30 juin 2011

La Belgariade, chant 3 : Le gambit du magicien, de David Eddings

Après deux lectures communes sur les tomes 1 et 2 de cette saga, je ne peux pas attendre mes compagnons pour lire et commenter le tome 3.  Il faut dire que je l'ai emprunté et lu dans la foulée du deuxième tome, ça fait déjà plusieurs semaines...  Alors voilà mon commentaire express !


Résumé :

Garion et ses compagnons sont toujours sur les routes, à la poursuite du voleur de l'Orb qui doit protéger le monde contre l'affreux dieu Torak.  Tandis qu'ils rendent visite à chacun des peuples de leur monde et parcourent des terres de plus en plus étranges et dangereuses, Garion en apprend plus sur ses pouvoirs et sur son rôle dans la réalisation d'une très ancienne prophétie. 


Mon avis :

Ca devient difficile de chroniquer chaque étape de cette saga.  Tout ce que j'ai envie de dire, c'est que je les découvre avec de plus en plus d'impatience, et si je n'ai pas encore sauté sur le prochain tome, c'est uniquement parce que les vacances se profilent, qui m'empêchent de l'emprunter à la bibliothèque !

La recette qui m'avait plue, surtout à partir du deuxième tome, fonctionne toujours: on a une bande de compagnons représentant chacun des origines différentes, qui s'aggrandit encore de personnages de plus en plus atypiques.  Les pays qu'ils parcourent sont tous particuliers, de plus en plus étranges, et les antagonistes qu'ils rencontrent de plus en plus dangereux.  Nos compagnons font face à des dangers de plus en plus graves mais gardent leur humour intact.

En plus de ça, on en apprend petit à petit plus sur Garion et son rôle particulier dans toute cette histoire, tout en sachant qu'il reste encore beaucoup à découvrir.  Si le premier tome était frustrant à ce niveau-là, puisqu'on ne comprenait pas le but ultime du voyage, maintenant on commence à entrevoir ce qu'il en est et on n'a qu'une envie, se procurer le tome suivant.  Garion n'est plus un enfant mais un adolescent de plus en plus décidé.

Bref, je m'attache de plus en plus à cette histoire et je suis de plus en plus impatiente d'en découvrir la suite, même si ça reste avant tout un divertissement agréable plutôt qu'une grande oeuvre de littérature.  Il y a bien quelques côtés "faciles" (notamment une amourette naissante assez exaspérante) mais ils sont compensés par l'imagination débordante de l'auteur qui nous invente des contrées de plus en plus sauvages et développe sa mythologie. 

En résumé : attendez-vous à retrouver les épisodes suivants sur ce blog dès que je rentrerai de vacances  :)


Un extrait audio (en anglais) :
Garion discute avec sa "voix intérieure" qui lui explique quel sera son rôle final dans le déroulement de l'univers.



Pour en savoir plus :

29 juin 2011

La Belgariade, chant 2 : La reine des sortilèges, de David Eddings

Il y a quelques semaines, je vous parlais du tome 1 de la Belgariade lu dans le cadre d'une lecture commune.  Je n'étais pas tout à fait convaincue, mais je voulais poursuivre l'aventure.  Une seconde lecture commune s'est donc mise sur pieds, et voici mon avis sur ce second tome (la série en compte 5).


Résumé :

Garion, Mr Loup, Tante Pol et leurs compagnons sont toujours sur les routes du monde à la poursuite du mystérieux voleur de l'Orb d'Aldur.  Le monde court à la catastrophe si le prêtre de Torak qui l'a en sa possession arrive à l'apporter jusqu'à son maître.  De royaume en royaume, notre troupe de héros, qui s'agrandit en cours de route de nouveaux personnages étonnants, brave tous les dangers pour sauver le monde.  Et Garion en apprend plus sur son histoire et sur les pouvoirs mystérieux qui l'habitent.


Mon avis :

Vous vous souviendrez peut-être que dans ma chronique du premier tome, je me suis plainte de la lenteur de l'intrigue, du caractère enfantin mal décrit de Garion, du manque de surprises et des personnages que l'on confond.  Eh bien j'ai bien fait de poursuivre l'aventure : toutes ces critiques sauf la dernière ne sont plus d'actualité dans ce tome-ci.

En fait, l'intrigue est toujours relativement lente, puisqu'on se contente de poursuivre la ballade sans arriver à destination.  La différence c'est qu'entretemps, j'ai eu le temps de m'y habituer.  C'est un peu le même principe que le Seigneur des Anneaux, une longue quête vers un but précis, mais sans l'intensité que Tolkien arrive à mettre dans sa menace.  Mais notre petite troupe parcourt quand même des paysages très différents, passe par pas mal de périls, et le rythme est mieux maîtrisé dans ce tome, je trouve.   Par contre, une belle carte du monde qu'ils traversent serait la bienvenue ; il y en a dans mon tome mais elles sont quasiment illisibles.

En ce qui concerne le caractère de Garion, là aussi ça s'arrange.  L'auteur s'efforce moins de l'infantiliser, ce qu'il faisait assez mal, et du coup il ressemble plus à un personnage crédible.  Ses états d'âme sont assez compréhensibles.  Je l'ai trouvé beaucoup plus juste.

Le manque de surprises du premier tome venait surtout du fait que l'introduction révélait beaucoup trop de choses qui cassaient le suspense de la suite.  J'ai hésité avant de lire l'introduction de ce tome-ci, mais finalement je l'ai fait, et je ne le regrette pas.  Cette fois-ci, l'intro livre des informations complémentaires sur la mythologie, mais ces informations ne remettent pas en cause le suspense global, au contraire, elles permettent de comprendre certains détails qui ne seront pas expliqués.  Deux ou trois fois, l'auteur a réussi à me surprendre en sortant ses personnages d'un mauvais pas d'une façon assez originale.

Enfin, je me plaignais dans ce premier tome de confondre les personnages, surtout les rois et les noms de royaumes.  Là je dois dire que c'est toujours un peu le cas. Heureusement que je m'en sors avec les personnages principaux et que chaque pays est découvert séparément.  Mais honnêtement, un bon répertoire des pays, de leurs rois, de leurs caractéristiques principales et un petit index des personnages serait le bienvenu ! 

Sinon globalement je me suis bien amusée pendant cette lecture.  C'est facile, agréable, certains personnages sont vraiment amusants.  Ca n'a toujours pas l'intensité d'une grande saga et l'histoire se développe vraiment lentement, mais j'ai passé un bon moment et je vais continuer l'aventure jusqu'au bout je pense.  Qui est avec moi ?


Un extrait audio (en anglais) :
Pour la première fois, Garion a utilisé ses pouvoirs involontairement et il n'arrive pas à assumer leurs effets.



Pour en savoir plus :
- la page Bibliomania du livre
- acheter ce livre (en français)
- les avis de me co-lecteurs : Taliesin (qui n'a pas aimé, lui), Felina, Korto (à qui ce tome a beaucoup plu), PetiteMarie, Plumeline, Sollyne

22 juin 2011

Courir, de Jean Echenoz

Voici un livre lu sur un coup de tête, uniquement parce que ma lecture en cours est en grand format et que j'avais besoin d'un livre de poche à emporter avec moi dans les transports en commun.  "Courir" m'attendait dans ma bibliothèque, offert il y a déjà assez longtemps, juste à côté de son petit frère "Les grandes blondes" déjà lu.  Et voici où me mènent mes impulsions...


Résumé :

On a dû insister pour qu'Emile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s'arrête plus. Il ne cesse plus d'accélérer.
Voici l'homme qui va courir le plus vite sur la Terre.


Mon avis :

Vous avouerez que le résumé ci-dessus est assez succinct ; c'est pourtant la seule information que j'avais à propos de ce livre avant de le commencer.  Une découverte complètement à froid, donc.  Et c'est toujours une expérience très agréable de connaître une très bonne surprise dans ces conditions.

J'ai donc commencé cette lecture en apprenant à connaître le jeune Emile, un gamin de famille pauvre qui travaille en usine et étudie la chimie.  On le voit traverser la guerre (celle où les Allemands débarquent gentiment), ce qui nous donne une idée de l'époque et du lieu (la Tchécoslovaquie).  Puis on croise Emile en train de courir, parce qu'il faut bien, puis parce qu'il aime bien, puis parce qu'il devient le meilleur.  Son histoire est passionnante et pourtant un poil trop réaliste pour être sortie toute nue de l'imagination d'un auteur.  Et là, vers le milieu du livre, au détour d'un patronyme qui ne sera utilisé qu'une seule fois, on comprend.  Ceci n'est pas un roman, ceci est une biographie.

Il faut dire que sous la plume d'Echenoz, un destin déjà original prend des allures de conte surréaliste.  J'avais déjà apprécié ce style dans "Les grandes blondes" et je l'ai adoré ici.  La belle histoire de ce personnage historique se déroule sur un fond relativement tragique de guerre, de pauvreté puis de pays sous régime dictatorial ; et pourtant, l'auteur traite l'ensemble avec un détachement ironique surprenant.  A peu de choses près, il se moque de la guerre, des privations, et même de son personnage, présenté comme un gentil garçon un peu naïf, trop souriant.  Mais l'histoire en devient succulente et on la traverse avec beaucoup plus de plaisir que celui qu'on trouverait dans une biographie ordinaire, au gré d'une plume qui sait si bien se jouer de la langue.

En bref, j'ai passé un excellent moment de lecture ; j'y ai retrouvé le plaisir de la voix d'Echenoz sans la déception d'une intrigue trop farfelue. Un vrai plaisir !


Un extrait audio :
Emile, encore jeune, dans son pays occupé par l'armée allemande, découvre la course.  On sent dans ce passage toute l'ironie de l'auteur qui présente l'occupation sans drame et un futur champion qui n'aime pas encore courir...

       


Pour en savoir plus : 
- la fiche Bibliomania du livre
- acheter le livre sur Amazon

19 juin 2011

Twilight, de Lily S. Mist

Voici une chronique bien particulière pour moi, puisque je me permets de donner mon avis sur le premier roman d'une amie.  C'est délicat bien sûr !  Elle me connaît bien, elle habite à portée de vélo, le moindre faux pas et c'est la boule puante dans la boîte aux lettres !  Heureusement, je ne m'engage pas seule dans cette aventure puisqu'il s'agit d'une lecture commune.  Voilà qui me donne un peu de courage et je vous promets donc d'être tout à fait honnête ! 


Résumé :

Sur qui peut-on compter pour trouver un sens à sa vie ?  
Sa famille, Zach l'a perdue depuis qu'il s'est fait chasser de chez lui.  Son meilleur ami, il a disparu au moment où il avait le plus besoin de lui. 
Seul dans un endroit étranger, à chercher la raison de son existence, il va découvrir que certains sont prêts à l'aider : des inconnus, disposés à lui offrir un nouveau départ, et une chance de guérir enfin les blessures de son passé.
(quatrième de couverture)


Mon avis :

C'est vraiment difficile d'évaluer un livre sans se laisser influencer par ce qu'on sait de la personne qui l'a écrit, je m'en rends compte pour la première fois.   Je ne voudrais pas être trop indulgente, ni injustement critique par opposition.  Et puis je savais avant de commencer que toutes les personnes que je connaissais et qui l'avaient lu l'ont apprécié.  Difficile de rester objective dans ces cas-là !  Alors je pense que le mieux, c'est d'opérer à la façon d'un diagnostic médical.

Tout d'abord, mes antécédents : ce roman porte sur une narration de type "développement personnel", où on voit Zach évoluer au fur et à mesure de ses rencontres et de ses expériences.  J'ai personnellement eu de très bonnes expériences dans ce genre littéraire ("Ensemble, c'est tout" d'Ana Gavalda, ou "Tête de piaf" de Philippe Crognier).  Mais j'en ai eu aussi de très mauvaises, car il se trouve que dans ce domaine, je n'ai pas de demi-mesure : la moindre faiblesse me rend l'ensemble insupportable. Quand on parle de la vie émotionnelle des gens, soit on est génial, soit on est ridicule.  On peut le dire : je suis particulièrement difficile. 

Continuons avec les symptômes éprouvés, par ordre chronologique.  Je dois avouer que je n'ai pas été accrochée dès le début.  J'ai commencé avec curiosité mais il m'a fallu un certain nombre de pages pour m'intéresser suffisamment à l'histoire que pour avoir envie de rouvrir le livre.  Jusque là, rien de bien extraordinaire, ça m'arrive souvent.  Ce qui m'a finalement accrochée, c'est la personnalité de ce pauvre Zach : il est vraiment au fond du gouffre tout en restant attachant, on le sent très faible et on devine de lourds secrets.  Ça m'a poussée à avoir envie d'en savoir plus.

Ensuite est venue une phase désagréable, je dois bien l'avouer.  Mon problème était le suivant : j'ai très rapidement détesté le personnage de Vincent.  Là je sais que je vais faire bondir plus d'une de mes co-lectrices, car Vincent a tout ce qu'il faut pour plaire, mais justement c'est ce qui m'a posé problème.  Il est beau, intelligent, riche mais ça le dérange un peu, il fait à mi-temps un métier d'intello-artiste (architecte) et à mi-temps un métier super cool (propriétaire de bar), il s'habille magnifiquement, il a un appart super génial (les portes coulissantes et la déco moderno-originale, quand même, on en rêve), il fait un sport hyper classe (tir à l'arc), il est mystérieux, solitaire et un poil grognon, il parsème ses phrases de touches d'anglais 'coz he used to live in the USA, il a même une belle voiture, et bien évidemment, une blessure profonde qu'il va devoir surmonter... Bref, le Ken de Barbie, en mieux. Ça me paraissait d'autant plus dommage que les autres personnages m'ont directement plu par leur gentillesse (peut-être un peu exagérée) et leur originalité.   En plus, le comportement de Vincent envers Zach, dès le début très ambigu (et vas-y que je te touche et que je te prenne dans mes bras), a achevé de me mettre en rogne : il me semblait qu'il jouait avec les pieds de Zach et le pauvre garçon ne méritait vraiment pas ça ! 

Bref, il y a eu une période où je tournais les pages un peu à contre-cœur.  Et puis un truc vraiment bizarre s'est passé : j'ai été hypnotisée.  Il ne se passait pas énormément de choses pourtant, mais je voulais absolument savoir la suite.  Subjuguée, en quelque sorte, au point de lire quand je n'avais pas le temps, de lire dans la voiture (ça me rend malade), bref, un besoin compulsif de tourner les pages.  Le pire c'est que je ne sais pas vraiment ce qui fut la cause d'une telle frénésie.  Le plaisir de voir Zach "grandir" peut-être ?  Le fait qu'au fur et à mesure de l'histoire, Ken... euh... Vincent gagnait de la profondeur ce qui le rendait un peu moins insupportable ? 

Toujours est-il que dans ce petit monde en vase clos, on suit Zach et les épreuves qu'il surmonte.  Il revient de l'enfer et pas à pas se reconstruit.  C'est un beau message d'espoir en l'humanité que cette histoire, même si il m'a semblé que c'était parfois un peu "facile", que certains personnages étaient trop parfaits et que Zach se remettait trop bien de certaines épreuves particulièrement éprouvantes.  Mais on l'aime tellement ce gamin, on est content pour lui en réalité !  Et puis je dois avouer que c'est le premier roman que je lis basé sur une intrigue homosexuelle, c'est une expérience originale que je recommande.

Pour compléter le tableau des symptômes, un autre petit effet légèrement désagréable : les scènes de sexe m'ont mise relativement mal à l'aise, même si elles sont décrites sans vulgarité et même de façon fort touchante.  Mais ça il faut le mettre sur le compte d'une prédisposition personnelle à une pudeur exagérée, je pense. 

Alors, docteur, le diagnostic ?  Je dirais que ce produit n'est nullement nocif et au contraire particulièrement agréable, qu'il fait réagir les sens mais qu'il faut se méfier de son effet addictif.  A recommander surtout pour les cœurs tendres et un poil romanesques, ça ne peut leur faire que du bien.  En tous cas, bien qu'il soit le premier fruit d'un laboratoire encore jeune, il n'a rien à envier aux vétérans du marché. Félicitation Mademoiselle Lily, on attend d'autres productions !

Il me reste juste une question, à laquelle j'espère que l'auteure répondra en commentaire : pourquoi le titre Twilight ?


Un extrait audio :
        
  

Pour en savoir plus :
- La fiche Bibliomania du livre
- Acheter le livre
- Les avis de mes co-lecteurs, tous très enthousiastes : Heclea, Mallou, Thalia, Flo_boss, Nanet
- Le site de Lily S. Mist, avec le texte en version électronique, d'autres projets d'écriture, des bonus, etc
- La page facebook de l'auteure

8 juin 2011

Voyage au centre de la terre, de Jules Verne

Il y a des jours où un bon bouquin vous sauve un mauvais week-end. Ce fut le cas le week-end de Pâques, que j'ai passé, contrainte et forcée, à travailler manuellement entourée de gens qui ne parlaient pas ma langue.  Dans ces cas-là, une seule planche de salut : un bon audiolivre sur mon iPod.  


Résumé :

Le professeur Otto Lidenbrock, savant allemand, découvre dans un vieux livre islandais un document mystérieux écrit en runes et codé.  Lorsque son neveu Axel et lui arrivent à le déchiffrer, ils découvrent que ce message mystérieux a été écrit par Arne Saknussemm, un chimiste islandais du XVIème siècle, qui prétend avoir atteint le centre de la Terre en passant par le cratère d'un volcan. Aussitôt, le professeur Lidenbrock entraîne son neveu pour reproduire cette grande aventure...


Mon avis :

Le plaisir que l'on trouve à écouter un audiolivre dépend en grande partie de la voix du lecteur.  J'ai déjà eu de mauvaises expériences, des lecteurs qui avaient une voix ennuyeuse, traînante, ne correspondant pas à l'oeuvre qu'ils lisaient. Mais j'ai surtout eu d'excellentes surprises, des lecteurs passionnants, des voix parfaitement adaptées à la lecture, en bref des audiolivres où le plaisir était doublé par le fait de s'entendre raconter l'histoire. 

"Voyage au centre de la terre" fut de ces expériences positives.  Je m'étais fournie chez mon dealer préféré, www.litteratureaudio.com, qui offre gratuitement des audiolivres d'oeuvres dans le domaine public.  Cette fois-ci le lecteur était un certain Damien Genevois et j'ai adoré sa façon de raconter l'histoire : il arrivait à transmettre l'enthousiasme et la naïveté du neveu du héros et parvenait à donner un ton naturel aux descriptions parfois un peu ardues de lieux ou de théories scientifiques.  Un vrai plaisir à écouter !

En ce qui concerne l'histoire, c'est du très bon Jules Verne, un de mes préférés.   Sur les traces d'un savant islandais qui a laissé un message codé dans un vieux bouquin, le jeune Axel se fait entraîner par son oncle au coeur d'un volcan dans le but d'atteindre le centre de la terre. Il y va en traînant la patte, tiré par son oncle et poussé par sa fiancée secrète.  Le manque de caractère du jeune homme est assez pénible par moments mais c'est un excellent narrateur malgré tout.

Comme d'habitude, Verne nous concocte un voyage formidable, rempli d'aventures et d'images grandioses.  On y rencontre une mer souterraine où soufflent des geysers géants et des orages électriques impressionnants, un champ de champignons gigantesques et d'arbres pétrifiés, on y meurt de soif, on s'y perd dans un dédale de galleries, on y voyage sur le dos d'un ascenseur de lave en fusion... Le lecteur comme les personnages n'ont pas droit à un moment de repos, à part pour admirer le monde autour d'eux ! 

Le plus amusant dans cette histoire est que Jules Verne la justifie par des théories scientifiques de son époque qui semblent crédibles malgré tout ce que nous savons maintenant prouvant qu'elles sont entièrement fausses.  On en viendrait à grimper dans le volcan avec eux, juste pour voir s'il fait vraiment chaud au fond !  Il y a au passage quelques découvertes touristiques de l'Islande et quelques passages "savants" mais soit c'est le narrateur qui les fait passer plus facilement, soit elles étaient beaucoup moins nombreuses que dans "Vingt-mille lieues sous les mers" par exemple.

Bref, un audiolivre que je vous conseille ; il a sauvé mon week-end ! Merci Jules Verne et merci Damien Genevois !

4 juin 2011

Eichmann à Jerusalem, de Hannah Arendt

On change un peu de registre ici avec un livre documentaire à la place d'un roman.  Si vous aimez l'histoire, ceci va vous plaire !  Et sinon, d'avance désolée de m'être autant emballée sur un sujet qui me passionne...


Résumé :

En 1961, Adolf Eichmann, haut fonctionnaire allemand sous le Troisième Reich, est enlevé à Buenos Aires par les services secrets israéliens et emmené en Israël pour y être jugé.  Pendant la deuxième guerre mondiale, il était responsable des « affaires juives et de l'évacuation »  et par conséquent a géré d'un point de vue logistique l'identification des victimes de l'extermination raciale et leur déportation vers les camps de concentration. Hannah Arendt, philosophe juive allemande exilée aux Etats-Unis, couvre le procès pour le journal The New Yorker. Ce livre est la compilation de ses chroniques du procès où elle dresse le portrait d'un meurtrier de masse sous les traits d'un homme ordinaire, sans fanatisme, l'incarnation de "la banalité du mal".


Mon avis :

Je suis depuis longtemps fascinée par l'Holocauste.  Je n'arrive pas à imaginer comment une nation civilizée, il y a seulement soixante ans, a pu mener un massacre d'une telle ampleur par pure haine contre un peuple innocent, sans aucun intérêt en soi.  Je ne comprends pas non plus comment des milliers d'hommes (et de femmes) ont collaboré sans état d'âme à un meurtre aussi gigantesque et aussi cruel envers des gens qui vivaient parmi eux.  Je ne peux pas croire que tous les organisateurs de la Solution Finale, de ceux qui ont donné les ordres à ceux qui poussaient les gens dans les chambres à gaz du bout de leurs fusils ou dénonçaient leurs voisins, étaient des sadiques ou des dégénérés moraux.  Mais alors, comment cela a-t-il pu arriver ?  Quel genre d'être humain collabore à un tel massacre, quel état d'esprit peut annihiler toute conscience ?  Ce sont des questions qui me hantent parce que je ne peux même pas concevoir une explication qui me paraisse vaguement plausible.  Et aussi parce qu'il me semble essentiel de comprendre afin de pouvoir éviter que ça ne se reproduise.

Il y a quelques années j'ai lu "La mort est mon métier", une biographie romancée du commandant d'Auschwitz Rudolf Höss écrite par l'historien Robert Merle, un de mes auteurs préférés.  Un ouvrage superbe qui nous permet de découvrir ce qui fait d'un gamin à peu près ordinaire, un homme qui va mettre sur pieds avec beaucoup de zèle des méthodes d'extermination systématique.  Merle nous présente Höss comme un homme normal déshummanisé par les circonstances. C'est une théorie intéressante qui répond en partie à ma question et qui m'a encouragée à approfondir mes recherches en ce sens.

C'est là que j'ai appris que la vision de Merle se rapprochait de celle d'Hannah Arendt, laquelle l'a rendue publique dans son ouvrage "Eichmann à Jérusalem", d'ailleurs sous-titré "Rapport sur la banalité du mal".   C'est ce qui m'a menée à ce livre.  J'espérais y lire à la fois le compte-rendu d'un des procès les plus médiatisés du XXème siècle, mais aussi une approche philosophique, sociologique et psychologique sur la question de savoir ce qui s'était passé dans la tête d'hommes normaux agissant comme des monstres. 

Je dois dire que j'ai été très surprise sous bien des aspects au cours de ma lecture.  La première surprise c'est que ce livre n'est pas un compte-rendu comme je m'y attendais, mais plutôt une analyse du procès.  Arendt n'y présente pas le déroulement du procès de façon linéaire mais plutôt sa substance, divisée en sujets d'analyse, enrichie par une recherche historique et documentaire très approfondie et par une analyse sociologique, psychologique et juridique extrêmement pertinente.  Le tout reste pourtant largement accessible et bien écrit (malgré de longues et nombreuses parenthèses un peu démodées de nos jours).  Arendt fait aussi preuve d'un esprit très critique : elle n'épargne ni la défense ni l'accusation, remet en cause la tenue du procès lui-même, retourne aux bases des fondements juridiques et moraux qui justifient la notion de "crimes contre l'humanité" et remet en perspective les affirmations de tous les intervenants. Depuis 1963, année de publication du livre, cette analyse de l'Holocause restera une référence.

La deuxième surprise c'est que je m'attendais à une présentation théorique du concept de "banalité du mal" bien distinguée du reste du texte. En fait il n'en est rien : tout le livre porte sur le procès et sur les thème abordés par celui-ci.  La "banalité du mal" est en réalité un concept qui se dégage quasiment de lui-même, presque incidemment, à partir de la présentation d'Eichmann qui est faite par Arendt.  

En fait, sous la plume bien documentée d'Arendt, Eichmann n'est pas, comme je m'y attendais (troisième surprise), un grand dignitaire allemand, intelligent, rusé, pervers, à la tête de l'Etat ; le petit frère d'Hitler ou de Heydrich, en somme.  Au contraire, c'est un homme d'intelligence très moyenne, incapable de saisir les non-dits, laissé de côté par les vrais décideurs et arrivé au sommet de sa carrière parce qu'il a choisi "le bon camp".  Il a lu deux livres sur le judaïsme (les deux seuls livres qu'il ait lu dans sa vie) et le voici promu "spécialiste de la question juive" juste avant la guerre, ce qui deviendra un poste important lorsqu'est décidée la Solution Finale. Très longtemps, il croit qu'on va expulser les Juifs vers une terre pour les accueillir et défend des solutions irréalisables.  A la Conférence de Wannsee, ce n'est qu'un petit intervenant qui servira de rapporteur.  Mais une fois les ordres donnés, il pourra enfin faire montre de son seul vrai talent, celui de logisticien qui remplit les trains de Juifs et les emmène jusqu'aux camps de concentration pour vider pays après pays.

Arendt met très clairement en lumière la façon dont Eichmann a, en très peu de temps et de façon assez lâche, réussi à s'asseoir sur sa conscience pour exécuter les ordres et faire carrière.  Elle ne le présente pas comme un antisémite convaincu mais plutôt comme un petit homme ambitieux et sans vraie personnalité.  Même au moment du procès, il ne semble pas capable de se battre correctement pour sa propre vie : ses mensonges sont si maladroits et sa mémoire sélective le sert si mal qu'Arendt y voit plutôt une tendance à se représenter sa vie sous la forme de phrases qui sonnent bien, sans rapport avec la réalité des faits, ce qui lui interdit une vue raisonnée sur son environnement.  Elle décrit notamment sa visite dans un camp de concentration pour venir en aide à un ami juif qui est enfermé ; Eichmann réussit à lui obtenir quelques privilèges et repart avec le sentiment du devoir accompli, alors que l'ami en question se trouve dans un camp de la mort où il décèdera six semaines plus tard.

C'est à partir de là que le lecteur a lui-même la possibilité de se représenter "la banalité du mal". Arendt ne généralise pas cette théorie et s'en tient à l'analyse d'un homme en particulier, mais le lecteur est très tenté de s'offrir ce luxe.  Il ne faut pas croire non plus qu'Arendt nous propose cette représentation comme une excuse : parce qu'un homme normal dans ces circonstances s'est laissé entraîner à participer à des actes aussi atroces, on pourrait penser que tout homme dans ce cas est excusable.  Arendt démonte cette façon de voir de différentes façons, notamment en critiquant violemment l'excuse d'Eichmann selon laquelle "si lui ne l'avait pas fait, un autre l'aurait fait". Il n'en reste qu'elle démontre aussi la faiblesse du système d'extermination nazi : il suffisait d'un rouage qui grippe pour que toute l'opération soit remise en cause.  Et dans la plupart des pays, il n'y a eu aucun petit caillou pour enrayer la machine.

A côté de l'analyse du "cas Eichmann", une foule d'autres informations se bousculent dans ce livre qui n'a pourtant rien d'une encyclopédie.  Il y a notamment la présentation succincte de l'extermination juive pendant la guerre, pays par pays, qui est particulièrement intéressante car les situations ont été extrêmement variées : depuis la Roumanie qui a choqué les Allemands par la barbarie du traitement des Juifs, jusqu'au Danemark dont la résistance passive a réussi à faire annuler toute l'opération.  Il y a aussi l'épineuse et étonnante question de la participation des Conseils Juifs dans la déportation.  Arendt affirme et prouve que dans chaque pays envahi, les Allemands confiaient aux représentants de la population juive la tâche de sélectionner et de préparer les convois vers les camps de concentration.  J'ignorais ce "détail", qui a d'ailleurs donné lieu à des marchandages tout à fait horribles. Arendt va jusqu'à affirmer que sans cette collaboration, l'Holocauste aurait été en grande partie impossible.  

Il y a aussi un passage qui m'a beaucoup marquée, celui qui concerne la Conférence de Wannsee.  Il s'agissait d'un rassemblement de hauts fonctionnaires de l'Etat allemand où Heydrich, adjoint d'Himmler, annonce aux secrétaires d'État des principaux ministères la mise en oeuvre de la Solution Finale.  Pour une entreprise d'une telle envergure, il a besoin du soutien de tous les organes de l'Etat ; mais ce n'est pas gagné d'avance, car ces hauts fonctionnaires de carrière sont en poste depuis très longtemps, bien avant que les nazis ne prennent le pouvoir, ce ne sont pas des SS convaincus comme les proches d'Hitler. On pourrait s'attendre à ce qu'ils se rebellent contre un projet aussi immoral, d'autant plus que (une autre chose qui m'a beaucoup étonnée) aucun dignitaire allemand, avant ou pendant la guerre, n'a été condamné sérieusement pour s'être opposé à l'antisémitisme ; les seules sanctions étaient professionnelles.  Et pourtant, pas un seul des participants à la Conférence de Wannsee n'a émis la moindre objection morale au principe de la Solution Finale.  Au contraire, les intervenants se sont attachés à proposer des solutions concrètes pour sa mise en place effective.  Et eux, ce n'étaient pas de simples fonctionnaires pas très intelligents comme Eichmann, c'étaient les têtes pensantes qui faisaient fonctionner l'Etat en coulisse depuis des années.

Alors, au final, qu'est-ce que j'en retire ?  Plus de questions que de réponses, probablement. Disons qu'il devait y avoir plusieurs classes parmi les collaborateurs à l'Holocauste : les sadiques, les individus incapables de distinguer le bien du mal ou de faire preuve d'empathie, les profiteurs qui avaient un intérêt matériel à se débarrasser de certains Juifs, les hommes normaux endoctrinés par les circonstances, les "suiveurs" peu intelligents du type d'Eichmann. Mais je ne suis pas persuadée que ça explique les milliers de cas d'humains déshumanisés. Et il y a encore tellement de questions parallèles à élucider... 

Bref, un livre interpellant qui devra être suivi par encore bien d'autres avant que je puisse trouver toutes mes réponses, même si Hannah Arendt m'a mise sur la bonne voie. Si vous avez d'autres ouvrages de qualité à me proposer sur ce sujet, n'hésitez pas, je suis preneuse !


Un extrait audio :
Cet extrait (en anglais) est issu du postcript et résume en quelques mots ce qui, dans la personnalité d'Eichmann, lui a permis de devenir un des plus grands criminels de l'histoire.  
       
   

Pour en savoir plus :
- le mémorial de Yad Vashem pour les victimes juives de la Shoah a mis en ligne sur YouTube l'intégralité du procès d'Eichmann avec des sous-titres en anglais.