12 décembre 2011

Petits crimes japonais, de Kyotaro Nishimura

Tri et relecture, seconde partie. Encore un auteur de romans policiers japonais, mais celui-ci d'un autre style, plus fidèle au genre, et d'une autre époque, plus proche de nous.

Résumé :

Petits crimes japonais est un recueil de huit nouvelles, publié d'abord chez Clancier-Guénaud puis chez Rivages/Noir. On y découvre les origines d'un cadavre souriant, une façon originale d'aider les sans-abris, les bénéfices de l'altruisme, les distractions sournoises des grands riches, les dangers potentiels à nourrir les pigeons, l'émotion particulière de certains souvenirs de guerre, les qualités d'un bon maître chanteur, et même, la besogne étrange d'un extra-terrestre. La plupart de ces histoires ont leur squelette dans le placard, et souvent d'ailleurs, assez littéralement.


L'avis de Sanjuro :

Le nom de Kyotaro Nishimura est probablement inconnu de la plupart des lecteurs européens, pourtant, c'est un auteur prolifique qui écrit depuis les années 60 et a publié près de 500 livres ! Âgé maintenant de 81 ans, cela ne l'empêche pas de poursuivre son activité d'écrivain. Son dernier roman est même sorti tout récemment, le 5 octobre 2011, Totsugawa Shôzô Hakone Bypass no Wana, qui veut dire, si je ne m'abuse, Le Piège de la Déviation d'Hakone; Totsugawa Shôzô étant le nom de son détective vedette. A ma connaissance, très peu de ses romans ont été traduits en français, les deux que j'ai lus étant Les Dunes de Tottori, un bon petit polar sur le chemin de fer dans la veine de The Great Train Robbery de Michael Crichton, et Les Grands détectives n'ont pas froid aux yeux, une histoire amusante où plusieurs détectives célèbres (le commissaire Maigret, Ellery Queen, Hercule Poirot et Kogoro Akechi; cf. critique du Lézard noir) tentent ensemble de résoudre un mystère au Japon.

6 décembre 2011

Les dix livres qui ont bercé mon enfance


Finalement, je continue la série des Top Ten Tuesday, le rendez-vous de The Broke and the Brookish en anglais et Iani pour la version française. D'autant plus que le thème de cette semaine me plaît beaucoup !  Il s'agit des dix livres qui ont bercé votre enfance. 

Petite intro : pendant mon enfance (et jusqu'à mes 18 ans), j'ai été contrainte pour des raisons pratiques de passer plusieurs heures après l'école et (jusqu'à 11 ans) toutes les vacances scolaires chez ma grand-mère.  Ma grand-mère n'était pas méchante mais elle ne concevait qu'une seule façon d'occuper un enfant : le coller devant la télé. Mais de mon côté, les clubs Dorothée et autres Hélène et les garçons m'ont vite fatiguée, alors à la place je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux : les livres d'enfance de mon père, les classiques de la bibliothèque familiale (feuilles d'oignon reliées cuir que je dois être la seule à avoir jamais ouverts), les Reader's Digest, les livres d'école empruntés, tout.  Voici donc un petit florilège de ceux qui m'ont suffisamment marquée pour que je m'en souvienne encore aujourd'hui.

30 novembre 2011

Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Exupéry

Après un passage "fantasy" intense, je voulais changer un peu d'univers.  J'ai pris au passage un roman qui traîne dans ma bibliothèque depuis toujours... Et je l'ai dévoré en une journée.


Résumé :

"La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres.  Parce qu'elle nous résiste.  L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle.  Mais, pour l'atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot, ou une charrue.  Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu'il dégage est universelle.  De même l'avion, l'outil des lignes aériennes, mêle l'homme à tous les vieux problèmes."


Mon avis :

J'ai choisi comme résumé le tout premier paragraphe du livre parce qu'en effet, il résume bien l'ensemble de cette oeuvre beaucoup plus profonde que ce que ses 182 pages aérées pourraient laisser présager.
On y parle d'avion, et c'est bien l'avion qui est le grand héros de cette histoire.  L'auteur fut un aviateur passionné au moment où l'aviation en était encore à ses débuts et où chaque vol était une aventure risquée.  Sans les outils de navigation modernes, les pilotes naviguaient à l’œil, s'orientaient grâce aux lumières et aux paysages, risquaient sans cesse de se perdre ou d'emboutir une montagne. Inutile de dire que dans un tel environnement, les pilotes et leurs techniciens étaient de véritables aventuriers, des passionnés et des fous. Ils apprenaient avant tout à se poser en catastrophe aux quatre coins du monde et, pour ça, à étudier les moindres détails de cartes pas toujours très fiables.

29 novembre 2011

Top 10 Tuesday : Les livres qui vous ont laissés bouche bée

Ça y est, je me lance !  Ça fait un bout de temps que je voulais me joindre au rendez-vous du mardi de la blogosphère.  Ça a commencé en anglais sur The Broke and the Brookish, ça a été repris en francais par Iani, et ça me tentait depuis un certain temps : le Top Tuesday.  

Petite intro pour ceux qui ne connaissent pas :  il s'agit de faire chaque mardi son top 10 sur un sujet décidé à l'avance.  Cette semaine, il faut nommer dix livres qui vous ont laissés bouche bée (autrement dit, qui vous ont beaucoup surpris). Un sujet délicat puisque je ne veux surtout pas spoiler... Et puis ce n'est pas évident, ce n'est pas quelque chose qui arrive tous les jours. Du coup mon top 10 se transforme en top 8, vous ne m'en voudrez pas, je débute. 

27 novembre 2011

The Alloy of Law, de Brandon Sanderson

Exactement le jour où je terminais la trilogie Fils-des-brumes, de Brandon Sanderson, je recevais dans ma boîte-aux-lettres le nouvel opus de l'auteur, un roman dans le même monde mais situé 300 ans plus tard. Lu dans la foulée, bien sûr !


Résumé :

Trois cents ans après le renversement du Seigneur Maître, le monde de Kelsier, Vin, Sazed et les autres a bien changé. La capitale Elendel est depuis peu éclairée à l'électricité, les voitures commencent à apparaître et les gratte-ciels montent de plus en plus haut. En-dehors des villes, c'est le far-west où une poignée de justiciers essaie de rétablir l'ordre.

Waxillium faisait partie de ceux-là, jusqu'à ce qu'un drame personnel l'encourage à rentrer à Elendel pour prendre possession de son héritage noble. Malheureusement, il a beau essayer de se tenir à l'écart de l'aventure, c'est l'aventure qui vient à lui : une troupe de bandits voleurs de marchandises et kidnappeurs font disparaître des convois de valeur et kidnappent des passagères. Ca, plus l'arrivée de son fidèle adjoint Wayne, et le voilà qui reprend son rôle de justicier pour une affaire particulièrement délicate...


Mon avis :

Je ne suis plus tout à fait sûre où se situe cette aventure dans le monde des Fils-de-sbrumes. Dans ses remerciements (un drôle d'endroit) l'auteur parle de créer trois trilogies dans le monde des Fils-des-brumes, l'une au passé (celle qui existe déjà), une autre dans une époque contemporaine à la nôtre et une troisième dans le futur. Il nous apprend pourtant que "The Alloy of Law" ne tient pas compte de ce schéma et qu'il s'est imposé à l'auteur entre la première et la deuxième trilogie. On s'attend donc à un stand-alone, mais pas du tout : la fin de ce roman nous promet une suite. Tout ceci est bien compliqué !

Quoi qu'il en soit, nous voilà projetés dans le monde de Kelsier, Vin et nos autres héros tel qu'il existe 300 ans après la disparition du Seigneur Maître.  Sous son règne, les techniques et sciences avaient stagné car il interdisait systématiquement tout ce qui pouvait remettre en cause sa toute-puissance. Mais en 300 ans, le monde a eu le temps de rattraper une partie de son retard. On se retrouve donc dans une société qui s'industrialise, où l’électricité fait son apparition, les trains sillonnent la campagne, les gratte-ciels montent de plus en plus haut et où beaucoup d'hommes ne se promènent plus sans leur revolver ou leur carabine.  Bref, nous voilà au Far Ouest.

D'autant plus qu'Elendel, la capitale, est entourée des Roughs, ces espaces de non-droits où la civilisation n'a que peu d'emprise. Les premières scènes du livre ressemblent ainsi à un western tout ce qu'il y a de plus classique : le Shérif, Wax, arme au poing, fouille une ville fantôme à la recherche d'un tueur qui s'y cache.  On entendrait presque Ennio Moricone en fond sonore avec John Wayne dans le rôle principal !  Et tout continue dans le même esprit, avec une série d'aventures pas trop originales dans des décors très convenus.  C'est bien fait et il y a quelques jolies surprises et toute une série de scènes d'actions bien menées, mais voilà, c'est fort classique. Heureusement que, comme on peut s'y attendre, la ferruchimie et l'allomancie y jouent un rôle essentiel qui transcende un peu le côté western et qui ravira les fans des Fils-des-brumes !

Un autre petit regret par rapport à ce tome c'est l'absence de nos héros précédents.  Je ne les espérais pas en personne, bien sûr, mais j'espérais en savoir plus sur la façon dont leur monde s'était relevé de ses cendres et sur la façon dont on se souvenait d'eux.  Finalement, tout au long de l'intrigue, on ne les retrouve que dans les noms de lieux (Elendel, la promenade Demoux...), dans quelques jurons et via des religions qui sont à peine esquissées.  Et on ne retrouve finalement des allusions directes à la trilogie précédente que dans les deux derniers chapitres... mais alors, quelles allusions !  Et quelle frustration ! 

Ceci dit, malgré ces défauts, l'aventure est agréable et se laisse lire avec beaucoup de plaisir. Et puis il y a Wayne pour réveiller tout ca.  Wayne, c'est l'adjoint, le comique, l'imitateur hors pair, celui qui a toujours une réponse amusante et inattendue et qui met de la légèreté dans les situations les plus tendues.  Un gros cliché lui aussi, mais tellement réussi qu'on lui pardonnerait tout ! Brandon Sanderson a un don pour créer des personnages plus vivants que nature et il s'est vraiment donné pour celui-ci, Wayne sort des pages devant nos yeux pour nous faire sourire sans arrêt.  Vous aurez compris, je l'adore !

Bref, voilà un roman sympathique et qu'on lit avec plaisir, basé sur une idée originale (la fusion de la fantasy et du western), mais qui n'est pas tout à fait à la hauteur de ce à quoi Sanderson nous a habitués. On sent bien qu'il s'agissait avant tout d'une nouvelle improvisée et non pas d'un roman mûrement réfléchi comme ceux qu'il nous a offerts jusqu'à présent. Ceci dit, j'attends la suite avec impatience!



Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- l'avis de Lily (Miss Spooky Muffin), assez semblable au mien
- acheter le livre sur Amazon


25 novembre 2011

Le Lézard noir, d'Edogawa Rampo

En voulant trier quelques livres, je me suis dit qu'il serait bon de relire ce court roman dont je ne me souvenais pas grand chose si ce n'est de ne pas l'avoir tellement aimé. Réflexion étonnante en soi, étant un grand admirateur du Japon et de sa littérature, et comptant Edogawa Rampo parmi mes auteurs populaires favoris. Mais l'avais-je lu avec suffisamment d'attention la première fois ?


Résumé :

Cette belle femme nue, couverte de bijoux, qui exécute une danse voluptueuse au milieu d'une foule de fêtards, c'est le Lézard Noir; une cambrioleuse hors pair, rusée comme un diable, effrontée comme le vice, qui prépare un coup fumant et s'apprête à se mesurer au plus célèbre des détectives japonais, Kogorô Akechi. Sa confiance en son plan est telle qu'elle prend des risques inimaginables. Ira-t-elle jusqu'à sous-estimer Akechi, ou au contraire est-ce lui qui commettra la faute de ne pas se méfier assez de son adversaire ?


L'avis de Sanjuro :

En lisant Le Lézard noir, publié en 1934, on a l'impression d'être assis dans une petite salle de cinéma de Tokyo en train de regarder un de ces magnifiques films japonais des années 60 ou 70, eux aussi rusés comme le diable et effrontés comme le vice. Il y a du mystère, des idées folles, des rebondissements à chaque chapitre, l'intrigue est moderne et n'a peur de rien, pas même de se surprendre elle-même. On se délecte et la séance de visionnage de ces cent cinquante pages se déroule aisément en une nuit.

Mais qui dit bon film, ne dit pas forcément bon roman. Il faut bien l'avouer, le style n'est pas bien littéraire et surtout il est très concis, il s'en tient au descriptif, comme dans un scénario de film, et les chapitres se succèdent comme des séquences numérotées. Les personnages n'ont peu ou pas de profondeur, la plupart ne laissent pas connaître leurs pensées, et ils passent comme des acteurs lançant leurs répliques. Peut-être la traductrice a fait perdre un peu de son charme, de sa poésie, aux idéogrammes de l'auteur. Les autres romans d'Edogawa Rampo (il me semble avoir lu tout ce qui a été traduit en français) m'avaient semblé plus réussis de ce point de vue, mais cela fait tellement longtemps que je ne jurerais plus de rien.

En même temps, il ne faut pas se leurrer, c'est un roman populaire et l'action se doit de prendre le pas sur la forme. De ce côté, on est bien servi. L'une des forces ici de Rampo, de son vrai nom Hirai Tarô, est que même si son intrigue est assez prévisible pour le lecteur averti, il y a toujours quelque chose qui lui échappe. Un détail dans le déroulement des événements qui fait que ceux-ci n'ont pas tout à fait lieu comme on s'y attendait. On se dit que l'auteur va suivre tel chemin, céder à tel cliché, et il le fait ! mais voilà, tout ne se passe pas comme prévu. Par exemple, à un moment, l'auteur ose recycler une idée de l'une de ses meilleures nouvelles. On se dit que ce n'est quand même pas très sérieux. Et voilà soudain que l'un des personnages, le détective Akechi, remarque aussi la similitude ! Comme nous, comme les criminels, il a lu la fameuse nouvelle ! Si ça ce n'est pas une idée brillante...

Les grands amateurs de romans policiers, dont je ne fais pas partie, ceux qui ont lu tous les Agatha Christie et forment des sociétés de détectives amateurs, seront peut-être interessés d'apprendre que le roman aborde à plusieurs reprises le problème de la chambre close et s'en sort, à mon humble avis, honorablement. L'intrigue mise aussi beaucoup sur les déguisements, ce qui est un peu difficile à avaler, même si au Japon cela peut sembler moins inimaginable qu'en occident. Mais après tout, si ça passe dans Sherlock Holmes, il n'y a pas de raison que cela coince ici, n'est-ce pas ? On fera quand même remarquer qu'à plusieurs occasions la mystification implique des gens censés bien se connaître.

J'ai relu Le Lézard noir avec beaucoup plus de plaisir que j'en avais eu à le lire la première fois. Sans doute parce qu'il m'était tombé entre les mains durant une mauvaise passe, ou peut-être parce que je m'étais alors trop préoccupé du style. On a des périodes plus littéraires que d'autres. La fin quand même continue de me décevoir; elle méritait un peu plus de développement et surtout des explications plus solides: le coup de théâtre l'emporte sur le bon sens. Edogawa Rampo, ce contemporain de Lovecraft qui a fait aussi dans le genre fantastique, est un auteur hautement distrayant et encore suffisamment moderne pour intéresser tous les types de public. Très connu au Japon, il l'est beaucoup moins ailleurs et on espère que toute son oeuvre sera traduite en français comme une petite partie l'a déjà été. Ah, et puis évidemment, cela ne surprendra personne, Le Lézard noir a été adapté pour le cinéma en 1968 par Kinji Fukasaku, le réalisateur de Battle Royale. Maintenant si j'arrivais à mettre la main dessus...

23 novembre 2011

Fils-des-brumes, tome 3 : Le héros des siècles, de Brandon Sanderson

Vous vous souviendrez sûrement que dans la série Fils-de-brumes, j'avais adoré le tome 1 et j'avais eu du mal à terminer le tome 2. Qu'en est-il du dernier tome de cette trilogie ?

Attention : spoilers concernant le tome 1 et 2 !!!


Résumé :

Au moment où Vin allait l'assassiner, le Seigneur Maître lui a dit "Vous venez de vous condamner". Alors que le Puits de l'Ascension a été ouvert et que la force mystérieuse qui y était prisonnière a été libérée, Vin comprend enfin ce qu'il voulait dire : les brumes tuent une partie de ceux qui s'y aventurent pour la première fois, des tremblements de terre secouent les villes et les cendres engloutissent toute vie. Le seul espoir de mettre fin à ces catastrophes avant que l'humanité ne meure de faim : les informations que le Seigneur Maître a laissées sous la forme d'un jeu de piste qui va d'une ville à l'autre.  Mais elles ne sont pas toutes faciles à conquérir...


Mon avis :

Il n'y a qu'une chose qui soit prévisible chez Brandon Sanderson : le fait qu'il va vous étonner.  Et moi, je ne sais comment aborder cette chronique où je veux vous allécher sans vous gâter aucune surprise !

21 novembre 2011

Adieu l'ami

J'ai appris aujourd'hui une nouvelle aussi triste que surprenante : El Jc, ex-membre de la Team Livraddict, blogueur mais surtout ami, nous a quittés la semaine passée. 

Je n'avais jamais eu la chance de le rencontrer, mais ceux qui fréquentent les communautés internet diverses savent que l'on peut se sentir proche de quelqu'un par écrit.  Pendant un an, nous avons communiqué tous les jours via Livraddict ; nous avons dû faire face en équipe à des tensions et à des difficultés, mais aussi à des moments de joie.  JC, c'était la maturité de l'équipe, le grand coeur aussi, l'amateur de thé et de conquête spatiale, le DJ YouTube des soirs de partés.  Il avait tellement de générosité qu'il prenait plaisir à fouiller ma wish-list pour m'envoyer quelques surprises pour mon anniversaire.  Il a quitté la Team pour pouvoir se consacrer à d'autres activités essentielles qui lui prenaient beaucoup de temps, mais il revenait régulièrement nous rendre visite.  Je songeais justement à la meilleure façon de lui rendre sa gentillesse, et je n'ai pas trouvé à temps.

Même de loin, il va nous manquer, ses chroniques de blog avec enregistrement audio, ses avis de lecture, ses conseils de musique et sa présence le vendredi soir.

J'espère qu'il est allé visiter ces étoiles qui le fascinaient.

20 novembre 2011

Le Rêve, d'Emile Zola

Dans je ne sais plus quel Claudine, Colette, par la voix de son héroïne, nous avoue son mépris pour l'oeuvre d'Émile Zola et sa passion pour celle de Balzac. Eh bien moi, c'est tout l'inverse ! Balzac est trop ancien et manifestement désuet à mon goût, au contraire d'Émile Zola, dont l'honnêteté de l'oeuvre, son réalisme, et les dilemmes humains qui l'inspirent sont eux éternels.



Résumé :

Le jour de Noël 1860, au pied de la cathédrale de Beaumont, une petite fille se meurt de froid sous la neige. Angélique sera secourue par les Hubert, des chasubliers vivant la porte à côté, qui l'élèveront comme leur fille. Grandissant dans l'ombre de la cathédrale, elle nourrira des rêves fantastiques à la lecture de la Légende dorée, tout en peaufinant son art de brodeuse. Le miracle enfin qu'elle attend avec une foi inébranlable se manifestera dans la personne du beau Félicien. Mais jusqu'où lui sera-t-il permis de vivre son rêve ?


L'avis de Sanjuro :

En France, Zola est considéré comme le chef de file du courant littéraire naturaliste, qui succéda à celui des romantiques. Tout le monde a eu à étudier à l'école sa fameuse saga des Rougon-Macquart, vingt romans liés entre eux non pas par un fil narratif mais par des connexions généalogiques et ataviques. L'Assomoir, Nana, Germinal (très populaire dans les années 90 à cause du film), Au bonheur des dames, La Bête humaine, pour ne citer que les plus connus.

Bien qu'il fasse partie des Rougon-Macquart, dont il est le seizième livre, Le Rêve n'a jamais vraiment su s'imposer comme l'un de ces classiques, et il est assez facile de voir pourquoi. Si le style, comme de coutume, est irréprochable, l'histoire est si particulière qu'elle s'intègre décidément très mal au réalisme qui a fait la réputation d'Emile Zola.
On pourrait même dire, avec une pointe d'ironie, que c'est sans doute le plus près d'un récit fantastique que son auteur se soit approché. Mais n'allez pas croire que c'est du Maupassant, tout le fantastique ici se trouve dans le mysticisme religieux et l'atmosphère miraculeuse qui imprègne les protagonistes et semble émaner directement d'Angélique.
D'une certaine manière, tout ou presque semble s'accomplir selon sa volonté.

Là, il y a tout de même deux possibilités d'interpréter les évènements, soit par le fait de l'intervention divine, soit par la puissance naturelle de caractère d'Angélique, magnifiée par sa foi aveugle et ses illusions. C'est peut-être là, au fond, où se situe le réalisme du livre et son véritable thème, le pouvoir de la foi, quels qu'en soient l'objet ou les raisons, tant que celle-ci reste pure. Cette interprétation réaliste est compromise par certains choix comme la séquence du miracle, appelons-la ainsi, avec le fameux "Si Dieu veut, je veux", ou la bénédiction d'Hubertine qui arrive à point nommé. La fin nous rappelle quand même que Zola écrit autre chose que des contes de fées. Il aurait été vraiment intéressant de savoir comment celui-ci défendait ce roman et en particulier comment il justifiait son intégration dans son oeuvre principale.

Le Rêve est en outre l'un des romans de Zola les plus chargés de symbolisme qui soit. Il y a la cathédrale omniprésente et toutes les saintes bien sûr, dont la vie, et les morts surtout, toutes abominables, nous sont décrites par le biais de La Légende d'or, une compilation de textes du Moyen-Âge. Sainte Agnès en particulier, à la fois modèle et patronne, revient souvent. A un moment donné, la narration va même jusqu'à adopter une cadence liturgique. Et cela va plus loin encore, jusque dans les noms: la belle et blonde jeune fille, très croyante, s'appelle Angélique; sa félicité, le jeune homme, ni moins beau, ni moins blond, s'appelle Félicien. Il fallait oser !

C'est un roman agréable à lire, surtout dans ses moments plausibles, qui régalera peut-être les croyants fervents d'actes de foi mais ne convaincra pas les autres. Le réalisme social de Zola s'y écroule ici, à coups de miracles et d'un symbolisme trop lourd pour les frêles épaules de ses deux jeunes protagonistes. L'énergie même de leur passion, sa pureté immaculée, a quelque chose qui sied mieux aux romantiques qu'aux réalistes.

Indirectement cependant, le roman est aussi instructif sur un point. On se rend compte que ce qui unit tous ces saints chrétiens du Moyen-Âge, ceux-là même dont nous tirons nos noms, est, plus que le miracle soi-disant accompagnant leur ascension céleste, l'atrocité de leur mort et une intolérable souffrance. Les horreurs des temps obscurs, épouvantées d'elles-mêmes, se réfugient derrière des images du divin et du merveilleux. Cela trouve écho dans le présent, où les extrémistes de toutes religions promettent à leurs martyrs l'illusion du rêve. Et d'un autre côté, cela contredit les hiérarchies religieuses qui préfèrent élever à la sainteté ceux de leur propre rang.

10 novembre 2011

Le journal intime d'un arbre, de Didier Van Cauwelaert

Ca fait très longtemps que je n'avais plus participé à un partenariat. Je préfère me laisser porter par mes envies. Et ce livre-là en faisait partie !


Résumé : 

Tristan, le poirier de 300 ans d'âge, vient de s'effondrer, victime de la tempête. Mais sa conscience, afûtée par ses liens très forts avec certains humains, continue à vivre au travers de son bois.  Il peut ainsi suivre le destin des êtres pour qui il a compté, tout en revivant son histoire riche et tragique à la fois.


Mon avis :

En voilà une idée saugrenue : faire parler un arbre !  C'est bien du Van Cauwelaert ca, lui qui m'a séduite en faisant l'éducation d'une fée...

Il faut dire que Tristan a bien mérité de nous raconter son histoire, lui qui a traversé l'Histoire avec sa soeur Iseult.  Paradoxalement, son passé se découvre au fur et à mesure que se déroule son avenir. Car là aussi, l'auteur fait preuve d'originalité en commençant l'histoire par ce qu'on pourrait considérer comme la mort de l'arbre, et qui n'est en fait qu'un début. Une partie de son bois, sculpté par une jeune artiste, survit aux années et passe de main en main, comme un talisman, témoin des forces qui font courir les hommes : l'amour, l'art, la passion, la colère.

Il y a donc un perpétuel mouvement d'avant en arrière, des petits drames aux grands destins.  Plus on avance dans le futur, plus on progresse également dans le passé. C'est une des forces du livre, cette variation et cette promenade dans le temps.  Je vous rassure : on ne s'y perd jamais.

C'est bien l'histoire d'un arbre, une voix donnée à la nature - en développant par exemple tous les processus par lesquels Tristan a vaincu les saisons et les prédateurs de toutes sortes, ou en présentant un avenir où la nature régule l'humanité (à ce propos, ne pas oublier de lire la post-face où l'auteur explique ses sources).  La voix de l'arbre a un détachement calculé d'observateur de l'humanité que j'ai trouvé particulièrement réussi, et un talent exquis pour nous plonger sous son écorce.

Mais c'est aussi et surtout la narration d'une série de destins qui se sont suivis, des petits et de gros drames, une sorte de saga dont les protagonistes auraient en commun le fait de s'être tous appuyés contre un même tronc.  Tout ca passe très vite, mais pas trop ; on ne s'attache qu'à l'essentiel et c'est tant mieux. Personnellement, j'ai préféré les narrations des destins passés, plus naturels, que les destins grandioses présentés pour le futur, moins crédibles mais plus surprenants.  Il y a de toutes façons une telle variété que chacun trouvera de quoi être touché.

Voilà donc une belle histoire très originale et en même temps qui ne parle que de nous. Je vous conseille vivement cette aventure, et je remercie chaleureusement les éditions Michel Lafon et Livraddict pour m'avoir permis de la vivre !


Pour en savoir plus :
- la page Bibliomania du livre, avec les chroniques d'autres blogueurs

8 novembre 2011

Comment sait-on si on a l'âme d'un écrivain ?

Voici encore un compte-rendu d'une discussion très intéressante qui a eu lieu vendredi soir sur le forum de Livraddict.  Je me permets de vous le remettre ici car je suis sûre que ce sujet en intéressera certains !

Vendredi dernier a eu lieu notre deuxième rencontre du cycle "L'Aventure de l'édition", en partenariat avec le site Les Agents Littéraires et son administrateur, Vincent Beghin. Au mois d'octobre, la discussion avait porté sur le thème "Comment séduire un petit éditeur ?" (lire le compte-rendu).

Cette fois-ci, nous rencontrions deux auteurs membres de Livraddict, Anne Denier (Reveanne) et Eric Descamps (climber_eric), pour une double discussion sur le thème : Comment sait-on qu’on a vraiment l’ « âme » d’un écrivain ?
Thématiques abordées : Depuis quand écrivez-vous ? Quelles sont vos  motivations ? D’où vous vient ce besoin ? Comment s’organise-t-on quand  on se lance dans un projet d’écriture ? Qu’est-ce qui a fait qu’un jour,  vous avez décidé de vous faire éditer ? Est-ce que le pas a été  difficile à franchir ? Quels obstacles avez-vous rencontré ? Est-ce  difficile de recevoir des avis négatifs sur ce que vous écrivez ? Est-il  facile de passer du 1er roman au second ? Quels conseils donneriez-vous  à quelqu’un qui a toujours eu envie d’écrire un livre, mais qui n’est  jamais arrivé à finir un projet de manuscrit ?

Les questions ont fusé jusqu'à tard dans la soirée, avec chaque fois une double réponse de la part de nos invités.  Nous avons ainsi pu constater que les expériences d'écriture étaient très différentes.

A commencer par le chemin qui les a menés à l'écriture : Eric a commencé l'aventure en partageant sur le net de courtes histoires qui ont recueilli de bons échos, tandis qu'Anne a d'abord tenté de créer des bandes-dessinées et puis s'est rendue compte qu'elle était plus douée pour le scénario que pour le dessin. Mais elle parle surtout de "folie" !

Aux aspirants écrivains, nos deux invités ont prodigué leurs conseils nés de l'expérience.  Eric propose à celui qui est coincé devant sa page blanche de commencer par écrire de courtes histoires et de s'efforcer de rester patient.  Anne conseille de trouver son organisation, sa méthode, et également d'être patient.  En ce qui la concerne, elle rédige toujours un synopsis de l'histoire où "tout est soigneusement réfléchi et structuré" avant de commencer l'écriture a proprement parler, tandis qu'Eric, lui, se laisse porter entre une idée de départ et une idée d'arriver. Chacun sa technique !

Anne a impressionné les participants à la discussion en exposant son plan de correction très élaboré en trois phases et plusieurs points. Eric a également toute une armée de correcteurs, auprès desquels il partage le travail : certains s'attaquent à l'aspect scénaristique, d'autres aux coquilles, et d'autres encore à l'impression générale que dégage le roman. Il nous ont aussi avoué tous les deux relire leur texte à haute voix afin de "poser le texte".  Pour ceux qui cherchent des bêta-lecteurs, outre la famille et les proches, Eric conseille de proposer son texte aux éditeurs pour en obtenir des retours sur les améliorations à faire, et Anne propose quelques services en ligne et sites webs où ce genre de "coup de main" est échangé.

Anne nous a avoué détester la phase de correction : "on ne crée rien et je trouve mon texte parfaitement immonde".  Ses phases préférées dans l'écriture sont la phase de construction, "quand on laisse le cerveau divaguer", et le moment où elle tient en main le manuscrit fini. Pour Eric, par contre, le plaisir est omniprésent de bout en bout !

Tous les deux nous ont affirmé qu'ils adoraient le tout début de l'écriture, le moment où s'écrit la toute première phrase, qui est même "un moment d'euphorie" pour Anne. Eric commence par énoncer quelque chose à voix haute ou se remémore une petite phrase d'intro d'un auteur pour trouver sa propre inspiration. En ce qui concerne la toute dernière ligne, Eric nous dit qu'il y garde le meilleur, le pan de l'histoire le plus étrange. Anne le vit comme une véritable délivrance après le stress de l'écriture.

Une autre question posée à nos invités concerne directement les blogueurs : comment réagissent-ils aux critiques ?  Eric les prend très sainement, sans que les critiques négatives ne le touchent tandis que les positives le rendent heureux. Anne, qui prend son texte tellement à cœur et n'est jamais satisfaite du résultat final, se prend les critiques "en pleine face", qu'elles soient bonnes ou non.

Nos deux auteurs sont également de grands lecteurs, même si Eric avoue avoir moins de temps pour lire en phase d'écriture. Et tous deux profitent des vacances pour écrire à temps plein, ce que leur vie professionnelle leur interdit le reste de l'année.  Ils nous avouent en chœur que le processus d'écriture ne devient pas plus facile au fil des romans, parce qu'Eric a fortement changé de style entre le premier et le deuxième, et parce qu'Anne devient de plus en plus exigeante envers elle-même.  Tous deux développent les personnages conjointement à l'intrigue car l'un et l'autre sont également importants.

Voici, en résumé, ce que nous ont appris nos deux invités.  L'ensemble de la discussion se trouve sur le forum. Vous pouvez également découvrir leurs œuvres sur Bibliomania. Un grand merci à eux pour avoir pris le temps de répondre à nos questions, et aux participants pour avoir fait vivre cette discussion !

4 novembre 2011

Tales of terror, book 1 : Uncle Montague's tales of terror de Chris Priestley

Ca vous dit, une petite lecture d'Halloween en retard ? 


Résumé : 
L'oncle d'Edgar habite une maison au-delà des bois.  Quand il le traverse, Edgar est certain que les enfants du village l'observent entre les arbres, mais il a décidé de ne pas montrer sa peur.  
Un jour, l'oncle d'Edgar le passionne avec une série de contes à faire glacer le sang, et il semble posséder la preuve que chacune de ces histoires a réellement eu lieu : une petite poupée, un cadre doré, un vieux téléscope en cuivre... Comment l'Oncle Montague a-t-il pu obtenir une telle collection d'objets maudits ? 
Mais ce n'est pas le moment de poser des questions : Edgar doit rentrer chez lui traversant le bois avant qu'il fasse noir.  A moins que... les réponses ne se trouvent sur son chemin ?


Mon avis :

Il y a des soirs ou on voudrait bien que Maman vienne s'asseoir au bord du lit et nous raconte une histoire. "S'il te plaît maman, une histoire qui fait peur !" Pas trop bien sûr, juste assez pour que les yeux s'écarquillent et qu'on serre la couette un peu plus fort, mais il ne faudrait pas faire des cauchemars !

Si Maman n'est pas disponible ou si elle manque d'imagination, adressez-vous à l'Oncle Montague ! C'est un bien gentil monsieur un peu excentrique qui vit dans une maison très sombre, de l'autre côté du bois qui bruisse de pas d'enfants. Son neveu Edgar vous montrera le chemin. L'Oncle a tout un tas d'histoires courtes et mystérieuses à vous raconter, si joliment ancrées dans la réalité qu'on s'étonne toujours un peu d'y voir apparaître du surnaturel. D'ailleurs, l'Oncle a toujours un objet mystérieux à vous montrer pour les faire paraître encore plus réelles.  Et finalement, l'Oncle Montague ne serait-il pas lui-même l'objet d'un conte ?  Il est tellement bizarre, et il a l'air de savoir tellement de choses !

Bien sûr, pour apprécier pleinement ces moments de frisson il faut avoir gardé son âme d'enfant, la naïveté nécessaire pour ne pas deviner certains épilogues plutôt prévisibles et pour trembler aux côtés d'Edgar quand il se rend aux toilettes dans le noir. Il ne faut pas non plus chercher à se faire vraiment peur car ces histoires feront trembler les enfants mais sourire les adultes. Ceci dit, quel plaisir de lire de jolis contes fantastiques avant de s'endormir !


Pour en savoir plus :
- la chronique de ma co-lectrice Miss Spooky Muffin qui les a trouvés carrément plus effrayants que moi et qui en parle beaucoup mieux que moi !

1 novembre 2011

Fils-des-Brumes, tome 2 : Le Puits de l’Ascension, de Brandon Sanderson

Il y a des livres qui promettent et pourtant qui passent des mois à traîner sur une étagère.  Celui-là, sachant que j'avais adoré le premier tome de Fils-des-brumes, je me le gardais pour un grand moment.  A-t-il été à la hauteur ? 

Attention : spoilers concernant le premier tome de Fils-des-Brumes !!!  Difficile de parler de cette suite sans mentionner les événements passés.


Résumé :

Kelsier a réussi son dernier coup : il laisse à ses amis un monde débarrassé du Seigneur Maître.  Un monde complètement sens-dessus-dessous, surtout.  Un an plus tard, Elend, avec Vin comme garde du corps, joue les dirigeants éclairés et transforme à grand-peine la Dominance du Nord en démocratie.  Mais il manque d'autorité et a du mal à faire régner l'ordre à Luthadel.  En plus de ça, la ville désorganisée est assaillie par non pas une, non pas deux, mais trois armées différentes !   La révolution pourra-t-elle survivre ?


Mon avis :

Mon dieu, quelle histoire, encore !  Sanderson a ce talent de jouer avec nos pieds d'une couverture à l'autre.  Comme d'habitude, les rebondissement pleuvent, ce qu'on croyait acquis est soudain perdu et ce qu'on croit perdu se gagne au dernier moment.  Les détails prennent soudain une importance insoupçonnée, les preuves qu'on croit concluantes trouvent une toute autre interprétation.  Et j'ai beau m'y attendre, il m'a à chaque fois !

Et puis l'idée en soi est sympathique : que se passe-t-il une fois que les gentils ont gagné ?  Parce que c'est bien beau, réaliser l'impossible, renverser le tyran sanguinaire, mais après, il faut gérer.  Et ça, c'est peut-être la partie la plus difficile à jouer, au fond, avec tout à perdre et rien à gagner. 

Le problème c'est que je pense qu'à un moment, à force de nous tenir en haleine, l'auteur peut fatiguer le lecteur. D'une certaine façon, Mr Sanderson m'a fait tourner en bourrique au point qu'il m'a fallu deux mois pour terminer son livre.  J'étais exaspérée.

D'abord, ce qui m'a dérangée, c'est le comportement de Vin.  Sa relation avec Elend, par exemple.  Ils s'aiment ces deux-là, mais qu'est-ce que c'est compliqué !  Je doute, je ne doute plus, je suis là, je m'en vais, je me pose des questions, est-ce que je t'aime vraiment, est-ce que tu m'aimes vraiment...  Et puis la propension de Vin à suivre des instincts vagues que j'ai eu du mal à comprendre, elle pourtant si rationnelle avant.  Bref, Vin m'a tapé sur les nerfs, et c'est un peu embêtant pour un personnage principal.

J'aime beaucoup la façon qu'à l'auteur d'aborder les personnages, pourtant ; j'ai beaucoup apprécié l'évolution des sentiments entre Vin et le Kandra, l'introspection de Sazed (un personnage que l'auteur adore visiblement et à qui il a donné cette fois-ci une place et une profondeur méritées), la découverte de Breeze, Clubs et même Spook, et deux ou trois nouveaux personnages que je vous laisse découvrir.  Il laisse Dockson de côté par contre, ce qui est un peu dommage.  Mais autant j'ai apprécié un peu d'introspection chez ces gens-là, autant l'histoire entre Vin et Elend m'a vite fatiguée. 

Ensuite, même si on m'avait prévenue que l'histoire était maintenant plus politique qu'aventureuse, le long statu quo vers les 2/3 du livre m'a impatientée au point que j'arrête la lecture pendant un long moment.  J'ai eu l'impression d'attendre avec les personnages un dénouement désespéré qui ne venait pas.  La situation empire à chaque page et à la fin, je n'en pouvais plus d'attendre à quelle sauce mes héros allaient être mangés.  C'est d'un frustrant insoutenable !  J'ai donc dû prendre un peu de recul pour pouvoir continuer ma lecture. 

Bref, ce second tome est de qualité mais est loin d'accéder aux sommets où je place le premier, et je pourrais facilement l'amputer de quelques dizaines de pages pour le rendre parfaitement à mon goût.  Par contre, si vous croyez que je ne le conseille pas et que je ne vais pas me jeter sur la troisième partie, vous vous trompez lourdement !  D'autant plus que bien évidemment la fin ne résout rien, et qu'une nouvelle suite doit sortir en novembre. J'espère juste retrouver le ton positif du premier, et ces passages où j'en oublie de respirer sous le coup du suspense. Je l'ai déjà pré-commandée, c'est tout dire ! 



Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre, avec les chroniques d'autres lecteurs
- acheter le livre sur Amazon


13 octobre 2011

Spellwright, de Blake Charlton

Ceci était une lecture commune que j'ai largement loupée.  Avec deux semaines de retard et toutes mes excuses pour mes co-lectrices...


Résumé :

Quand il était plus jeune, les gens disaient que Nicodemus était l'élu qui allait empêcher l'armée des démons d'envahir le continent des humains.  Mais depuis lors, on s'est aperçu que Nicodemus était un cacographe, un magicien incapable d'épeler une formule correctement.  Pire, dès qu'il touche une construction magique, il la corrompt.  Un handicap très gênant dans un monde où la réalité est créée et modifiée par des formules magiques en différents langages.  Nicodemus est réduit à rester à l'académie de Starhaven où il se contente d'espérer, avec l'aide de son mentor Maître Shannon, devenir un jour un magicien médiocre. Jusqu'au jour où un être étrange se met à sa recherche...


Mon avis :

Voilà un livre plutôt déroutant.  Il commence avec un quatrième de couverture assez alléchant (mon résumé est de ma main, mais j'espère qu'il a bien reflété l'envie que j'avais de lire ce roman avant de le commencer).  Puis on s'attaque à la première page, et on déraille directement : incompréhensible. Il est question d'un méchant et d'une prof, d'un pont, de mots... Mais c'est tout. Tout le reste est un charabia indéchiffrable.

Heureusement que la suite s'éclaire et qu'on découvre petit à petit le monde original de Nicodemus.  Et c'est vrai que c'est du jamais vu : un monde fantastique où les mages créent des "constructs", des créatures faites de mots capable d'agir comme des êtres programmés, ou bien des objets, des armes, des barrières, toutes sortes de choses qui deviennent réelles.  Pire, les mages doivent épeler les formules de leurs créations sur leurs muscles puis les arracher et les lancer pour qu'ils prennent consistance.  Cool, non ?

D'ailleurs, au début, on se retrouve un peu dans un remake fantastique du fameux roman d'Umberto Eco "Le nom de la rose" : une académie grandiose à la place d'une abbaye, les deux pleines de livres (il faut bien conserver toutes ces formules magiques) ; un concile de différentes factions qui se rencontrent pour négocier un traité de paix ultra-important ; un apprenti et son maître ; et puis un meurtre là-dessus.  Mais la ressemblance ne dure pas. 

Car ensuite, l'histoire se complique encore.  La magie est un système complexe qui se décline en plusieurs langues (probablement inspirées des langages informatiques), certaines influençant la réalité et d'autres pas.  Les êtres créés ont différents niveaux de connaissances et de compréhension.  Et puis il y a dans ce monde des humains, certains, mais aussi pas mal d'êtres différents, imaginaires ou pas, actuels ou disparus.  Il y a aussi une légende, enfin des légendes, qui se transforment en prédictions qui deviennent des religions.  Les hommes et les autres êtres semblent se diviser en factions politiques complexes sur le point de s'entre-déchirer.  Et puis point de vue décor, on joue sur un terrain fait de hautes tours, de ponts, d'aqueducs, de forêts, de passages secrets, et d'autres choses encore. Beaucoup, beaucoup d'éléments à intégrer pour pouvoir suivre l'intrigue.

Bref, on sent que dans l'esprit de l'auteur, tout ça s'articule de façon très logique. Mais honnêtement, en ce qui me concerne, j'ai été un peu perdue. Très souvent, je comprenais le contenu d'un passage quelques pages plus loin. L'aventure est pleine de rebondissements, et c'est très agréable, mais ce serait encore plus agréable si les éléments ne partaient pas dans tous les sens au point de me donner le tournis !

Bref, parfois, trop d'originalité nuit.  C'est un peu ce que je retiens de ce roman : une belle idée qui s'éparpille. C'est vraiment dommage parce que l'idée était bonne et les personnages attachants, surtout quand l'auteur exprime par la voix de Nicodemus son expérience de la dyslexie (dont la "cacographie" est une image transparente).  L'histoire n'est pas terminée avec ce premier tome, mais je ne pense pas que je vais continuer cette aventure un peu frustrante.


Pour en savoir plus :
- les avis de mes co-lectrices : contrairement à moi, Heclea a apprécié l'épaisseur du monde décrit ; Lyra Sullyvan a apprécié l'approche de la dyslexie ; Sita explique, dans sa superbe chronique dessinée, qu'elle s'est un peu ennuyée ; et Kourai (chronique à venir).
- les comptes twitter et facebook de l'auteur, qui n'hésite pas à vous faire un petit concou (en anglais) si vous parlez de son livre !

8 octobre 2011

Comment séduire un petit éditeur ?

Mercredi soir était organisé sur Livraddict une rencontre particulière, la première d'une série d'interviews interactives qui auront lieu dans les prochains mois.  Je viens d'en rédiger un compte-rendu pour le blog de Livraddict, et comme il me semble que ce sujet peut intéresser mes lecteurs, j'en profite pour vous le faire partager !

Il y a quelques mois, la Team était contactée par Vincent Beghin, administrateur du site Les Agents Littéraires, qui nous proposait un partenariat ayant pour but de faire découvrir aux lecteurs le monde caché et difficile de l'édition de jeunes auteurs.  Face à l'enthousiasme de nos membres pour une telle initiative et quelques discussions plus tard, un projet commun naissait : un cycle de rencontres thématiques avec des acteurs de la petite édition et de l'auto-édition intitulé "L'aventure de l'édition".  Le thème de cycle de rencontres peut se résumer comme suit :
On estime que les « grandes » maisons d’édition acceptent environ 1  manuscrit sur 1 000 parmi ceux qui leur sont adressés. Autant dire  qu’elles restent, pour la plupart des auteurs en devenir, un rêve  inaccessible. Mais heureusement, pour se faire éditer, d’autres  solutions, existent. Les petites maisons d’édition, d’une part,  dont on  estime qu’elles acceptent environ 1 manuscrit sur 100. Mais aussi  l’auto-édition et l’édition à compte d’auteur, où vous prenez vous-même  en charge, en partie ou totalement, les coûts de de la production et de  la commercialisation de votre livre. Alors, parmi ces solutions,  lesquelles privilégier ? Que peut-on en espérer ? Quelles sont les bons  plans et les arnaques ? Vous aurez toutes les répondes via le cycle de  rencontres-débats que nous organisons, avec des éditeurs et des auteurs  ayant tenté (et réussi) l’aventure de l’édition.

C'est ainsi qu'à partir d'octobre, nous vous proposons chaque mois une interview interactive sur un thème touchant à l'édition de jeunes auteurs.  Un ou plusieurs acteurs expérimentés répondent à vos questions de façon à ce que le débat naissant de ces discussions vous permette de découvrir de l'intérieur le monde très sélectif de l'édition.

Notre première rencontre a eu lieu ce mercredi 5 octobre.  Derrière leur écran, deux représentantes d'une petite maison d'édition à la recherche d'auteurs débutants : Les 2 Encres.  Mesdames Nathalie Costes Nghien et Christiane Legris Desportes, respectivement directrice littéraire et directrice de collection Sciences Humaines, répondaient aux questions sur le thème : Comment séduire un petit éditeur ?
Thématiques abordées  : Qu’est-ce, pour vous, qu’un bon/ qu’un mauvais  manuscrit ? Quels sont vos critères de sélection ? Comment les choix  sont-ils pris ? Quelles sont les erreurs de débutant à ne pas commettre ?  Quel type de réponses envoyez-vous aux auteurs refusés ? Peut-on  attendre d’un petit éditeur plus d’explications qu’une lettre type ? Une  petite maison d’édition, est-ce que ça rime avec plus de contacts avec  l’écrivain, plus de rendez-vous, une prise en charge plus personnalisée ?

Les participants avaient visiblement beaucoup de questions en commun.  Le sujet qui les intriguait en priorité est le processus de sélection des manuscrits : qui choisit et sur quels critères ?  Nos invitées nous ont décrit en détail le fonctionnement de la sélection des manuscrits dans leur maison d'édition.

Elles nous ont d'abord assuré qu'aucun texte n'était refusé a priori (en-dehors de certains cas à la présentation particulièrement problématiques).  Le texte reçu (par e-mail ou par courrier) est envoyé à un comité de lecture composé d'une part de personnes sollicitées du fait de leurs compétences littéraires ou de leurs liens  directs avec la littérature, et d'autre part de  "grands lecteurs" retenus après candidature.

Sur la base de critères liés notamment à collection (Les 2 Encres en compte 18 !) et dans le respect d'une charte de fonctionnement, les membres du comité de lecture sollicités rendent dans un délai d'un mois un avis argumenté concernant le manuscrit.  Si les avis sont trop contrastés, c'est à l'éditrice et aux directrices littéraires que reviendra le dernier mot ; mais comme elles le disent elles-mêmes, "ce n'est pas parce qu'un manuscrit ne nous plaira pas à nous, directrices littéraires ou éditrice que nous le refuserons".

Alors, qu'est-ce qui distingue un "bon manuscrit" d'un "mauvais" ?  Pour répondre à cette question qui intriguait plusieurs participants, je laisse à nouveau la parole à nos invitées :
Ce qui peut différencier un "bon" manuscrit d'un "mauvais" (bon ou  mauvais, cela reste très subjectif) sera l'originalité du thème, la  compétence d'un auteur à relater, écrire son texte, son histoire, le  fait qu'il n'y ait pas "trop" d'incohérences, le style.
Nous distinguons de façon classique le fond et la forme. Le bon manuscrit est celui qui sait concilier les 2.

Ensuite, en fonction de l'appréciation du comité de lecture et des propres avis des directrices littéraires, quatre scénarios sont possibles :

1 - L'auteur est avisé d'un rejet ; dans ce cas-là il lui est précisé pourquoi son projet n'a pas été retenu.
2 - L'auteur est invité à retravailler ou à faire retravailler son texte pour le soumettre à nouveau.
3 - Le manuscrit est retenu sous réserve de corrections ou léger remaniement à envisager en commun.
4 - (le plus rare) Le manuscrit est retenu d'emblée. Un contrat d'édition est alors proposé.

L'ensemble du processus dure en général et à l'heure actuelle entre 4 et 8 mois.  Et puisqu'on est dans les chiffres, sachez, écrivains en herbe, que la concurrence est rude : sur un millier de manuscrits reçus par an, Les 2 Encres en publient entre 35 et 40 toutes collections confondues.  Nos invitées vous encouragent cependant à proposer vos textes : chacun recevra toute leur attention !

Une fois l'ouvrage édité, l'aventure ne s'arrête pas là.  Nos éditrices assureront aussi sa promotion.  Pour cela, une recette composée d'une bonne dose de charme, patience, volonté, foi et passion, et d'ingrédients éprouvés :
Nous avons dans notre équipe une chargée de communication à temps plein  (Zoë Jaclin), et un diffuseur/distributeur. Nous sommes également sur  Facebook et tous nos livres sont répertoriés sur l'ensemble des sites de  ventes en ligne (Fnac, Amazon, Alapage, Decitre, etc.). Nous figurons  également sur les bases de données des libraires : Electre et Dilicom.
Par  ailleurs, nous favorisons au maximum les dédicaces en librairie et la  présence des auteurs dans les salons de livres partout en France. Nous  présentons aussi les ouvrages à des prix littéraires et concours selon  leur thématique.

Alors, qu'est-ce qui distingue un petit éditeur d'une grosse maison ?  Nos invitées reconnaissent que Les 2 Encres n'a pas la taille ou l'impact de certaines autres maisons, mais l'édition chez un petit éditeur a aussi ses avantages :
Un premier élément de réponse essentiel : chez un petit éditeur, vous  êtes (normalement) considéré comme un auteur et non pas comme un  producteur de textes.
D'abord, la liberté d'échange entre l'éditeur  et l'auteur, par exemple pour décider de la présentation du futur livre  (illustration de couverture, présentation de la quatrième) et tout au  long de sa création.
Ensuite, la durée du livre. Chez les "grands",  le livre est mis au pilon au bout de 6 mois, voire 3 mois, voire moins  si les libraires les retournent au bout de très peu de temps. Chez nous,  tous nos titres existent encore depuis notre existence (14 ans) et sont  encore disponibles pour la vente.
L'échange avec notre chargée de  communication est permanent. Vous avez TOUJOURS une interlocutrice pour  vous écouter, vous proposer, entreprendre des actions, bref, nous sommes  là pour épauler un auteur et ne pas le laisser dans le vague, une fois  son livre paru.

Cette discussion particulièrement intéressante a marqué un excellent départ pour notre cycle de rencontres.  Vous pouvez la lire en intégralité sur le forum. Je peux déjà vous annoncer en exclusivité notre prochaine rencontre, sur le thème "Comment sait-on qu’on a vraiment l’ « âme » d’un écrivain ?" qui aura lieu le vendredi 4 novembre à 20h !  Notez bien la date et venez nombreux poser vos questions à nos invités !

L'équipe Livraddict tient à remercier particulièrement nos deux invitées pour leur temps et les informations partagées, les participants pour leur enthousiasme et leur curiosité, et Vincent Beghin du site Les Agents Littéraires pour avoir participé à l'organisation de cette soirée !


6 octobre 2011

The Dream-Quest of Unknown Kadath, de H.P. Lovecraft

The Dream-Quest of Unknown Kadath, en français, À la recherche de Kadath, est une nouvelle d'une centaine de pages de Howard Phillips Lovecraft, le créateur du tentaculaire mythe de Cthulhu, un des piliers du fantastique moderne. En France, le texte a été publié dans le recueil Démons et merveilles, avec les trois autres histoires, beaucoup plus courtes, mettant en scène le personnage discret de Randolph Carter. Pour ma part, j'ai préféré le lire dans sa version originale, publiée dans l'oeuvre intégrale de l'auteur en trois volumes chez Arkham House.


Résumé :

Randolph Carter n'est pas un doux rêveur, c'est un rêveur chevronné ! Il n'a même pas peur de s'adresser directement aux dieux pour trouver la cité merveilleuse au couchant qu'ils lui interdisent de rêver. Mais pour présenter sa requête, il lui faut d'abord atteindre leur sanctuaire, Kadath l'inconnue, au sommet duquel trône leur château d'onyx, et dont nul ne connaît l'emplacement. Pour accomplir sa quête onirique, l'intrépide Carter va remuer ciel et terre, s'envoler vers la lune où s'ébattent les chats, escalader le versant caché de Ngranek à la recherche du visage gravé, s'évader des profondeurs du val de Pnath avec des goules, longer les carrières d'Inganok scindées par les dieux, traverser les plateaux glacés de Leng. Mais parviendra-t-il à son but quand l'ombre de Nyarlathotep, le Chaos Rampant, semble épier chacun de ses mouvements ?


L'avis de Sanjuro :

Malgré toutes ses belles promesses, The Dream-Quest of Unknown Kadath est une oeuvre mineure de H.P. Lovecraft. A l'époque où elle fut écrite, en 1927, c'était pourtant une entreprise ambitieuse pour son auteur, habitué aux nouvelles et à la poésie, qui signait là son texte le plus long. Bien qu'on y trouve les monstres et l'atmosphère inquiétante auxquels il doit son succès, Kadath se présente avant tout comme un récit d'aventures. Et c'est peut-être là où le bât blesse: Lovecraft n'est pas dans son élément, dans sa chère Nouvelle-Angleterre hantée d'indicibles secrets. Ironie suprême, d'une certaine façon, c'est aussi la conclusion à laquelle arrive l'histoire !

Carter traverse différentes régions de ce monde imaginaire, faisant la rencontre des peuplades variées qui y vivent, voyageant à dos de zèbre ou d'oiseau monstrueux, suivant des indices et échappant à des traquenards, toujours obnubilé par l'objet fantastique de sa quête. Le voici qui se fait kidnapper... avant de triompher grâce à l'intervention de quelque allié inattendu. C'est, dans le fond, de l'aventure tout ce qu'il y a de classique, mais pas forcément très convainquante. Il y a une grande inégalité, beaucoup de hauts et de bas, de moments où l'on commence à se sentir emporté par le récit, comme dans les bons romans, avant de retomber soudain comme une masse molle, rejeté par cet univers que l'on a du mal à prendre au sérieux.

La faute en revient en partie à la réputation du mythe de Cthulhu, dont le renom, la portée, ont dépassé au gré des décennies le talent de son auteur. On attend quelque chose de grand et de terrible alors on a du mal à lui pardonner certaines légèretés: ces goules qui se comportent comme de braves toutous, ces dieux un peu mous qui semblent fuir les humains et ces monstres fantoches qu'on nous dit effrayants mais qui s'expédient tous comme on éclaterait des bulles. Contrairement à d'autres de ses histoires, ce qui rôde dans les ténèbres n'arrive à produire ici qu'une nuance de peur. Un des meilleurs passages à ce titre est celui dans le monastère sans fenêtre, ce mastaba polaire où réside le grand prêtre vêtu de jaune et voilé de rouge. Dans ces dédales aveugles, écrasé de claustrophobie, un début de terreur enfin éclot.

On aime aussi les belles et grandes descriptions, les fameux paysages cyclopéens et les vues de cauchemar, qui se dressent avec beaucoup d'emphase et d'intensité, comme le démontre le passage suivant:

"Then came a wide gap in the range, where the hideous reaches of transmontane Leng were joined to the cold waste on this side by a low pass through which the stars shone wanly. Carter watched this gap with intense care, knowing that he might see outlined against the sky beyond it the lower parts of the vast thing that flew undulantly above the pinnacles. The object had now floated ahead a trifle, and every eye of the party was fixed on the rift where it would presently appear in full-length silhouette. Gradually the huge thing above the peaks neared the gap, slightly slackening its speed as if conscious of having outdistanced the ghoulish army. For another minute suspense was keen, and then the brief instant of full silhouette and revelation came; bringing to the lips of the ghouls an awed and half-choked meep of cosmic fear, and to the soul of the traveller a chill that has never wholly left it. For the mammoth bobbing shape that overtopped the ridge was only a head—a mitred double head—and below it in terrible vastness loped the frightful swollen body that bore it; the mountain-high monstrosity that walked in stealth and silence; the hyaena-like distortion of a giant anthropoid shape that trotted blackly against the sky, its repulsive pair of cone-capped heads reaching half way to the zenith."

Il y a du bon dans Kadath, et les fans de Cthulhu le liront, sinon avec avidité, au moins avec intérêt. Le récit malheureusement ne se compose pas uniquement de perles comme celle-ci, plutôt rares. Le style a également sa part de responsabilité. Relativement froid, purement descriptif, sans dialogues à l'exception de la tirade finale, il ne parvient pas à instaurer l'esprit épique indispensable. Lovecraft cède a des enfantillages: beaucoup de répétitions qui ne produisent pas l'effet désiré, une certaine fadeur à décrire le beau et le merveilleux (à l'inverse de l'affreux et du terrible), et un univers auquel il manque décidément une cohésion. Le domaine du rêve ne justifiant pas tout !

H.P. Lovecraft lui-même avait la lucidité de reconnaître que ce n'est pas une très bonne histoire. A l'inverse de son confrère et ami Robert E. Howard, auteur de Conan, il n'était visiblement pas à l'aise dans le récit d'aventure. Son imaginaire, plutôt que de s'y épanouir, regarde constamment dans une autre direction, ce trou sombre plein de mystère et d'horreur qui débouche quelque part dans une cave abandonnée d'Arkham.

5 octobre 2011

La Belgariade, chant 5 : La Fin de partie de l'Enchanteur, de David Eddings

Dernier épisode de la série !  Je crois que c'est la première saga que je termine aussi vite !


Résumé :


Après un épisode royal un peu court, Belgarion est reparti sur les routes.  Avec, cette fois, la peur au ventre : il est parti pour combattre le dieu Torak et sauver la liberté des gens de l'Ouest.  Mais comment pourrait-il vaincre un dieu ?  La prophétie est toujours aussi mystérieuse...  Pendant ce temps, sa fiancée Ce'Nedra mène les armées qu'elle a réunies, dirigées par les rois de l'Ouest.  Le but est d'occuper les ennemis pour laisser à Belgarion le temps de mener son combat épique.  Mais face à eux, les armées sont bien trop puissantes pour être battues.  Il va falloir faire preuve de ruse et la partie sera très serrée...


Mon avis :

Au bout de quatre épisodes, vous savez ce que je pense de la série et je ne vais pas m'attarder trop longtemps.  Disons que c'est une fin sympathique avec un ou deux petits rebondissements.  Ça se laisse lire avec plaisir, comme les précédents opus, et la fin n'est pas bradée.

J'ai pourtant été déçue par quelques petites choses.  La première, c'est la personnalité de Ce'Nedra : je l'espérais un peu changée par les responsabilités, et en fait, vers la fin, elle devient à nouveau détestable (à mes yeux).  Ce qui rend à nouveau à Belgarion son petit air de gamin faible, et c'est bien dommage.  Une deuxième chose qui m'a déçue, c'est le côté un peu "gnan-gnan" romantique de certaines parties de la fin.  Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais ceux qui ont lu ce livre comprendront.

Sur un ton un peu plus sérieux, la déception la plus forte mais aussi la plus étrange est quelque chose qu'il va m'être difficile de vous révéler sans trop en dire sur l'intrigue...  Disons qu'il y a un aspect de l'intrigue que je n'ai pas saisi.  Pendant la scène la plus importante de l'histoire, il y a un événement qui touche l'un des personnages et tous les autres sont surpris (en particulier tante Pol).  Et c'est là que je ne comprends pas : cet événement avait été clairement prévu par la prophétie, on nous en parle vers le deuxième volume.  Comment ont-ils pu être surpris ?  D'ailleurs, je suis assez étonnée qu'on ne nous offre pas plus d'explication sur la prophétie, en particulier sur la nécessité de rassembler tous les personnages qui ont voyagé avec Garion depuis le livre un jusqu'au livre quatre.  La prophétie est claire, paraît-il, et ces personnages sont rassemblés pour une raison.  Mais laquelle ?  Ils jouent chacun un rôle, mais certains ne sont pas particulièrement indispensables au déroulement de l'intrigue.  Un peu faible pour une prophétie toute puissante !

Bref, ce n'est pas la saga de fantasy la meilleure que l'on puisse trouver.  Ce que j'adore dans les sagas, du Seigneur des Anneaux à Harry Potter, c'est le fait que l'intrigue est construite de façon à ne laisser aucun aspect non résolu, aucun élément pendant, chaque détail fait partie d'une intrigue plus large et on discerne petit à petit le rôle de chaque pièce dans le puzzle final.  Ici, les choses sont moins grandioses, l'ensemble moins cohérent.  C'est plutôt un récit d'aventures qu'une épopée fantastique, il faut le savoir.  Mais ça n'empêche pas de passer un bon moment.


Extrait audio (en anglais) :
Passage où la reine Layla, en l'absence de son mari, utilise un stratagème purement féminin pour se débarrasser d'un ambassadeur encombrant.




Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre
- la discussion sur le forum concernant la saga
- acheter ce livre sur Amazon


20 septembre 2011

Claudine en ménage, de Colette

Colette continue de nous décrire sa vie parisienne par le biais du personnage de Claudine dans ce troisième et avant-dernier volume de la série, publié en 1902. Loin de s'assagir, le roman contient peut-être son matériel le plus scandaleux.


Résumé :

Désormais mariée à Renaud, et malgré un voyage de noces qui la ramena entre autres à Montigny, Claudine s'ennuie de plus en plus à Paris. Pendant que son père lui mijote une grande annonce surprise, le couple, sur les instances de Renaud, se met à recevoir. Durant l'une de ces soirées, Claudine fait la connaissance de la jolie Mme Lambrook, Rézi, qui va finalement éveiller en Claudine un désir longtemps refoulé.


L'avis de Sanjuro :

Si les livres précédents n'avaient pas suffisamment choqué, en voilà un qui dut certainement faire sensation en son temps ! Jusqu'ici, il y avait eu beaucoup d'allusions mais sans jamais franchir le seuil sacré de la chambre. Pas de flagrant délit si vous voulez, il restait une part d'ambiguïté; après tout, Claudine n'était jamais concernée directement. Eh bien, à présent, adieu scrupules, adieu retenue ! Certes, cela reste très pudique, n'espérez pas de descriptions polissonnes, ce n'est pas du Sade, mais l'acte est tout à fait consommé, même dans ses variations saphiques.

La relation entre Claudine et Rézi, la jolie blonde (l'Américaine Georgie Raoul-Duval dans la réalité; si quelqu'un sait où trouver le portrait de cette tombeuse, qu'il me le fasse savoir !), est évidemment la pièce de résistance du roman. La culmination de cette pièce vient, arrive, avec une lenteur si prononcée que le récit finit presque par stagner et qu'on se demande alors si l'on ne nous mène pas en bateau. Mais quand soudain, quelque peu incrédule, on se retrouve devant le fait accompli, on se dit qu'il ne faut décidément pas sous-estimer ces vieux siècles et s'imaginer une rigueur de moeurs qu'ils ne possédaient pas toujours.

Néanmoins, il n'y a pas que cette intrigue libertine qui fait de Claudine en ménage un volet plus intéressant que son prédécesseur. Le vrai sujet, c'est le mariage de Claudine/Colette, qui commence à montrer des signes d'érosion, peut-être parce qu'il n'a jamais été bien solide malgré l'admiration naïve qu'elle porte à son mari. Lorsque Claudine songe à sa vie conjugale, décrit ses attentes, critique la permissivité de son conjoint et dénonce son manque d'autorité, c'est Colette qui envoie des signaux à Willy.

C'est ce qu'il y a de fascinant dans les Claudine en général et ce livre en particulier, c'est la manière dont ils recoupent avec le réel. En s'intéressant un peu à la vie de Colette, on comprend bien où cela va emmener Claudine, on sait que Renaud n'est pas aussi admirable qu'il lui semble. On devine certaines choses qui lui échappent encore, certaines choses aussi qui ne sont pas discutées dans le roman mais affectent leur relation (la poule aux oeufs d'or que son talent représente pour lui). La conclusion optimiste d'ailleurs, qui tient presque de leçon matrimoniale, contraste avec le titre du roman suivant et final, Claudine s'en va.

Avec tout ça, le style de Colette continue de se perfectionner, devient de plus en plus littéraire avec par moments des intonations poétiques. Les belles phrases, bien tournées, abondent et les évènements leur offrent l'occasion de se multiplier. Mais hélas, il perd aussi la légèreté narquoise et la vivacité adolescente du tout premier roman et l'on soupçonne que la maturité sexuelle et le drame final auront définitivement raison de cette facette de Colette. Plus troublant, on voit apparaître, dans ce chapitre à l'école de Montigny où le couple est en visite, une ombre. Cette façon insidieuse que Claudine et Renaud ont de tourner autour des trois jeunes filles en pension est résolument déplacée. On pense alors à Mlle Sergent, à Dutertre, aux prédateurs et à leur proies, et on se dit que les rôles sont désormais inversés.

Note: Une anecdote étonnante circule au sujet de ce roman. Il fut d'abord imprimé sous le nom de Claudine Amoureuse, mais Georgie Raoul-Duval, Rézi, aurait racheté l'édition originale pour la détruire, forçant Colette à en remanier le contenu.

18 septembre 2011

A traveller's companion to St Petersburg, de Laurence Kelly

Je viens encore de terminer l'enregistrement d'un livre à propos de St Petersburg, la grande capitale du nord.  Un drôle de guide touristique ! 


Résumé :

Ce livre est un recueil de textes et de témoignages concernant St Petersburg.  Classés par lieux de visite, ces extraits, de quelques paragraphes à deux ou trois pages de longueur, décrivent la ville au travers du regard des témoins de toutes les époques qui l'ont visitée.  Il y a les ambassadeurs étrangers, les personnages de Dostoïevsky ou de Tolstoi, les voyageurs traversant la ville... Et ils racontent ce qu'ils ont vu des événements historiques, des assasinats de Tsars, des coups d'états, mais aussi des bals, des fêtes religieuses, des inondations et des habitudes de la vie quotidienne.  Plus d'une centaine d'extraits de tous genres pour se faire une idée de la ville telle qu'elle s'est présentée au voyageur au cours des siècles.


Mon avis :

La personne pour qui j'ai enregistré ce livre l'a choisi en recherchant un guide de voyage avant d'aller visiter la ville.  Elle ne s'attendait pas à un recueil de textes, et à ce niveau-là, le titre "A traveller's companion" peut donner une fausse image.  Car il ne s'agit absolument pas d'un guide touristique, mais il s'agit bien d'un compagnon de voyage.

Voilà le livre qu'il faut lire juste avant de visiter le Palais d'Hiver, l'Hermitage et toutes les autres attractions de St Petersburg et juste après s'être renseigné sur le lieu de façon plus classique.  Car il ne se substitue pas non plus à ces guides qui vous éclaireront sur l'histoire du lieu, là-dessus il faut venir avec son propre bagage.  Par contre, si vous avez une idée de qui était Pierre le Grand, Catherine ou Elizabeth de Russie, si vous avez entendu parler de la révolution des Décembristes et si vous savez qui est Dostoïevsky, bienvenue parmi ces pages !

Elles vous promèneront dans les rues de Nevsky Prospekt au petit matin, quand la police oblige les prostituées à balayer les rues.  Elle vous glisseront parmi les assassins de Paul I, parmi les Décembristes arrêtés et punis, dans la calèche de la Tzarine qui offre un nouveau palais à son époux.  Elles vous dévoileront les dessous de la construction de la capitale et, plus tard, des grandes fêtes où l'on vide son assiette sous la table.  Toutes les folies de St Petesrburg à toutes les époques vous seront offertes sur un plateau.

Bref, tous ces textes ne sont pas modernes et parfois un peu ardus à lire, mais ils offrent une multitudes d'images de la ville au fil des siècles.  Je ne suis jamais allée à St Petersburg, pourtant à seulement 3,5h de train d'ici, mais tous ces extraits m'ont donné des images mentales de ces lieux que j'ai vraiment très, très envie de confronter à la réalité.  Un livre à lire pour se créer une image mentale de la ville ancienne, à superposer à la ville actuelle.  C'est, je trouve, la meilleure façon de préparer un voyage ! 


Pour en savoir plus :


16 septembre 2011

Claudine à Paris, de Colette

Après le succès (et le scandale) rencontré par le premier livre, Colette se remit à l'écriture dès l'année suivante, en 1901, avec ce qui allait devenir le second volet d'une série de quatre courts romans à saveur autobiographique. Le nom de Claudine ressurgit une dernière fois, vingt ans après la publication du dernier volume, dans La Maison de Claudine (1922), mais uniquement pour faire le lien avec ce recueil de souvenirs cette fois intégralement autobiographiques.



Résumé :

Le papa de Claudine, cet extravagant monsieur, a soudain eu une idée géniale (soufflée par sa fille): "mettons tout dans des caisses et partons pour Paris !" Et les voilà désormais installés, en appartement, au coeur de la capitale. Pour Claudine, c'est l'occasion d'entrer dans le monde et surtout de faire la connaissance de Marcel, jeune homme précieux, trop précieux, et de son séduisant père. Mais la voilà qui commence déjà à regretter les bois de Montigny ! Le destin, plus ironique que jamais, lui enverra un rappel au détour d'une rencontre inattendue.


L'avis de Sanjuro :

L'aventure littéraire des Claudine ne fut pas de tout repos. Deux noms souvent revendiquent la qualité d'auteur sur la couverture et parfois même un seul des deux, qui n'est pas celui de Colette. Ce nom, Willy, est le pseunodyme de son mari d'alors, le satiriste populaire Henry Gauthier-Villars. S'il a (peut-être) le mérite d'avoir lancé la carrière de sa femme, il a surtout la honte de lui avoir volé le sien, en s'attribuant la paternité des livres qu'il publiait sous son nom seul, situation qui aura duré dix ans. Pour retrouver le droit de sa création, il en coûtera à Colette un divorce et un procès.

Dans Claudine à Paris justement, c'est sa rencontre avec Willy que Colette décrit. Renaud, le quadragénaire à la belle moustache, c'est évidemment lui, ce qui explique en même temps pourquoi on ne voit ce soi-disant rédacteur de La Revue Diplomatique qu'en présence de gens d'un goût douteux. Quant à Marcel, il est, comme dans la réalité, le fils d'un premier mariage. Homosexuel efféminée, il permet surtout à Colette de faire le portrait d'un type de personnage et de comportement qui la fascinent, fascination où s'exercent à la fois une attraction et un trouble.

La mystérieuse rencontre est un des moments forts du roman, et sans doute de la vie intime de Colette car on jurereait que cet épisode a vraiment eu lieu. On a l'impression qu'il en résulte une certaine rupture avec son enfance, avec les souvenirs de Claudine à l'école, qui la laisse libre d'entrer pleinement dans l'âge adulte, y compris ses mauvais côtés.

Un aspect agréable de cette suite est qu'on y fait la connaissance de nouveaux personnages de l'entourage de Claudine, comme la brave servante Mélie et le pusillanime Monsieur Maria, dont l'amour transi se fait rabrouer dans une scène drôlatique, mais aussi qu'on y redécouvre deux personnages qui n'avaient été qu'effleurés dans Claudine à l'école, son amusant père, plus grand que nature, et la chatte blanche Fanchette. Oui, avec une amoureuse de ses beaux félins comme Colette, la chatte, qui a désormais un petit nommé Limaçon, est un personnage à part entière. On peut en juger dans ce passage cocace qui décrit une certaine étape quotidienne de la vie des chats:

"Fanchette, heureuse fille, a pris gaiement l'internat. Elle a, sans protestation, accepté, pour y déposer ses petites horreurs, un plat de sciure dissimulé dans ma ruelle, et je m'amuse, penchée, à suivre sur sa physionomie de chatte les phases d'une opération importante.

Fanchette se lave les pattes de derrière, soigneuse, entre les doigts. Figure sage et qui ne dit rien. Arrêt brusque dans le washing : figure sérieuse et vague souci. Changement soudain de pose; elle s'assied sur son séant. Yeux froids et quasi sévères. Elle se lève, fait trois pas et se rassied. Puis, décision irrévocable, on saute du lit, on court à son plat, on gratte... et rien du tout. L'air indifférent reparaît. Mais pas longtemps. Les sourcils angoissés se rapprochent; elle regratte fiévreusement la sciure, piétine, cherche la bonne place et pendant trois minutes, l'oeil fixe et sorti, semble songer âprement. Car elle est volontiers un peu constipée. Enfin, lentement, on se relève et, avec des précautions minutieuses, on recouvre le cadavre, de l'air pénétré qui convient à cette funèbre opération. Petit grattement superfétatoire autour du plat, et sans transition, cabriole déhanchée et diabolique, prélude à une danse de chèvre, le pas de la délivrance. Alors, je ris et je crie : "Mélie, viens changer, vite, le plat de la chatte!""

Ce n'est certainement pas le Willy qui aurait écrit ça ! Si A Paris est moins bon qu'A l'école, c'est sans doute aussi sa faute, mais indirectement cette fois-ci. Lui et son fils ne sont pas des personnages aussi délicieusements amusants que ceux de Montigny, pas plus que ce monde, creusé de prétentions, que Claudine désormais fréquente. En somme, c'est la faute à Paris !

14 septembre 2011

L'armée furieuse, de Fred Vargas

Fred Vargas est l'une de mes auteures favorites.  Ses polars baignent dans une atmosphère légèrement surréaliste, avec des personnages très riches, à la fois décalés et profondément vrais. Je ne rate aucune de ses sorties, même si je n'ai pas encore eu l'occasion de commenter ses romans sur ce blog.  Allons-y donc pour le petit dernier...


Résumé :

Adamsberg se trouve confronté à trois enquêtes parallèles. A Paris, il y a cette histoire de petit délinquant, spécialiste de l'incendie de voiture, qui aurait brûlé vif un grand chef d'entreprise.  A cause d'une sombre histoire de lacets, Adamsberg ne croit pas à la culpabilité de celui que tout désigne, mais comment le disculper quand on lui coupe son enquête sous le pied ?  Il y a aussi le problème, non moins important, de ce pigeon auquel on a attaché les pattes pour le laisser mourir.  Un acte d'une cruauté qui ne doit pas rester impunie.  Et puis, en province, il y a cette petite dame, dont la fille a vu l'Armée curieuse (ou l'Armée furieuse, Adamsberg ne sait pas trop), un événement tout droit sorti du Moyen-Age et qui annonce la mort de quatre vilains méchants.  D'ailleurs, le premier vient justement de disparaître sans laisser d'adresse. Adamsberg est un peu réticent, mais il semble que résoudre l'affaire en province lui permettra de relancer celle de Paris, et puis il a bien besoin de s'échapper un peu, alors... 


Mon avis :

Ah, Adamsberg !  L'insupportable, le talentueux, l'admirable Adamsberg !  Je l'adore.  Sur papier, bien sûr, parce qu'en réalité, il faut vraiment être Danglard et le reste de l'équipe pour pouvoir le supporter.  Sa nonchalance, son instinct, sa sensibilité en font le héros idéal du roman policier, celui qui peut se permettre de voir ce que le lecteur a devant les yeux sans le lui dire, celui qui se promène à la marge de la réalité, qu'on pourrait presque croiser dans la rue, tout en sachant qu'il est trop profond pour être vrai.

On retrouve donc Adamsberg et tous ses collègues dans une nouvelle enquête signée Vargas.  Monsieur vient de se découvrir un fils adulte qui lui ressemble étrangement, et son adjoint Veyrenc doit décider s'il va regagner la brigade ou pas.  Car sa vie a changé au cours des épisodes de sa "saga", et il vaut mieux entamer celui-ci après avoir lu les précédents (surtout "Un lieu incertain").

Son flair, par contre, est resté le même, ainsi que sa connaissance du genre humain, et il le prouve dès les premières pages.  Il fonctionne toujours au feeling qui inverse ses raisonnements : il acquiert une certitude puis se creuse les méninges pour découvrir ce qui l'y a amené.  Un procédé déroutant pour ses adjoints et pour le lecteur, mais depuis le temps, nous y sommes habitués.  

Tout comme nous connaissons le procédé narratif préféré de l'auteure : une bonne vieille légende moyenâgeuse, de celles qui font encore un peu peur quand on y réfléchit bien, plantée dans le décor d'aujourd'hui ; des faits qui semblent lui donner raison au-delà de toute raison ; et enfin, un dénouement bien mené qui explique tout sans avoir recours au surnaturel.  Un poil répétitif, mais puisque ça fonctionne, je signe encore et toujours.

Ce à quoi nous ne sommes pas habitués, c'est à un Adamsberg qui commet des erreurs.  Et, pire encore, qui se compromet.  Pour de vrai, pour de faux, on le découvre au fur et à mesure, mais quoi qu'il en soit, Adamsberg n'est pas infaillible.  Ses adjoints non plus, d'ailleurs, même pas Rétancourt, qui loupe un indice de poids, sans parler de Danglard, dont la bourde monumentale manque de le tuer. Finalement, c'est presque par chance que toute cette histoire trouve son dénouement.  A cause de morceaux de sucre.  Il faut bien sûr un Adamsberg pour les suivre comme les miettes du Petit Poucet, mais en-dehors de ça, tout le long de cette histoire d'Armée furieuse, il s'est quand même largement fait mener en bateau. 

Voilà donc une nouvelle facette d'Adamsberg qu'on croyait connaître : on le découvre faillible.  Et voilà comment notre auteure archéologue creuse encore un peu son personnage.  Et voilà pourquoi je ne raterai pas la prochaine sortie de Vargas.  Encore un tome que les fans d'Adamsberg ne doivent manquer sous aucun prétexte.


Un passage audio :
Un petit passage au début de l'intrigue, une petite discussion à bâtons rompus entre Adamsberg et Veyrenc qui donne une idée du décor, de la façon de penser d'Adamsberg et de la langue légère de Vargas.




Pour en savoir plus :
- la fiche Bibliomania du livre