elle être exploitée sans avoir effectivement besoin de voyager, pour faire le bien ou pour faire le mal ?

Le récit en lui-même est déjà un voyage dans le temps puisqu'il a lieu au XIXème siècle. Il n'aurait pas pu être mieux placé : c'est une époque vraiment particulière, celle où les avancées de la science sont tellement fulgurantes qu'elles laissent croire que tout est possible, celle où on ne s'interroge pas encore des problèmes moraux que ces avancées vont engendrer. C'est aussi une période ou Londres voit se côtoyer les plus grandes richesses et la misère la plus noire, où de grandes choses ont eu lieu et de grandes oeuvres sont nées. On rencontre d'ailleurs au fil des pages quelques personnages connus.

Le style narratif a aussi quelque chose qui colle avec l'époque. L'auteur emploie un langage très soigné, volontairement un peu pompeux, qui colle assez bien avec l'idée qu'on se fait de la langue de la bourgeoisie de l'époque, ou avec les romans d'aventure de Jules Verne qui écrivait à cette période-là. Il prend aussi le lecteur à partie de temps en temps, comme une petite marque de fantaisie de sa part. J'ai repéré quelques petites erreurs de traduction (dont la plus comique : Jack l’Étrangleur au lieu de Jack l’Éventreur), mais rien de bien grave, et le style dans son ensemble est un plaisir à lire.

Alors au final, est-ce un coup de cœur ?  Je dirai que non et pour une raison bien simple : trop de longueurs !  Le récit se traîne souvent, les descriptions sont longues et les digressions répétées. Ça fait partie du style mais c'est trop fréquent, trop long pour un roman moderne.   L'auteur s'attarde sur l'enfance ou l'histoire des personnages, sur leurs pensées et émotions, étale leurs discours, et ça en devient vraiment lassant. Il faut plus de 80 pages pour qu'on nous présente pour la première fois les voyages dans le temps organisés par Murray et qui sont pourtant au cœur de tout.  Et ce n'est qu'à la fin de la première partie, page 220 exactement, que j'ai commencé à comprendre où l'auteur voulait en venir et où était l'originalité de toute cette histoire.  C'est à partir de là que j'ai vraiment accroché, mais même comme ça je me suis permise plusieurs fois de sauter quelques passages franchement longuets.  En toute franchise et malgré la beauté du style, je pense qu'on pourrait retrancher au moins un tiers des pages du roman sans amputer son charme.

Alors au final, une excellente idée, une intrigue magnifique où l'auteur joue avec le lecteur pour le plus grand plaisir de ce dernier, un style agréablement original, un décor parfait...  Mais un roman auquel il faut se confronter armé de patience.  Comme ça, vous serez prévenus !

Un grand merci aux éditions Robert Laffont pour ce livre reçu en partenariat avec Livraddict !


Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- les avis franchement enthousiastes de trois autres lecteurs : FrenchDawn, Tousleslivres et BlackWolf.

8 mars 2011

Livraddict change de peau

Je vous ai déjà souvent parlé de Livraddict par le passé, et si vous suivi un jour le lien sur la droite de ce blog, vous n'aurez pas manqué de découvrir ce site consacré à l'échange autour de la lecture (je suis fière de faire partie de son équipe d'adminstrateurs). Si vous n'y êtes plus passé depuis un certain temps, vous serez bien étonné, car le week-end passé Livraddict a fait peau neuve !  On passe à la version 3 du site !



Sur une idée de base de Jessica, notre responsable technique et codeur fou Baba nous a concocté une toute nouvelle version du site qui permet encore plus d'échange autour de la bibliothèque virtuelle Bibliomania. Celle-ci permet depuis toujours d'enregister ses chroniques de blog sur la page du livre correspondant, d'y laisser de courts avis, d'indiquer la lecture en cours, etc.  Il y a aussi un calendrier personnel pour chaque membre, des espaces de trocs ou d'échanges, des tops en fonction des cotes donnés aux livres par les membres, etc.

L'idée de baba a donc été de permettre une nouvelle utilisation de cet outil en lui donnant une dimension plus personnelle.  Maintenant, toutes les informations relatives à une personne se trouvent sur son profil : ses critiques, ses commentaires, les événements publics de son calendrier, et en plus la possibilité de laisser des petits messages sur lesquels ses amis peuvent commenter. Sur la page d'accueil du site, chaque membre verra s'afficher les critiques et commentaires des personnes auxquelles il/elle est "abonné" et les messages de ses amis, pour ne rien rater de leurs activités en matière de lecture. Et la page de Bibliomania recense les informations concernant l'ensemble de la bibliothèque virtuelle, avec les tops livres, les commentaires et critiques postés, etc, le tout pouvant être filtré en fonction des genres qui vous intéressent, ce qui permet de belles découvertes.

En clair, Livraddict vous offre maintenant le premier réseau social francophone entièrement consacré à la littérature. C'est l'endroit rêvé ou partager vos impressions de lecture, des petites notes en passant aux chroniques élaborées ; de suivre les lectures d'autres passionnés ; et de faire sans arrêt de nouvelles découvertes. Le tout dans un environnement toujours aussi convivial et sympathique, ouvert à tous quels que soient vos goûts. Et bien sûr, c'est toujours entièrement gratuit !  Avouez que ce serait dommage de se priver...

7 mars 2011

C'est lundi ! Que lisez-vous ? (9)


Recommençons cette semaine avec le rendez-vous initié par Mallou ! Je suis loin de suivre cette habitude toutes les semaines, par manque de temps surtout, mais il est vrai aussi que je ne lis pas toujours un livre par semaine et les messages risquent d'être répétitifs.  Mais une fois de temps en temps me suffit pour vous tenir au courant de mes lectures !




Qu'est-ce que j'ai lu la semaine passée ? 

La semaine dernière (et celles d'avant), j'ai fait une orgie de lecture : depuis la dernière fois  j'ai terminé Seven Sorcerers, puis j'ai lu Howl's moving castle, puis j'ai continué dans la littérature jeunesse avec Shadow Spell (la suite de Seven Sorcerers) et Castle in the air (la suite d'Howl's moving castle).  Le problème avec tous ces livres c'est que je ne peux pas publier ma chronique tout de suite car ils font partie de lectures communes...  Heureusement, j'ai aussi dévoré "La vie devant soi" de Romain Gary, dont vous trouverez le compte-rendu enthousiaste ci-dessous.


Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

C'est une excellente question !  J'ai commencé hier soir "La grammaire est une chanson douce" d'Erik Orsenna mais je n'accroche pas trop, je n'étais pas d'humeur pour un petit conte philosophique comme celui-là. Je compte donc passer à autre chose ce soir. J'ai demandé conseil sur Livraddict et la bataille fait rage entre du Tolkien (une relecture du Seigneur des Anneaux alors) ou du Jane Austen.  Je pense tenter le Tolkien étant donné qu'il y a une lecture commune sur le second tome et que j'ai aussi un challenge à réaliser.


Que lirai-je la semaine qui vient ?

Si je commence en effet Le Seigneur des Anneaux, ça risque de me prendre un bout de temps...  Je ferai peut-être une petite lecture parallèle pour alléger l'ensemble et avoir quelque chose à vous raconter ici. Deux BDs m'attendent dans ma PAL, pourquoi pas... Ou alors je prolonge mon séjour dans la littérature jeunesse avec la suite de Castle in the air, House of many ways.


Et vous, que lisez-vous ?

5 mars 2011

La vie devant soi, de Romain Gary (Emile Ajar)

Il y a de ces livres lus un peu par hasard et qui vous tombent sur le coin du cœur pour y rester bien accrochés. Je ne sais même plus pour quelle raison celui-ci a atterri dans ma wishlist, où une famille bienveillante l'a récupéré pour me l'offrir à Noël. Il n'était pas vraiment sur le devant de ma PAL mais lorsque j'ai fait appel à mes contacts Twitter pour m'aider à choisir ma lecture du soir, ce fut une des propositions.  En trois phrases j'étais scotchée, en deux soirées je l'avais dévoré.  Attention : coup de cœur !


Résumé :

Mohammed, 10 ans, est arabe et le fils d'une prostituée, comme tous les pensionnaires chez Madame Rosa, à Belleville. La vieille Juive obèse rescapée d'Auschwitz, ancienne prostituée elle-même,  a ouvert « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », autrement dit une pension clandestine où les dames qui se défendent (selon l'expression de Momo) abandonnent plus ou moins leurs rejetons. Alors Momo, aux côtés de cette maman de substitution, se débat contre les six étages que Madame Rosa ne peut plus monter et contre la vie, parce "ça ne pardonne pas" et parce qu'il n'est "pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur".


Mon avis :

Comme je ne sais pas que vous dire en premier, commençons par la jolie histoire de ce roman.  Romain Gary, auteur reconnu et titulaire d'un Goncourt en 1956 pour Les racines du ciel, est très critiqué dans les années '70. Pour retrouver sa liberté d'expression, il prend le pseudonyme d'Emile Ajar et l'utilise pour écrire La vie devant soi. Il va jusqu'à demander à son neveu d'endosser la personnalité de l'auteur imaginaire. Et paf !  Voilà-t-il pas que ce nouveau roman, encensé par les mêmes critiques qui enterraient Gary, obtient le Goncourt lui aussi !  Gary n'ignore pas qu'il est interdit d'obtenir deux fois ce prix mais ne dévoile pas son identité.  Le faux Ajar a beau refuser le prix, il l'obtient quand même.  Et ce n'est que dans un roman posthume, écrit peu avant son suicide, qu'il dévoilera la supercherie.

Il en faut du talent pour mystifier le Tout Paris littéraire et lui infliger un si beau pied-de-nez !  Mais c'est peut-être plus facile quand on se déguise en petit arabe bellevillois. Lorsqu'il écrit à la première personne hors autobiographie, un auteur se transforme un peu en acteur : il prend la forme d'un personnage et lui insuffle la vie. Le bon auteur comme le bon acteur est celui qui arrivera à être le plus crédible, et l'exercice est d'autant plus périlleux que le personnage est éloigné de son créateur.

Je ne saurais pas me prononcer sur la distance entre Romain Gary et le petit Mohammed, mais je peux vous dire que le petit bonhomme m'a sauté devant les yeux, plus vrai que nature. Dès les premières lignes, j'étais son amie.  Il disait ceci :
"La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines.  Elle nous le rappelait chaque fois qu'elle ne se plaignait pas d'autre part, car elle était également juive. Sa santé n'était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le départ que c'était une femme qui aurait mérité un ascenseur."
En trois phrases, on cerne un petit bonhomme qui ne dit pas son âge mais se trahit par des phrases bizarres aux expressions qu'on imagine entendues ailleurs et répétées dans le désordre. On découvre la naïveté d'un narrateur qui, à force de vivre dans un milieu où l'on retrouve toutes les déclinaisons du genre humain, ne voit aucun mal à parler librement de races et de religions. Et on sent poindre la tendresse pour une femme qu'il adore malgré son poids et sa tendance aux lamentations. Trois piliers de cette œuvre, trois excellentes raisons d'en tomber amoureux.

Il reste encore à découvrir la tristesse d'un petit garçon qui est bien seul au monde, sans parents et sans histoire, et qui a terriblement besoin d'attention...
"Mon copain le Mahoute qui était aussi un enfant de pute disait que chez nous le mystère était normal, à cause de la loi des grands nombres.  Il disait qu'une femme qui fait bien les choses, quand elle a un accident de naissance et qu'elle décide de le garder, est toujours menacée d'enquête administrative et il n'y a rien de pire, ça ne pardonne pas. C'est toujours la mère qui est en butte dans notre cas, parce que le père est protégé par la loi des grands nombres. "
"En courant parmi les voitures pour leur faire peur, car un môme écrasé je vous jure que ça ne fait plaisir à personne, j'avais beaucoup d'importance, je sentais que je pouvais leur causer des ennuis sans fin. Je n'allais pas me faire écraser uniquement pour les faire chier, mais je leur faisais vachement de l'effet.  Il y a un copain, le Claudo on l'appelle, qui s'est fait renverser comme ça en jouant au con et il a eu droit à trois mois d'hôpital, alors qu'à la maison, s'il avait perdu une jambe, son père l'aurait envoyé la chercher."

...un petit garcon qui se fait une philosophie de vie construite de bric et de broc, parfois amusante dans sa naïveté, mais surtout terriblement triste de lucidité...
"- Il ne faut pas pleurer, mon petit, c'est naturel que les vieux meurent. Tu as toute la vie devant toi.
Il cherchait à me faire peur, ce salaud-là, ou quoi ?  J'ai toujours remarqué que les vieux disent "tu es jeune, tu as toute la vie devant toi", avec un bon sourire, comme si ça leur faisait plaisir."
"- Mon petit Mohammed, je ne pourrais pas épouser une Juive, même si j'étais encore capable de faire une chose pareille.
- Elle n'est plus du tout une Juive ni rien, Monsieur Hamil, elle a seulement mal partout.  Et vous êtes tellement vieux vous-même que c'est maintenant à Allah de penser à vous et pas vous à Allah.  Vous êtes allé Le voir à La Mecque, maintenant c'est à Lui de se déranger.  Pourquoi ne pas vous marier à quatre-vingt-cinq ans, quand vous ne risquez plus rien ?
- Et que ferions-nous quand nous serions mariés ?
- Vous avez de la peine l'un pour l'autre, merde.  C'est pour ça que tout le monde se marie.
- Je suis beaucoup trop vieux pour me marier, disait Monsieur Hamil, comme s'il n'était pas trop vieux pour tout."
"La nature, elle fait n'importe quoi à n'importe qui et elle ne sait même pas ce qu'elle fait, quelquefois ce sont des fleurs et des oiseaux et quelquefois, c'est une vieille Juive au sixième étage qui ne peut plus descendre."

...et surtout, cet amour immense pour la femme qui l'a élevé (ou qui lui a permis de pousser), cet amour qu'on sent encore évoluer au fil du livre, teinté d'énormément de pitié que l'on en vient à partager, un amour qui lui donnera tous les courages.
"Je ne sais pas du tout de quoi Madame Rosa pouvait bien rêver en général. Je ne vois pas à quoi ca sert de rêver en arrière et à son âge elle ne pouvait plus rêver en avant."
"Maintenant que je me souviens, je me dis que Madame Rosa était beaucoup moins moche que ça, elle avait de beaux yeux bruns comme un chien juif, mais il ne fallait pas penser à elle comme une femme, car là évidemment elle ne pouvait pas gagner."
Entrer dans la tête de Mohammed et découvrir son histoire m'a complètement bouleversée et j'ai versé ma petite larme à la fin, qui n'est pourtant pas larmoyante. Mais c'était tellement, tellement touchant !  Bien plus que "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran", d'Eric-Emmanuel Schmitt, qui aborde les mêmes thèmes dans le même genre de décor, mais sous une forme bien édulcorée et superficielle si on le compare à ce roman-ci.

Bref, ça fait bien longtemps que je n'avais pas pu qualifier un livre de véritable coup de cœur, mais celui-ci remporte haut la palme. Lisez-le, c'est la seule chose à ajouter.


Pour en savoir plus :
- La fiche Bibliomania du livre
- Acheter ce livre sur Amazon
- Les avis de MeL et Akkantha, pour qui cette lecture a été également une véritable claque mais qui en parlent pourtant bien différemment de moi.

3 mars 2011

La Princesse des Glaces, de Camilla Läckberg

En ce moment, je ne lis que des livres qui font partie de lectures communes à venir, ce qui m'empêche d'en publier les chroniques dès maintenant...  Frustrant !  Alors pour vous montrer que je ne vous oublie pas, je vous remets une chronique que j'avais publiée sur le blog de Jess. Il est temps que je la rapatrie ici, d'autant plus que je compte vous parler un jour ou l'autre des romans qui suivent celui-ci...


Synopsis:

Erica Falck, écrivain suédoise de trente-cinq ans, retourne dans le village paisible où elle a grandi pour régler la succession de ses parents décédés brutalement. Lors de son séjour, elle découvre par hasard le corps de son amie d'enfance Alexandra, les poignets tailladés dans sa baignoire, prise dans la glace. Mêlée à l'enquête presque malgré elle, elle est rapidement convaincue qu'Alexandra ne s'est pas suicidée. Tout en gérant une situation personnelle compliquée par la perte de ses parents, les retrouvailles avec son passé et une histoire d'amour naissante, Erica tente de percer les mystères de la vie d'Alexandra. Quel est le lourd secret qui semblait couper son amie du monde extérieur ? D'où venait sa relation inattendue avec un artiste alcoolique du village ? Qui était son amant inconnu ? Et bien sûr: pourquoi a-t-on tué cette jeune femme si parfaite ?


Mon avis:

Après Millénium 1: les hommes qui n'aimaient pas les femmes, voici à nouveau un roman policier suédois. Celui-ci, qui d'après l'éditeur a connu un grand succès dans son pays, est un assez bon représentant du genre. L'histoire est bien construite, développant le mystère au fil des pages et dévoilant les clés de l'intrigue au compte-goutte, de façon à conserver une part de surprise jusqu'à la toute fin. Les personnages principaux sont sympathiques, leurs relations simples et bien décrites, et les personnages secondaires sont suffisamment développés pour leur donner une consistance dans l'histoire. Le décor, un petit village en bord de mer, apporte un aspect légèrement intimiste qui ajoute du charme à l'ensemble.

En ce qui concerne le style, en plus de quelques lourdeurs dans la traduction, il m'a semblé un peu plat; rien de bien dérangeant, mais rien d'exceptionnel non plus. Si l'auteur de Millénium a réussi à faire passer jusqu'en français un style narratif personnel truffé de détails anodins, ici Camilla Läckberg se contente de mettre la langue au service de l'histoire. Mais comme l'histoire en vaut la peine par elle-même, ce n'est pas vraiment un problème.

Malgré tout, il manque à ce polar un petit quelque chose pour être à la hauteur des romans policiers contemporains qui m'ont le plus marqué. Les personnages n'ont pas le côté fascinant de la Lisbeth Salander créée par Stieg Larsson ni du commissaire Adamsberg de Fred Vargas; l'intrigue n'a pas la vitalité pour nous tenir en haleine à chaque ligne comme les meilleurs romans de Dan Brown; le mystère n'est pas assez obscur pour nous tenter d'aller jeter un œil coupable aux dernières pages, condition que savait si bien créer Agatha Christie. Si la lecture de ce petit roman sympathique permet de passer un bon moment, je n'ai eu aucun mal à le déposer pendant quelques jours pour m'adonner à d'autres activités plus importantes - chose que je n'ai pas toujours su faire...

En résumé, ce n'est pas la découverte du siècle, mais une œuvre sympathique qui se lit sans façons. Je lui donnerais, disons, un 7/10, et je n'hésite pas à vous le conseiller. Il paraît que l'auteur a écrit quatre autres polars mettant en scène la même héroïne; j'envisage de mettre la main dessus à l'occasion!